Comment lire le carnet de voyage scientifique au XVIIIe siècle ?

N°5 – Mars 2018
Université de Neuchâtel

Comment lire le carnet de voyage scientifique au XVIIIe siècle ?

 

En ouverture d'un article désormais classique sur le voyage naturaliste au XVIIIe siècle, Marie-Noëlle Bourguet met en évidence l'importance de la dimension matérielle des résultats du voyage : « journal de route, carte, dessin, herbier, collection de pierres, spécimens d'animaux et de plantes » sont autant d'objets « destinés à attester de la réalité [sic] du voyage accompli et à figurer les terres visitées [...]. Sans traces matérielles, le voyage s'efface. Presque, il n'existe pas1. »

Ce constat, pour radical qu'il puisse paraître, permet de saisir très précisément les enjeux engagés par le cahier, le journal, les notes, toutes les formes d'inscription auxquelles se livre le voyageur naturaliste au XVIIIe siècle. Elles sont avant tout la trace de pratiques savantes itinérantes qu'on s'applique, tout au cours du siècle, à définir, préciser, imposer aux voyageurs2, afin de tirer profit d'expéditions souvent coûteuses. Médecins, botanistes et autres spécialistes embarqués sont chargés de tâches dont l'efficacité se mesure en termes économiques : il s'agit par exemple de récolter et de recenser des plantes ou des minéraux potentiellement utiles dans leurs applications médicales, agronomiques, artisanales, etc. ; de vérifier la possibilité de cultiver les terres explorées ; de dresser des cartes susceptibles de faciliter les explorations futures, d'établir des comptoirs, des postes de ravitaillement le long d'itinéraires maritimes ou terrestres précis ou, bien évidemment, de coloniser certains territoires. Le voyageur naturaliste joue donc un rôle essentiel dans un processus de « capitalisation d'informations3 » et de richesses aux implications à la fois politiques et symboliques : étendre les connaissances européennes sur les contrées éloignées, s'approprier les savoir-faire indigènes, accumuler les échantillons et objets de toute nature récoltés au cours des voyages, indépendamment même de leur utilité directe, participe également d'une prise de possession du monde par le savoir4.

Dans cette perspective, l'écriture du voyageur savant est centrale dans le processus de transformation d'une réalité distante, inconnue, en objet susceptible de devenir digne d'attention. Si elle ne tend à se codifier que lentement, elle est en outre une écriture contrainte, non seulement par les objectifs du naturaliste, mais également par la science dans le contexte de laquelle s'inscrivent ses recherches, qui va imposer les méthodes d'observation, de collection, et de description5. Le carnet de voyage scientifique reflète ainsi un déplacement hiérarchique du voyage comme but, au voyage comme outil du savoir. Autre donnée contraignante du genre : l'audience que le savant projette ou à laquelle il s'adresse effectivement (ministres, institutions et collègues savants en premier lieu). On communique non pas des impressions personnelles, mais des observations concrètes, des expériences, des résultats. Et ce faisant, on brigue souvent une reconnaissance qui donnera accès à quelque académie, ou à quelque poste important au retour du voyage.

Ces caractéristiques de l'écriture savante constituent la principale difficulté d'accès au genre, pour le lecteur. Si les manuscrits conservés constituent bel et bien une « archive du voyage6 », cette archive est déjà un « produit dérivé de l'exploration et [...] se situ[e] à l'extrémité d'une chaîne d'opérations de transformation7 ». L'attente que peuvent ouvrir les très nombreux titres d'ouvrages imprimés mentionnant le « journal d'un voyage » est ainsi souvent refroidie par la confrontation avec un texte saturé d'indications techniques - coordonnées, mesures, relevés, listes et descriptions d'échantillons - où transparaît fort peu la spontanéité (fût-elle feinte) d'une écriture tentant de saisir le voyage comme expérience humaine. Le récit de voyage du naturaliste au XVIIIe siècle est bien loin de celui de l'écrivain voyageur au XIXe. On ne s'y promène pas, on y cherche quelque chose, et la curiosité des observations dépendra souvent de celle du lecteur. Rares sont, en effet, les travaux de naturalistes qui alimentèrent la littérature du voyage à proprement parler, comme ceux des Forster, naturalistes à bord du Resolution lors du second voyage du Capitaine Cook (1772-1775)8, ou plus extraordinaires encore, d'Alexander von Humboldt, qui voyagea en Amérique du Sud entre 1799 et 1804. Les historiens des sciences ou de l'ethnographie s'intéresseront aux apports documentaires des fonds de voyageurs savants. Mais l'on peut également les envisager comme autant de témoignages des difficultés que comporte l'exercice de la science en déplacement, et plus spécifiquement encore de son écriture.

Nous avons examiné, dans plusieurs travaux consacrés à différents naturalistes voyageurs en Amérique, la dimension très lacunaire des écrits relatifs à des expériences qui couvrent parfois plusieurs années de la vie d'un homme. Il est évident que les conditions matérielles difficiles, mais aussi des aléas de toute nature, pendant et après le voyage, ont pu significativement contribuer à la perte ou à la dispersion des sources : événements climatiques, messagers peu fiables, naufrages, attaques de pirates, prêts, ventes ou destruction de documents dont on avait négligé la valeur, ont souvent compromis la possibilité d'envisager les traces écrites d'un voyage. Il n'est pourtant pas rare que les textes, mais aussi les autres matériaux (herbiers, dessins, correspondances) qui nous ont été transmis, témoignent d'une forme de désarroi face à la difficulté de mener à bien le travail savant : les méthodes dont on dispose, du moins jusqu'à l'imposition du système linnéen, sont insuffisantes pour identifier efficacement la nature exotique ; les interlocuteurs compétents sur place trop peu nombreux ; les correspondances avec l'Europe, enfin, trop irrégulières. Au retour, la mise en ordre de collections amassées pendant plusieurs années relève du casse-tête9.

À partir d'une lecture rapprochée des textes, on peut émettre l'hypothèse que les deux facettes du naturaliste, le voyageur et le savant, entrent en conflit lorsqu'il s'agit de donner forme au voyage. Si la publication scientifique constitue l'horizon d'attente le plus évident du travail de collection et d'identification, la tentation du voyage, comme narration, mais aussi comme genre littéraire, est toujours présente. S'adonner aux deux formes en parallèle est possible, mais difficile : la sécheresse de l'observation scientifique rebutera le lecteur attiré par la dimension viatique10, et le soupçon qui pèse sur la dimension aventurière de la narration viatique compromettra le sérieux d'un compte rendu savant11. Alexander von Humboldt l'avait bien compris qui, longtemps, refusa de livrer la relation historique de son voyage et ne publia en fin de compte qu'une partie de celle-ci. Il privilégia l'invention de nouvelles formes telles que les Tableaux et les Vues, qui lui permettaient de substituer au simple récit d'itinéraire un texte mettant en valeur la dimension encyclopédique du voyage12.

Le cas de Philibert Commerson

On peut lire un manuscrit de voyage savant en tentant de saisir non tant ce qui est vu, des contrées découvertes, que la complexité du travail même de l'écriture, de la notation. Les manuscrits de Philibert Commerson (1727-1773), médecin et naturaliste embarqué à bord de l'Étoile dans le voyage autour du monde de Bougainville (1766-1769), serviront ici d'exemple. Ces textes présentent en effet l'avantage d'être aujourd'hui accessibles au lecteur grâce au travail d'édition d'Étienne Taillemite13. Ils se déclinent en cinq cahiers de journaux couvrant la période s'étendant de novembre 1766 à octobre 1768, dont le plus conséquent est en fait le journal de Pierre Duclos-Guyot, fils de l'un des officiers de la Boudeuse, que Commerson annote ponctuellement. On trouve en outre des « apostilles » rédigées par le naturaliste en marge de son journal14, un texte relatif à la découverte de Tahiti15, un « Sommaire d'observations d'histoire naturelle16 » et le début d'un manuscrit dans lequel Commerson met au propre ses notes relatives aux deux premiers mois de navigation, du 1er février au 1er avril 1767. Ce dernier est intitulé Mémoires pour servir à l'histoire du Voyage fait autour du monde par les vaisseaux du Roi la Boudeuse et l'Étoile pendant les années 1766-1768 pour être rédigés par nous Philibert de Commerson17.

Parmi les documents que Taillemite ne publie pas, on mentionnera divers dessins et notes d'histoire naturelle18, un important dossier relatif à Madagascar19, qui témoigne d'un grand projet d'écriture, inachevé et très fragmentaire, et nombre de notes, de dessins et d'échantillons de botanique et de zoologie, qui constituent la partie la plus importante du fonds Commerson. Celui-ci est ainsi typique de plusieurs voyageurs naturalistes du XVIIIe siècle : remarquable, mais aussi, d'un point de vue textuel, saturé de vides et de redites. Plusieurs cahiers livrent ainsi sous des formes plus ou moins élaborées les mêmes informations, parfois très sommaires, que viennent interrompre les pages blanches, à remplir20.

Afin d'interroger le processus de mise en forme de l'expérience, on étudiera plus spécifiquement ici les Mémoires pour servir à l'histoire du Voyage fait autour du monde par les vaisseaux du Roi la Boudeuse et l'Étoile pendant les années 1766-1768 pour être rédigés par nous Philibert de Commerson. Ce long titre témoigne d'un projet d'écriture dont on trouve une variante dans le « Troisième cahyer » des notes de voyage, que Commerson intitule d'emblée « Mémoires21 ». Ce texte est plus succinct, nous le verrons, que les Mémoires précédemment mentionnés. Il est toutefois difficile de déterminer la généalogie exacte entre ces deux versions du journal : s'agit-il dans les deux cas d'une mise en forme de notes perdues ? Ou le « troisième cahyer » sert-il de source aux Mémoires ? Il porte en tous les cas un titre complet et des remarques préliminaires sur les bâtiments du voyage, leur armement et leurs caractéristiques techniques qui peuvent avoir été mises au propre avant le départ ou au cours du voyage. Ces intitulés, cette tension des notes vers une relation classique, expriment précisément la manière dont le voyage, pour nombre de voyageurs, se rêve sous la forme d'un livre à écrire.

Les Mémoires révèlent un projet de publication plus précis. Ils s'ouvrent en effet sur un avertissement rédigé dans les termes suivants :

                                                            AVERTISSEMENT
I. Tous les détails historiques et autres qui ne peuvent pas tenir dans un quart de page sont apostillés dans un cayer séparé avec des numéros de renvois. Voyés le mss P.S.
II. Pour nous conformer à la méthode des marins, nous prendrons comm'eux le jour complet d'un midy à l'autre sauf à rectifier ensuitte dans la rédaction de ces mémoires.
III. Nous nous servirons partout du méridien de Paris.
IV. On observera que ces mémoires ci sont faits à la hâte et ne doivent servir que de matériaux à l'histoire de ce voyage que nous nous proposons de mettre sous une forme plus intéressante en y insérant nos observations d'histoire naturelle au premier loisir dont nous pourrons jouir.
V. J'avoue ingénument que la plupart des observations de marine concernant les longitudes, les latitudes et la variation sont tirées des casernets22 de notre navigation et que par conséquent on ne doit point m'imputer les erreurs d'estime et autres qui pourroient s'y trouver, distrait et entièrement absorbé par le travail qui me concernoit je n'ay pu ni dû m'appliquer à ces opérations triviales et dont d'ailleurs tant d'autres s'occupoient23.

Ce petit texte remarquable nous servira de fil d'Ariane afin d'aborder plus précisément les questions relatives, d'une part, à l'organisation matérielle de l'écriture et, d'autre part, aux différents genres qui contribuent à la mettre en forme, parfois de manière conflictuelle.

Du voyage à la page

L'enregistrement des observations effectuées au cours d'un voyage suppose une habile gestion des espaces et des supports. La première remarque de Commerson dans son Avertissement témoigne de la difficulté de conjuguer la forme chronologique du journal, dont le modèle est le journal maritime, permettant au lecteur de suivre la route des voyageurs24, à l'exigence analytique de l'observation, qui donne lieu à des parenthèses dans l'itinéraire à proprement parler. Commerson semble vouloir s'en tenir rigoureusement à la séparation des matières : le journal de navigation d'une part, exigé par les instructions remises à Bougainville lors du départ25, et les apostilles d'histoire naturelle d'autre part. Les notations pour chaque jour sont brèves, respectant le « quart de page » que se fixe le voyageur26. Relativement détaillées au début (nous y reviendrons), elles se résument, au bout d'un mois de navigation, à des informations minimales :

              Du 6 au samedy 7 [mars 1767].
Le tems revenu au beau. Même voilure. Cinglé 42 lieues.
              Du 7 au dimanche 8.
Par le même tems, cinglé 43 lieues.
              Du 8 au lundy 9.
Idem. Nous n'avons pas encore vus d'autres poissons que des marsouins quoique ces parages abondent ordinairement en dorades.
              Du 9 au mardy 10.
Toujours de même.
              Du 10 au mercredy 11.
Le beau tems est constant. Cinglé de chemin 33 lieues.
              Du 11 au 12 mars [sic].
Tout se soutient au beau.
              Du 12 au vendredy 13.
Petit frais et assez beau pendant le reste du jour mais la nuit a été orageuse par éclairs et par grains27.

L'ennui se fait sentir, et c'est ainsi qu'entre le 13 et le 15 mars, Commerson procédera à la rédaction de ses premières observations scientifiques sur des requins, expliquant d'ailleurs que cette activité est directement conséquente au calme de la navigation : « [n]ous somme presque tombés en calme pendant lequel nous n'avons rien eu de mieux à faire que de prendre des requins28 ». La capture de ceux-ci est renvoyée en apostille (« Voyés la manière de les prendre à l'apostille no 129 »), comme la description détaillée des rémorats qui les accompagnent souvent (« Nous parlerons des succets ailleurs30 »). Dans les Mémoires, Commerson se contente de s'interroger sur le lien entre le requin et le poisson pilote et de noter que les rémoras se collent à toutes sortes de corps pour « naviguer par des forces empruntées31 ».

Ce début de journal montre donc une écriture très structurée, qui distingue clairement le lieu et le temps de chaque type de notation et ne laisse transparaître des observations scientifiques que quelques brefs résumés de textes plus longs consignés ailleurs32. Commerson le souligne pourtant au point IV de son Avertissement, il faudra bien, dans l'optique d'un ouvrage suivi, « mettre [ces matériaux] sous une forme plus intéressante en y insérant nos observations d'histoire naturelle ». On est là face à l'une des difficultés récurrentes - et bien souvent l'une des impasses méthodologiques - de l'écriture naturaliste : rédiger à la fois un récit de voyage et une œuvre scientifique suppose une rigueur et une capacité à mettre en relation les différents moments de l'écriture, que peu de voyageurs parviennent à tenir tout au long de leur périple. Nous avons montré à propos de Thibault de Chanvalon, qui séjourna cinq ans à La Martinique entre 1751 et 1756, que la multiplication des supports de notation (cahiers dédiés aux observations scientifiques, parfois par matière, journal à proprement parler, dossier de dessins) et la complexité des renvois qui s'opèrent des uns aux autres peuvent être à l'origine de problèmes insolubles lorsqu'il s'agit de réunir les observations de tout type en un propos cohérent33. L'exigence d'ordre est parfois à l'origine d'une fragmentation des matières dont émerge un désordre bien réel34. Dans le cas de Commerson, il faut se souvenir que les Mémoires auxquels nous avons à faire sont déjà une réécriture, une mise en forme de matériaux préalablement élaborés, ce qui lui permet d'ailleurs d'être si précis, à ce stade, dans le jeu des renvois. En effet, dans le journal tel qu'il apparaît dans le « Troisième cahyer des mémoires », on ne trouvera aucune référence aux observations d'histoire naturelle mentionnées ci-dessus, sauf une allusion rapide aux requins pris les 13 et 14 mars35 et, du 8 au 9 mars, la mention suivante : « Nota : Nous n'avons encore vu aucuns autres poissons que des marsouins quoique ces parages abondent ordinairement en dorades, etc.36 ».

Extrêmement sobre, limité à l'indication de coordonnées de navigation et à la notation météorologique, ce journal du troisième cahier change radicalement de style lors des haltes à Montevideo37 et Rio de Janeiro38. Sous l'intitulé « Remarques faites à Montevideo », Commerson regroupe des observations détaillées sur la géographie de la ville, son gouvernement et ses autorités religieuses, son architecture, l'économie, l'agriculture et l'élevage et les Indiens des proximités. Il s'agit là de toute évidence d'un mémoire rédigé avec soin, Commerson notant d'ailleurs par de longs passages entre guillemets qu'il emprunte une partie de son propos au Père Buet, aumônier du vaisseau et à Michau, un écrivain embarqué à bord de l'Étoile39.

Les apostilles qui nous sont parvenues sont des textes de différentes natures. On y trouve majoritairement des observations sur la qualité des mouillages, l'exploration maritime des côtes et les difficultés météorologiques40. Trois textes narratifs soigneusement rédigés au passé relatent par ailleurs les fameuses rencontres avec les Patagons et les Tahitiens, survenues entre décembre 1767 et avril 176841. Les textes ne sont pas datés, mais comportent des mentions horaires42, ce qui laisse penser qu'ils étaient clairement liés, aux yeux de Commerson, à d'autres passages datés du journal et n'avaient pas vocation, en l'état, à une existence indépendante. Les traces de mises en forme ou de différents moments de rédaction sont palpables : dans « Vue des Patagons », Commerson est mentionné à la troisième personne, avant que la narration ne retrouve le « nous » de l'auteur :

A 3 h 1/2 on mit le canot à la mer pour aller y porter M. de Commerson qui devoit accompagner M. de Bougainville et M. de Nassau à la coste des Patagons. Le jeune Duclos y fut aussy [...]. En débarquant sur la coste qui est pierreuse et fort platte, nous trouvâmes d'abord 7 à 8 Sauvages [...].43

Le « jeune Duclos », qui rédige une partie des cahiers avec Commerson faisant également partie de la délégation, on peut exclure que le paragraphe à la troisième personne soit de sa main. Commerson rédige ainsi un récit en deux temps, à la fois narration dont il est le personnage, et compilation des notes de son journal. Les observations sur les circonstances de la rencontre, les caractéristiques physiques des « sauvages » et quelques éléments de leurs coutumes sont détaillés, mais le naturaliste n'élabore ici, de toute évidence, qu'une première mise en forme, destinée à être reprise et complétée. Certaines phrases sont en effet peu structurées et achevées par la mention « etc... », parfois « etc. etc.. » :

On leur joua quelques airs de violon qui parurent les enchanter car ils se mirent à chanter à leur tour et à danser à leur manière. Cependant il y en avoit un entr'eux qui paroissoit leur prêtre qui tira de ce petit sac de peau qui leur sert de poche universelle un espèce [sic] de cordon ou de cuir cordé fait ainsy44 : et il nous parut qu'il y avoit dans le bourlet quelque chose de mystérieux pour empêcher les sorts car ils sembloient nous prendre pour des sorciers or le prêtre rouloit perpétuellement son gris-gris en prononçant des paroles à demi bas, quelquefois même ne faisant que les mamoter [sic] entre ses dents etc... On luy présenta un livre ouvert à feuilleter. C'est pour lors que recommencèrent ses exorcismes. Il monta même sur la table, chantant, donnant des coups dessus et roulant son gris-gris comme les patissiers font leur pâte. Il toucha de son cordon plusieurs feuillets de ce livre comme s'il l'eut reconnu pour un talisman plus fort que le sien etc. etc.45.

Au fur et à mesure que progresse le voyage s'accumulent ainsi des observations qui forment le canevas d'un propos à réécrire sans cesse, et qu'on ne pourra compléter que par l'apport de matériaux extérieurs - observations de tiers, comme pour la description de Montevideo, mais également lectures encyclopédiques, écrits de prédécesseurs, etc., qui vérifieront les hypothèses émises lors du voyage. Laissus montre bien, en décrivant le fonds relatif à l'étude de Madagascar, qu'un même cahier est parfois utilisé pour des notes relatives à des ouvrages antérieurs, puis retourné, de manière à rédiger tête-bêche, dans les pages restantes, un mémoire compilant ces notes et des observations personnelles46. Il n'y a donc pas de solution de continuité entre l'observation, la lecture et l'écriture47. L'écriture pose les fondations d'un chantier qui, à chaque nouvelle observation, chaque nouvelle étape, dessine les contours d'un édifice toujours plus complexe. Pour le chercheur, c'est là la possibilité de saisir quelques bribes du laboratoire de l'écriture.

Le journal : entre contraintes officielles, inscription du sujet et lieux communs du voyage

Comme le précise le second point de l'Avertissement, le journal de Commerson emprunte sa méthode de datation aux journaux maritimes. En soi, la précision peut paraître anecdotique mais elle indique que Commerson se soumettait aux instructions appliquées par l'ensemble des membres de l'équipage qui tinrent un journal du voyage. À l'exception des écrits du chirurgien Vivez et du Prince de Nassau-Siegen, qui sont des récits déjà mis en forme, tous les textes reproduits par Taillemite suivent en effet cette contrainte de datation. On suit donc un modèle, qui agit sur l'écriture comme l'inscription d'un genre spécifique. C'est lui, sans doute, qui dicte en partie la nécessité de reporter dans d'autres cahiers les observations les plus développées. Mais l'on peut également postuler qu'il infléchit le style du journal de Commerson, tout comme la première version des Mémoires dont nous disposons.

Dans le « troisième cahyer », les notations de Commerson sont exclusivement maritimes (chemin parcouru, événements relatifs aux voiles et mâts, bâtiments rencontrés ou aperçus) et météorologiques. Dans les Mémoires, on voit en revanche apparaître, ponctuellement, les traces d'un journal plus personnel. Commerson y décrit et analyse, en premier lieu, le violent mal de mer dont il souffre. Du 2 février 1767, date du départ de l'île d'Aix, au 11, le naturaliste ne peut en effet assimiler aucune forme d'aliment et s'inquiète de la lenteur avec laquelle il s'adapte à sa nouvelle condition : « [j]'ay honte d'être le seul qui ne s'amarine point », note-t-il pour la journée du 6 au 7 février48, et trois jours plus tard : « [l]'on dit que je ne m'amarinerai jamais et je commence à le croire49 ». Une autre notation privée, également relative aux maux physiques du voyage, fait par ailleurs état d'une ancienne blessure à la jambe qui supporte mal la navigation :

Je n'ai pas eu le tems de songer jusqu'à présent à ma pauvre jambe. Dolor fortis mitiorem obscurat50. Mais à présent je ne m'aperçois que trop qu'elle va de mal en pis, la cicatrice qui n'étoit guères bien consolidée est enflammée sur les bords, les chairs sont livides et comme battues, tout menace de se rouvrir si les fomentations de vin aromatique n'en empêchent51.

La dimension privée de l'écriture est ici évidente du fait qu'aucun historique ne vient expliquer l'accident ayant affecté cette « pauvre jambe ». L'infection à laquelle donnera lieu la réouverture de la plaie et les traitements que se prodigue Commerson sont notifiés jour après jour jusqu'au 3 mars où la guérison complète est déclarée : « Je regarde ma jambe comme guérie et je n'en parlerai plus52 ». Si l'inquiétude personnelle que suscitent ces différents maux est pour partie à l'origine de ces notes, il ne faut pas pour autant négliger leur statut au sein d'un texte hybride où le sujet malade, rappelons-le, est également médecin. Commerson analyse, décrit les différents soins qu'il prodigue à sa jambe (« Je traite méthodiquement53 », « Je mondifie ma playe54 »), et observe soigneusement, au fil des jours, l'évolution de la blessure en fonction des conditions météorologiques (« Ma jambe semble se sentir aussy du beau tems et va mieux55 »). Il s'interroge également sur les mécanismes et les conséquences profondes du mal de mer :

Il est pourtant sûr que les efforts convulsifs d'un estomac vuide feront bientôt vomir le sang et que quelques vaisseaux pulmonaires pourroient fort bien se rompre, c'est sans doute pour obvier à cet inconvénient qu'on conseille de manger toujours pour que l'estomac ait sur quoi agir56.

On l'a dit, ce journal est une première mise en forme de notes, un premier projet d'écriture mais surtout, précise Commerson, il doit fournir les « matériaux à l'histoire de ce voyage » (point IV de l'avertissement). Quelle sera cette histoire ? À ce stade, l'auteur ne le sait pas. Ainsi le simple journal de navigation s'enrichit-il ici d'informations personnelles qui peuvent également revêtir une certaine valeur scientifique.

Inspiré à la fois par le journal d'expédition et le récit de voyage, Commerson cherche même, parfois, l'effet littéraire :

Que de repentirs j'entends de tous costés de la part des embarqués. Je suis tenté de comparer un navire à une souricière, chacun sans doutte qui passe la planche entrevoit son petit morceau de lard, une fois les voiles déployées, c'est la trape qui tombe, la souris est prise, il n'y a pas à s'en dédire et il ne reste plus que les barreaux à ronger57.

L'originalité apparente de ce passage ne doit pourtant pas nous tromper : mal de mer et description aussi stylisée que possible de la rigueur de la traversée font déjà partie, au XVIIIe siècle, des topoï de la narration de voyage. Il est dès lors significatif que le laconisme que semble s'imposer Commerson dans ses notes journalières, auquel il ne déroge que lorsqu'il résume les observations d'histoire naturelles détaillées dans les apostilles, se voit littéralement bouleversé au moment du passage de la ligne, raconté dans les moindres détails :

Voici enfin le jour tant désiré par les matelots arrivé. Dez la veille, on a reçu la plus ridicule de touttes les lettres écrittes par le Bonhomme Tropique au capitaine du navire pour l'avertir de se conformer aux us et coutumes de la Marine et par conséquent de ne pas faire passer la Ligne aux prophanes sans en avoir été rendus dignes par le sacré baptême, qu'y ayant plusieurs officiers dans l'état-major qui ne sont point encor initiés, il faut qu'ils s'y préparent etc. Signé : le père Tropique, gendre du Bonhomme La Ligne. En conséquence grands préparatifs dez le matin dans les hunes où tous les mousses sont montés avec le maitre d'équipage et quelques autres affidés pour préparer la mascarade58.

On retrouve dans ce passage un style de notation visiblement plus spontané, une écriture qui résume les prémisses de l'événement (on retrouve le fameux etc. des descriptions de sites). Le développement de l'épisode en revanche ne ménage pas les effets. Si Commerson en dénonce le ridicule, il se complaît pourtant volontiers dans la description de cette « mascarade de diables59 » :

Tous les mousses nus comme la main mais enduits d'huile et de noir à fumée ou de goudron depuis les pieds jusqu'à la teste avec des plumes de volaille colées sur tout le corps. Tous les grand masques couverts de peaux de mouton, couronnés de cornes, armés de queues et de griffes, les uns marchant à quatre pattes, les autres dansans comme des ours, les mousses sautant comme des singes d'un echellon des hauts bans à l'autre, d'autres saisis de mouvemens convulsifs et tous hennissans, grognans, miaulans, aboyans sous l'accompagnement de vingt cornes à bouquin et de toutte la batterie de cuisine60.

« Parades », « réjouissances nocturnes » et autres « libations bacchiques61 », rien n'est oublié. Dans le « troisième cahyer », à la même date, Commerson notait : « A 3 h après midy, on fit le baptême de la Ligne, trop de fois décrit pour que nous en parlions encore62. »

 

Ces différentes observations nous conduisent, pour conclure, à nous interroger sur la manière dont l'écriture modèle et reflète d'un seul geste la posture du voyageur. Le journal maritime sous sa forme normée, Pierre Berthiaume l'a bien montré, naît à la fin du XVIIe siècle du besoin des autorités de contrôler le déroulement des voyages au long cours63. Une expédition, soumise à la seule relation qu'en donnerait son capitaine, est par définition hors d'atteinte, les événements qui la ponctuent n'existant que sous la forme d'un texte qu'il faut accepter comme vrai. Ce qui se produit réellement ne peut jamais être cerné avec certitude ; rassembler et croiser de nombreux témoignages, les contraindre dans une forme aussi stricte que possible permet de s'approcher de cette certitude, mais l'écriture du voyage reste toujours empreinte de la tentation d'une narration qui, par sa forme même, convoque les mécanismes de la fiction. Ainsi décrire le passage de la Ligne relève-t-il d'un exercice littéraire davantage que de la livraison d'une information. Il n'y a plus rien à dire de ce lieu commun. Mais ne rien en dire, c'est aussi se confronter à la vacuité du voyage et manquer l'occasion de plaire au lecteur d'une relation publiée.

Lorsque Commerson projette ses Mémoires, il inscrit dans l'Avertissement qui les ouvre un projet, un programme, qui précise le statut des notes qu'on trouvera là : on est face à un journal de navigation (II) qui devra être mis en relation avec le travail d'observation qu'on exige du naturaliste (I et IV). Cette tâche prime sur les contraintes de précision qu'exigerait le journal de bord, comme le précise le point V de l'Avertissement. Si ce texte est essentiel, c'est qu'il témoigne de la difficulté, pour le naturaliste, de négocier entre le voyage comme projection idéale et le voyage réel. Les instructions, les attentes de l'Amirauté et de la Couronne imposent une forme, mais également un lectorat potentiel auquel on devra rendre des comptes. Ce point de référence, situé à Paris, imprime jusqu'à la mesure du temps du voyage (point III) : on fait le tour du monde, mais partout on marque l'heure de Paris. Cette convention, évidente du point de vue de la communication, pose frontalement la question de l'origine de l'écriture : d'où écrit-on ? De Montevideo, de Rio, de Madagascar, certes, mais avec l'œil et le jugement des instances de Paris. Une rencontre avec les indigènes s'écrit sous le contrôle du ministère ; toute description de plante est implicitement adressée à l'expertise de Bernard et Antoine-Laurent de Jussieu. Le voyage tend toujours vers ce point de départ et d'arrivée de toute information.

Cette présence du destinataire, le rôle qu'elle exerce dans la lecture et l'inscription des faits, n'a que peu été étudiée jusqu'à présent64. Elle détermine pourtant fortement l'écriture du voyageur, et le personnage qu'il devient dans ses écrits. Elle transforme toute tentative de mettre en forme la notation immédiate, prise dans l'événement (ou le non-événement) du voyage, en programme à réaliser, confronte ce qui a été fait à ce qui aurait dû ou pu être fait. Ainsi l'Avertissement est-il rédigé à la fois comme la description d'une démarche (présent du point I), comme projet (futur des points II à IV) et comme projection d'une relation a posteriori (temps passé du point V), consciente de ses lacunes, mais traçant également le portrait attendu du naturaliste « entièrement absorbé par le travail qui [le] concernoit » : figure idéale, à l'articulation du voyage réel et du voyage écrit - acteur, personnage et écrivain tout à la fois.

 

1 Marie-Noëlle Bourguet, « La collecte du monde : voyage et histoire naturelle (fin XVIIe siècle - début XIXsiècle) », dans Le Muséum au premier siècle de son histoire, Claude Blanckaert, Claudine Cohen, Pietro Corsi et Jean-Louis Fischer (dir.), Paris, Muséum national d'histoire naturelle, 1997, p. 163-196, ici p. 163.

2 Ibid., notamment les p. 173 et suivantes. Bourguet souligne qu'« à mesure que s'affirme le souci de définir aux voyageurs un strict protocole, il est remarquable de voir les auteurs d'instructions insister moins sur le contenu que sur la méthode, moins sur les objets à rechercher que sur les gestes à effectuer, les techniques à utiliser » (p. 173-174). Sur la question spécifique des instructions aux voyageurs, voir aussi Silvia Collini et Antonella Vannoni (éd.), Les Instructions scientifiques pour voyageurs, XVII-XIXe siècles, Paris, L'Harmattan, 2005.

3 Marie-Noëlle Bourguet, « La collecte du monde », art. cit., p. 165.

4 De nombreux travaux, anglo-saxons notamment, ont été consacrés à cette question des ambiguïtés du voyage, entre entreprise cognitive et entreprise coloniale. Voir notamment Londa Schiebinger & Claudia Swan (eds.), Colonial Botany. Science, Commerce, and Politics in the Early Modern World, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2007; James Delbourgo & Nicholas Dew (eds.), Science and Empire in the Atlantic World, New York, Routledge, 2008; James E. McClellan III, Colonialism & Science. Saint Domingue in the Old Regime, Chicago, The Johns Hopkins University Press, 2010 [1992]; James E. McClellan III & François Regourd, The Colonial Machine: French Science and Overseas Expansion in the Old Regime, Turnhout, Brepols, 2011.

5 Marie-Noëlle Bourguet note ainsi la manière dont Saussure, en publiant dans ses Voyages dans les Alpes un « Agenda du voyageur géologue », témoigne de la conscience d'une séparation très claire entre le voyageur amateur, généraliste, et le voyageur savant, « dont l'attention est cadrée par un programme et une méthode bien définis. » Voir Marie-Noëlle Bourguet, « A Portable Word: The Notebooks of European Travellers (Eighteenth to Nineteenth Centuries », Intellectual History Review, vol. 20, n° 3, 2010, p. 377-400, ici p. 382.

6 L'expression est utilisée par Isabelle Surun, « Du texte au terrain : reconstituer les pratiques des voyageurs (Afrique occidentale, 1790-1880) », Sociétés & Représentations, 2006/1, p. 213-223, ici p. 216.

7 Ibid.

8 Johann Reinhold Forster, Observations Made during a Voyage round the World, London, Robinson, 1778.

9 Voir à ce propos Nathalie Vuillemin, « D'une impossible inscription, ou l'institution du manque dans le Voyage à la Martinique de Thibault de Chanvalon (1763) », dans Penser l'Amérique : de l'observation à l'inscription, Nathalie Vuillemin et Thomas Wien (dir.), Oxford, Voltaire Foundation, 2017, p. 175-224.

10 La même observation vaut a fortiori pour les journaux de voyage de marins prestigieux comme Bougainville ou La Pérouse : l'édition de ces textes nécessite, de la part de leur auteur ou des éditeurs ultérieurs, une interrogation de fond sur la manière de traiter les informations d'ordre technique. Ainsi Bougainville choisit-il lui-même de supprimer bon nombre d'informations techniques lorsqu'il publie son Voyage autour du monde en 1771 (voir à ce propos Étienne Taillemite, « Du journal de voyage au livre imprimé : concordances et dissonances dans le Voyage autour du monde de Bougainville », dans La Découverte géographique à travers le livre et la cartographie, Christian Huetz de Lemps (dir.), numéro spécial de la Revue française d'histoire du livre, no 94-95, 1997, p. 187-202). Le texte du Voyage autour du monde de La Pérouse que présentent les Éditions La Découverte (1997) témoigne de nombreuses coupures relatives aux passages les plus techniques, mais également à des descriptions qui ont semblé trop détaillées aux éditeurs. Enfin, lorsqu'elle publie le journal de voyage de Alexander von Humboldt, Margot Faak souligne combien s'est avéré important le travail de sélection des passages les plus intéressants : « Une édition complète des journaux, du fait de leur caractère hétérogène, paraît peu sensée ». Margot Faak, « Vorwort », dans Alexander von Humboldt : Reise auf dem Río Magdalena durch die Anden und Mexico. Teil I : Texte, M. Faak (Hg.), Berlin, Akademie-Verlag, 1986, p. 27. Traduction N. Vuillemin.

11 Voir à ce propos Percy Guy Adams, Travelers and Travel Liars, 1660-1800, New York, Dover Publications, 1980 ; Anne-Gaëlle Weber, A beau mentir qui vient de loin : savants, voyageurs et romanciers au XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2004.

12 Sur le refus de l'itinéraire chez Humboldt voir par exemple Ottmar Ette, « Die Ordnung der Weltkulturen. Alexander von Humboldts Ansichten der Kultur », Humboldt im Netz, no 4, 2009, p. 10-32 ; Anne-Gaëlle Robineau-Weber, « La littérature et son histoire du point de vue des savants : un dialogue entre Georges Cuvier et Alexander von Humboldt (1800-1845) », Vox Poetica [En ligne], publié le 14/03/2010, URL : http://www.vox-poetica.org/sflgc/biblio/Robineau-Weber.html [consulté le 20/12/17]

13 Étienne Taillemite, Bougainville et ses compagnons autour du monde, 1766-1769, Paris, Imprimerie Nationale, 2006 [1977], 2 tomes en 1 volume. On se concentre sur les « Journaux de Philibert Commerson [...] et de Pierre Duclos-Guyot », t. II, p. 419-529. Pour la description complète de ces manuscrits, voir ibid., t. I., p. 134-136 et Yves Laissus, « Catalogue des manuscrits de Philibert Commerson (1727-1773) conservés à la Bibliothèque centrale du Muséum national d'Histoire naturelle (Paris) », Revue d'histoire des sciences, t. 31, no 2, 1978, p. 131-162.

14 « Suite des apostilles », dans Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. II, p. 493-505.

15« Post-scriptum sur l'isle de la Nouvelle-Cythère ou Tayiti », ibid., p. 506-510. Ce texte fut publié dans le Mercure de France de novembre 1769 et connut d'autres publications au XVIIIe siècle. Voir à ce propos l'introduction de Taillemite, t. I, p. 135.

16 Id., t. II, p. 514-522.

17 Id., p. 421-430.

18 Voir le « Catalogue » de Laissus, art. cit., rubriques n o 4-42, p. 150-152.

19 Chiffre IV du « Catalogue » de Laissus, op. cit., p. 153-154.

20 Sur la question du manuscrit de travail comme ouvrage « à remplir », voir par exemple Maria Teresa Monti, « Espaces blancs, espaces vides, espaces insuffisants. L'écriture du carnet d'observation chez Bonaventura Corti », dans Écriture et mémoire. Les carnets médico-biologiques de Vallisneri à É. Wolff, Maria Teresa Monti (dir.), Milano, FrancoAngeli, p. 91-128. Étienne Taillemite rappelle qu'à la mort de Commerson à l'Île de France en 1773, 34 caisses de matériaux divers furent adressées au Jardin du Roi. Les papiers ne remplissaient que l'une de ces caisses. Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. I, p. 134-135. Comme le souligne Marie-Noëlle Bourguet, « travellers, sometimes, substituted drawing or collecting objects for the practice of note-taking ». Cf. Bourguet, « A Portable World », art. cit., p. 394.

21 « Troisième cahyer des mémoires pour servir à l'histoire du Voyage autour du monde fait par M. de Commerson, médecin naturaliste du roi, envoyé par SM Très chrétienne pour y observer dans les trois règnes de la nature. Commencé le 1 février 1767, fini le... », dans Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. II, p. 431-457.

22 Il ne s'agit pas ici d'un « carnet », mais bel et bien d'un « casernet ». Selon la définition de Littré, 1873 : « Terme de marine. Cahier sur lequel on inscrit ce qui se passe pendant la durée de chaque quart. » Le terme n'est pas présent dans les dictionnaires antérieurs mais la signification correspond ici à l'usage qu'en fait Commerson. Merci à Sylvie Requemora-Gros de m'avoir signalé l'attestation du terme.

23 Id., p. 421.

24 Voir à ce propos Pierre Berthiaume, L'Aventure américaine au XVIIIe siècle. Du voyage à l'écriture, Ottawa, Paris, Londres, Presses de l'Université d'Ottawa, 1990.

25 « Mémoire du roy pour servir d'instruction à M. de Bougainville, dans Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. I., p. 24 : « Il [Bougainville] fera un journal exact de sa navigation dont il enverra à son retour une copie au Secrétaire d'État ayant le département de la Marine et aura soin que les officiers et pilotes embarqués avec luy fassent le leur pour être remis à leur retour [...]. »

26 Le format du journal de bord est sans doute à l'origine de cette norme que se fixe Commerson.

27 Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. II, p. 426.

28 « Du 14 au dimanche 15 », id.., p. 427.

29 « Du 13 au samedy 14 », id., p. 426.

30 Id., p. 427.

31 « Du 14 au dimanche 15 », id., p. 428.

32 Voir par exemple le résumé de l'anatomie d'une bonite, « Du 16 au mardy 17 », ibid..

33 Voir Vuillemin, « D'une impossible inscription », art. cit..

34 Voir à ce propos Bourguet, « A Portable World », art. cit., p. 378. Sur la question des modèles d'ordonnancement des écrits et des échantillons par les voyageurs naturalistes, voir le bel article de Anke te Heesen, « Accounting for the Natural World: Double-Entry Bookkeeping in the Field », dans Colonial Botany, op. cit., p. 237-251.

35 « A 7 h du matin pris deux requins. » (Du 13 au samedy 14) ; « Pris 3 requins dont un de 7 pieds 7 pouces 6 lignes de long, l'autre de 5 pieds 7 pouces, c'étoit une femelle. » (Du 14 au dimanche 15). Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. II, p. 434.

36 Ibid..

37 Id., p. 443-450.

38 Id., p. 452-454.

39 À propos de Michau, voir Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit ., t. I, p. 83. La note dans laquelle Commerson désigne les sources de ses emprunts se trouve dans le t. II, p. 444. Taillemite reconstitue ici l'abréviation « Md » utilisée par Commerson en Michaud, mais cette identification est fausse, due sans doute à une mauvaise orthographe de Commerson qui mélange Michau et Michaud. François-Juste Michaud embarqua sur la Boudeuse à Batavia, le 16 octobre 1768 (id., t. I, p. 180).

40 Apostilles 402-407, op. cit., t. II, p. 493-494.

41 Apostilles p. 401 : « Vue des Patagons » (id., p. 493) ; à propos des « Sauvages Pacharets » (p. 494-496) et « Description de l'isle de la Nouvelle Cythère » (p. 496-504).

42 « A 3 h 1/2 on mit le canot à la mer [...] » (id. p. 401) ; « Sauvages Pacharets. A onze heures et demie il vint à bord de la flûte l'Etoile 16 Sauvages » (p. 410, p. 494).

43 « Vue des Patagons » (id., p. 401, p. 493). Nous soulignons.

44 Un dessin devait se trouver à cet endroit.

45 « Sauvages Pacharets » (id., p. 410, p. 495-496). Cette même incomplétude est présente dans le texte sur Tahiti. Voir la note 1 de Taillemite, p. 499.

46 Laissus, « Catalogue », art. cit. Voir la rubrique no 43, p. 153.

47 Voir à ce propos Lorraine Daston, « Taking Note(s) », Isis, vol. 95, no 3, 2004, p. 443-448 ; Marc Ratcliff, Genèse d'une découverte : la division des infusoires (1765-1766), Paris, Muséum d'histoire naturelle, 2016, p. 13-33.

48 Taillemite, Bougainville et ses compagnons, op. cit., t. II, p. 423.

49 « Du 9 au mardy 10 », id., p. 424.

50 « La forte douleur cache la plus modeste ». Allusion au fait que le mal de mer lui a fait oublier de considérer cette blessure.

51 « Du 13 au samedy 14 », ibid.

52 « Du 2 au mardy 3 mars », id., p. 426.

53 « Du 17 au mercredy 18 », id., p. 425.

54 « Du 20 au samedi 21 », ibid.

55 « Du 22 au lundy 23 », ibid.

56 « Du 2 au mardy 3 », id., p. 422.

57 « Du 5 au vendredy 6 », id., p. 423.

58 « Du 22 au lundy 23 », id., p. 428-430.

59 Id., p. 430.

60 Ibid.

61 Ibid.

62 « Troisième cahyer des mémoires », « Du 22 au lundy 23 mars », id., p. 434.

63 Berthiaume, L'Aventure américaine, op. cit..

64 Voir à ce propos Nathalie Vuillemin et Thomas Wien, « Introduction : entre observation et inscription », dans Penser l'Amérique, op. cit., p. 1-24.

Pour citer cet article



Référence électronique
Nathalie VUILLEMIN, « Comment lire le carnet de voyage scientifique au XVIIIe siècle ? », Viatica [En ligne], Le carnet de voyage : permanence, transformations, légitimation, mis en ligne le 20/03/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/le-carnet-de-voyage-permanence-transformations-legitimation/dossier/comment-lire-le-carnet-de-voyage-scientifique-au-xviiie-siecle

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