L’art de voyager de Théophile Gautier

N°3 - Mars 2016
LIS, Université de Lorraine
L’art de voyager de Théophile Gautier

 

On sait que Théophile Gautier (1811-1872) fut un grand voyageur devant l'Éternel et que ses pas le conduisirent un peu partout en Europe et autour du bassin méditerranéen : de l'Angleterre à la Russie, de la Belgique à l'Égypte en passant par l'Espagne, l'Algérie et Constantinople, peu d'écrivains de son époque ont autant roulé leur bosse à travers le monde, alors même que les déplacements n'étaient ni aussi commodes ni aussi rapides que de nos jours. On sait moins sans doute qu'il nous a laissé ce que l'on pourrait appeler un véritable « art de voyager », éparpillé au fil de nombreux récits1 et de textes qui n'ont qu'une relation indirecte avec l'activité viatique de Gautier : c'est donc une sorte de synthèse que l'on se propose d'en donner ici, à commencer par l'entretien très développé qu'a recueilli celui qui allait devenir son gendre, Émile Bergerat. Gautier y définissant assez complètement son art de voyager, on le citera dans son intégralité pour revenir ensuite sur les principaux points qu'il aborde :

Quand je pars en voyage, je commence par laisser à Paris mes verges de critique et mon masque de « Français arbitre du goût ». Je ne me dis pas comme vous autres Perrichons et admirateurs de l'obélisque : Allons nous comparer sur place au reste du genre humain et savourer à l'étranger le plaisir chauvin d'arriver de Paris, d'en être et d'en parler à table d'hôte !... C'est Karr qui a dit : « Les bourgeois ne voyagent que pour avoir voyagé. » Quant aux professeurs et autres chercheurs de camps de César, c'est pour avoir un prétexte de dégorger leurs citations chez Buloz ! Ma méthode à moi est tout autre, et je te la recommande, si jamais tu es atteint de ce déplorable prurit du voyage, ce dont le ciel te préserve, mon cher enfant ! Il n'y a rien au monde de plus fatal au bonheur, et le besoin du déplacement s'accroît de toutes les satisfactions qu'on lui donne ; rien ne l'assouvit, et c'est une passion dont on meurt !

 

[...] Quant à ma méthode, c'est celle de Lord Byron. Je voyage pour voyager, c'est-à-dire pour voir et jouir des aspects nouveaux, pour me déplacer, sortir de moi-même et des autres. Je voyage pour réaliser un rêve tout bêtement, pour changer de peau, si tu veux. Je suis allé à Constantinople pour être musulman à mon aise ; en Grèce, pour le Parthénon et Phidias ; en Russie, pour la neige, le caviar et l'art byzantin ; en Égypte, pour le Nil et Cléopâtre ; à Naples, pour le golfe et Pompéi ; à Venise, pour Saint-Marc et le palais des Doges. La voilà, ma méthode. Si je suis à Rome, je deviens apostolique et romain, et si pour voir les Raphaël il fallait être cardinal, je me ferais cardinal. Pourquoi pas ? S'assimiler les mœurs et les usages des pays que l'on visite, voilà le principe ; et il n'y a pas d'autre moyen pour bien voir et jouir du voyage. Si tu vas à Londres pour t'exaspérer contre la boxe, ce n'est pas la peine de te déranger ; il faut non seulement voir les boxeurs, mais te passionner pour l'exercice, et boxer toi-même si tu peux.

 

Quand j'étais en Espagne, j'étais forcené pour les courses de taureaux, et l'on m'aurait désopilé si l'on m'avait dit qu'il existait un pays où le jeu en était proscrit comme immoral et attentatoire à la loi Grammont2 ! Les courses de taureaux en Espagne me paraissent aussi naturelles qu'une première de Dumas au Gymnase, à Paris, ou qu'une vendetta en Corse, et cela, parce que, dès que j'ai mis le pied dans un pays, j'en deviens indigène, j'en endosse le costume, si je peux, comme je l'ai fait en Espagne, et parce que j'ai le don de m'en approprier immédiatement la manière de vivre. Je me sens aussi Espagnol à Madrid que le Cid Campéador ou don Ruy Gomez de Silva ; je pense, j'agis, je vois comme eux, et je me ferais hacher au besoin pour soutenir la préexcellence de l'un des dix ou douze opinions qui divisent l'Espagne, n'importe laquelle, pourvu que mon épée fût trempée à Tolède et que le cartel me fût adressé au nom de don Theophilo !

 

Comprends-tu maintenant, conclut le maître, combien est vaine cette critique faite à mes Voyages3 ? Ils me disent : Dans votre Russie, il n'y a pas « de Russes ! » Parbleu, pourquoi faire ? Est-ce que je les ai vus, les Russes ? J'étais Russe moi-même à Saint-Pétersbourg comme je suis Parisien sur les boulevards ! Ces usages russes, qui vous intéressent tant, je les pratiquais journellement et ils m'étaient tout naturels. Penses-tu à décrire la manière de mettre la cravate dans un pays où tout le monde la met comme toi ? D'ailleurs, l'homme est partout l'homme, et, sous toutes les latitudes, il mange avec la bouche et prend avec les doigts ; dans tous les pays le fort tue le faible avec le fer, et l'art d'aimer ne varie point d'un pôle à l'autre. Cela ne vaut pas la peine de tailler sa plume, et pour moi je m'en soucie comme d'une guigne !

 

J'ai usé ma vie à poursuivre, pour le dépeindre, le Beau sous toutes ses formes de Protée et je ne l'ai trouvé que dans la nature et dans les arts. L'homme est laid, partout et toujours, et il me gâte la création. Il ne vaut que par son intelligence. Mais comme cette intelligence ne se manifeste que par ses productions, je m'en tiens à ses productions et je ne cherche point ailleurs le secret de ses destinées. Un tigre royal est plus beau qu'un homme ; mais si de la peau du tigre l'homme se taille un costume magnifique, il devient plus beau que le tigre et je commence à l'admirer. De même une ville ne m'intéresse que par ses monuments ; pourquoi ? parce qu'ils sont le résultat collectif du génie de sa population. Que cette population soit immonde et cette ville un habitacle de crimes, qu'est-ce que cela me fait quand on ne m'y assassine pas pendant que j'admire les édifices ?

 

J'aurais décrit Sodome très volontiers, et la tour de Babel avec enthousiasme. Je ne travaille pas pour le prix Monthyon4, et mon cerveau fait du mieux qu'il peut son métier de chambre noire. Si tu es curieux de ce qu'on appelle improprement l'humanité, prends la Gazette des Tribunaux : tout Balzac y est, et, en sus de Balzac, l'histoire générale et universelle de cette sorte de singe malfaisant que j'ai rencontré dans tous mes voyages et qui peuple les cinq parties du monde. C'est ça et ce sera toujours ça. Il n'y a que les climats qui varient, l'argot des voleurs et l'uniforme des gendarmes5.

« Ce déplorable prurit du voyage »

Après les imprécations très caractéristiques à l'encontre de ceux que Gautier pourrait nomme les « anti-voyageurs », ce qui saute aux yeux du lecteur de cet extrait, c'est la manière presque pathologique dont il envisage le voyage. Il s'agit là d'un des nombreux leitmotive de ses récits viatiques, au point qu'on a pu parler à son propos d'une véritable « apodémalgie », qu'il nomme lui-même, dans le Voyage en Algérie, la « maladie du bleu », et qu'il décrit en ces termes :

Aucune nosographie n'en fait mention à notre connaissance. Elle se développe chez nous, après une saison pluvieuse, sous l'influence d'une atmosphère grise et attristée de brouillard ; nous tombons d'abord dans un dégoût de toutes choses, dans un marasme profond [...] ; nous avons la nostalgie de l'azur : [...] nous voyons s'élever, du bleu foncé de la mer vers le bleu foncé du ciel, des dentelures de villes éblouissantes de blancheur.
[O]n se sent exilé dans sa propre patrie ; et le seul remède au mal, c'est de partir du côté où vole l'hirondelle6.

Dans Constantinople, Gautier se montre un fin analyste de cette sorte de maladie de la modernité qui consiste à « sortir de moi-même et des autres » :

Les civilisations extrêmes pèsent sur l'individualisme et vous ôtent en quelque sorte la possession de vous-même en retour des avantages généraux qu'elles vous procurent, aussi ai-je entendu dire à beaucoup de voyageurs qu'il n'y avait pas de sensation plus délicieuse que de galoper tout seul dans le désert, au soleil levant, avec des pistolets à l'arçon de la selle ; personne ne veille sur vous, mais aussi personne ne vous entrave ; la liberté règne dans le silence et la solitude, et il n'y a que Dieu au-dessus de vous. J'ai éprouvé moi-même quelque chose d'analogue en traversant certaines parties désertes de l'Espagne et de l'Algérie7.

Mais « la maladie du bleu » a aussi sa face d'ombre : il commente ainsi, dans Constantinople toujours, le croissant « désir de vagabondage cosmopolite » qu'il ressent au fil de ses voyages :

Le voyage est peut-être un élément dangereux à introduire dans la vie, car il trouble profondément et cause des inquiétudes semblables à celles des oiseaux de passage prisonniers au moment des migrations, si quelque circonstance ou quelque devoir vous empêche de partir. On sait que l'on va s'exposer à des fatigues, à des privations, à des ennuis, à des périls même, il en coûte de renoncer à de chères habitudes d'esprit et de cœur, de quitter sa famille, ses amis, ses relations, pour l'inconnu, et cependant l'on sent qu'il est impossible de rester, et ceux qui vous aiment n'essayent pas de vous retenir et vous serrent silencieusement la main sur le marchepied de la voiture8.

Dès le Tour en Belgique de 1836, il cherche à formuler « l'impression [...] douloureuse » que lui procure le voyage :

On voit combien facilement l'on se passe de gens que l'on croyait le plus aimer, et comme de cette absence temporaire à l'absence absolue la transition serait simple et naturelle ; on sent instinctivement que le coin que l'on occupait dans quelques existences est déjà rempli, ou va l'être ; on comprend qu'on peut vivre ailleurs que dans son pays, sa ville, sa rue, avec d'autres que ses parents, ses amis, son chien et sa maîtresse ; et je suis persuadé que c'est une pensée mauvaise. La fable du Juif errant est plus profonde qu'on ne le pense. Rien n'est plus triste que de voir tous les jours des choses qu'on ne verra plus9.

« Laisser à Paris mes verges de critique »

Mais le premier point sur lequel Gautier attire l'attention de son interlocuteur, c'est l'indispensable modestie dont doit faire preuve voyageur, qui n'a pas à se faire le juge des coutumes qu'il découvre :

 [...] rien n'est plus ennuyeux que ces esprits forts qui rient du mauvais œil et des mains préservatrices appliquées sur la chaux des murailles, tandis que peut-être ils n'osent pas s'asseoir à une table de treize couverts. Les infatués de civilisation sont aussi bien intolérables dans leurs dédains pour ce qu'ils appellent la Barbarie. À les voir près d'un Arabe drapé dans ses burnous et ses haïcks, on ne se douterait pas que ce sont eux qui représentent le progrès10.

Il doit encore moins transformer son récit en somme érudite ou à tout le moins attendue sur le pays visité, pour viser au contraire l'originalité de l'impression :

Avant de commencer le récit de ma triomphante expédition, je crois devoir déclarer à l'univers qu'il ne trouvera ici ni hautes considérations politiques, ni théories sur les chemins de fer, ni plaintes à propos de contrefaçons, ni tirades dithyrambiques en l'honneur des millions au service de toute entreprise dans cet heureux pays de Belgique, véritable Eldorado industriel ; il n'y aura exactement dans ma relation que ce que j'aurai vu avec mes yeux, c'est-à-dire avec mon binocle ou avec ma lorgnette, car je craindrai que mes yeux ne me fissent des mensonges. Je n'emprunterai rien au Guide du voyageur, ni aux livres de géographie ou d'histoire, et ceci est un mérite assez rare pour que l'on m'en sache gré11.

Gautier refuse ainsi à longueur de page le « voyage d'antiquaire », qu'il déteste, au profit de la « tournée d'artiste12 » qu'il entend proposer à son public, et il oppose une résistance forcenée dans les villes d'art - Venise entre autres - à la tentation de transformer son récit en guide touristique exhaustif et nourri « d'interminables descriptions » :

 [...] nous voulons seulement peindre, en quelques chapitres familiers, la vie à Venise d'un voyageur sans parti pris, curieux de tout, - très flâneur, capable d'abandonner un vieux monument pour une jeune femme qui passe, - prenant le hasard pour cicérone, et ne parlant, sauf à être incomplet, que de ce qu'il a vu. Ce sont des croquis faits d'après nature, des plaques de daguerréotype, de petits morceaux de mosaïque, recueillis sur place, que nous juxtaposons sans trop nous soucier d'une correction et d'une régularité qu'il n'est peut-être pas possible d'obtenir dans une chose aussi diffuse que le vagabondage à pied ou en gondole d'un feuilletoniste en vacance dans une ville inconnue pour lui, et où tant d'objets tirent la curiosité de tous côtés13.

Déjà, quelques années avant de se rendre en Italie, dans un article consacré à Londres où il se flattait d'« évit[er] les monuments avec soin, et en général tout ce qu'on appelle les beautés d'une ville » au cours de ses voyages et de se contenter d'en examiner avec soin, avant son départ, « les gravures et les dessins [qui les] représentent avec beaucoup de fidélité », il s'enorgueillissait de connaître « par cœur les églises et les palais de Venise » sans y avoir « jamais mis les pieds » et d'avoir même « écrit une description de cette ville tellement exacte, qu'on ne veut pas croire qu['il n'y est] pas allé14 ». De là les innombrables excuses pour éviter les trop longues descriptions de monuments pour lesquels il faudrait « des volumes entiers ».

« Devenir indigène »

L'art de voyager professé par Gautier est fondé sur une immersion totale, à commencer par l'adoption du costume local : comme il le dit à Bergerat, ce goût du travestissement se concrétise à Grenade, où il se fait tailler un costume de majo par l'un des meilleurs couturiers de la ville15, puis à Constantinople :

Coiffé d'un fez, vêtu d'une redingote boutonnée, le visage bruni par le hâle de la mer, la barbe longue de six mois, j'avais assez l'air d'un Turc de la réforme pour ne pas attirer l'attention dans les rues [...]16.

Ce soin apporté à sa mise en voyage et à se fondre ainsi dans la population locale témoigne en réalité d'un véritable respect de la réalité étrangère et de la différence de l'Autre, au point d'en adopter les moindres usages : toujours à Constantinople, soucieux de se « conformer en tout aux règles de la gastronomie turque », il apprend ainsi à manger « sans nappe » et avec ses doigts, en usant, pour se les essuyer, « de petits carrés de mousseline, brochés d'or, assez semblables aux serviettes à thé en usage dans nos soirées à l'anglaise17 ». Il s'agit en effet pour le voyageur de « se laisse[r] imprégner par l'atmosphère ambiante », de façon

qu'il oublie en quelque sorte sa nationalité, et tâche, pendant quelques semaines ou quelques mois, de vivre autant que possible avec les indigènes, acceptant leur cuisine, leurs boissons, leur manière de fumer, de se divertir, de se transporter d'un endroit à un autre [...]18.

Cette fusion dans la réalité étrangère paraît la seule manière, à ses yeux, de cerner ces « légères différences de formes, difficiles à faire comprendre par des mots, [qui] avertissent qu'on passe d'une contrée à une autre19 », y compris et peut-être surtout lorsque cette contrée est voisine. C'est la raison pour laquelle il se satisfait mal des voyages en première classe, même s'il apprécie leur confort moderne, car il n'y croise que « des gens comme il faut [...] pareils en tout pays, et [qui] ne présentent pas ces caractères tranchés que peut croquer d'un coup de crayon, sur son carnet de notes, le touriste rapide20 ».

Le voyage, école du regard

Il ne suffit pas toutefois au voyageur de s'immerger dans la réalité locale s'il veut en rendre compte à ses lecteurs : il lui faut aussi savoir observer car

 [...] l'instinct du voyage, instinct très rare en littérature, [...] ne consiste pas seulement dans l'humeur vagabonde, mais bien dans le don de voir. Cela semble aisé, ouvrir les yeux, regarder devant soi, et raconter ce qu'on a vu. Mais la plupart des yeux sont comme les miroirs et ne conservent pas les images réfléchies. Le monde des formes et des couleurs est fermé pour bien des gens, d'ailleurs pleins de savoir, de talent et d'esprit. Il faut saisir au vol le détail caractéristique, être frappé des différences [...]. Tant qu[e le voyageur] est en route, son affaire principale consiste à contempler la terre, le ciel, les monuments, la végétation, les habitants, les costumes et les mœurs de la région qu'il explore21.

De fait, Gautier aime à préciser qu'il se comporte comme un « daguerréotype littéraire22 », et son œil comme une plaque ultrasensible :

En voyage nous avons pour règle [...] de nous arrêter sur une impression vive. Il est une minute où l'œil, saturé de formes et de couleurs, se refuse à l'absorption de nouveaux aspects. [...] En cet état on regarde, mais on ne voit plus. La rétine n'a plus le temps de se sensibiliser pour une nouvelle impression23.

C'est qu'au-delà de la métaphore filée, le regard du voyageur est au cœur de la poétique du voyage et de son récit chez Gautier. En témoigne l'anecdote qu'il rapporte du trajet qu'il effectue en chemin de fer entre Saint-Pétersbourg et Moscou, en janvier 185924. Il remarque en effet les « légères arborisations couleur de vif-argent » créées sur la vitre de son compartiment « par suite du contraste de l'air froid du dehors avec l'air chaud du dedans » et « qui bientôt croisent leurs rameaux, s'étalent en larges feuilles, forment une forêt magique ». Il ne peut s'empêcher d'admirer « ces ramages, ces arabesques et ces filigranes de glace si délicatement contournés par le doigt de l'Hiver », véritables « poésies du Nord » où « l'imagination peut [...] découvrir des mirages hyperboréens », mais c'est pour déplorer aussitôt que ces charmantes formations glaciaires « étament si bien le carreau que la vue du paysage est totalement interceptée » :

 [...] quand on les a contemplés une heure, on s'impatiente contre ce voile aux broderies blanches qui vous empêche également d'être vu et de voir. La curiosité s'irrite de sentir passer derrière cette vitre dépolie tout un monde d'aspects inconnus qui ne se représenteront peut-être plus jamais à vos yeux.

Il conclut un peu plus loin en ces termes :

Nous ne sommes pas, Dieu merci, du tempérament de cet Anglais qui se fit conduire de Londres à Constantinople un bandeau sur les yeux, qu'on ne lui enleva qu'à l'entrée de la Corne d'or, pour jouir brusquement et sans transition affaiblissante de ce splendide panorama sans rival au monde.

La remarque de Gautier est instructive à plus d'un titre, d'abord parce qu'on la dirait précisément la profession de foi du « voyageur pittoresque », dont le parfait contretype se trouve dans la figure de Fritz (alias Nerval), compagnon de route en Belgique au cours de l'été 1836, indifférent au paysage traversé et « employa[nt] tout son temps à lire la Nouvelle Héloïse ou la Fleur des Exemples », qu'il ne se décidera à fermer qu'à la frontière belge25. Gautier passe au contraire l'essentiel de son voyage « le nez à la portière pour voir un peu de quelle façon se comport[e] la nature », hormis lorsque « la fraîcheur de la nuit » le contraint à « renonc[er] à [s]on rôle d'observateur26 ».

Un tour en Belgique inaugure donc une véritable obsession de la contemplation, un souci d'observer et de représenter le monde extérieur à tout prix, érigé tantôt en don, tantôt en science, qui confine à la manie dans l'ensemble de ses récits de voyage et qu'il décrit volontiers pour mieux s'en moquer27. Quelle que puisse être l'attirance qu'il ressent pour le repli délibéré de Fritz-Nerval sur la littérature ou pour le monde de rêverie que lui suggèrent les fines sculptures de givre sur la vitre du train russe, il préférera toujours s'en aller « la lorgnette à la main, [...] prendre le signalement de l'univers28 », au prix d'une haine inextinguible pour les voyages trop rapides29.

Apprendre à voir le monde « en courant » et « hors de soi »

Mais qui déteste se déplacer trop vite n'a pas forcément envie de s'appesantir dans les pays qu'il traverse. Reprenant les critiques adressées au voyage traditionnel par ses prédécesseurs Chateaubriand et Custine30, Gautier affirme, au cours de son premier périple espagnol, que « l'impression générale que reçoit un voyageur après quelque séjour [est] souvent plus juste que celle d'un observateur indigène, moins frappé et moins saisi par la nouveauté des objets31 ». Gautier radicalise toutefois les positions de ses maîtres en la matière : d'abord parce qu'à l'opposé d'un Chateaubriand qui, en avant-goût des Mémoires d'outre-tombe, « parle éternellement de [s]oi » dans son Itinéraire32, il met en quelque sorte son moi entre parenthèses. Si l'image de l'œil occupe en effet une place centrale dans l'illustration de son art de voyager, cet œil aspire à la désincarnation la plus complète : la personnalité du narrateur en voyage n'a d'autre intérêt pour lui que celui de

relier une phrase à une autre et parce qu'il faut bien que les tableaux successifs dont se compose un voyage aient eu d'abord un spectateur. Nous nous réduisons autant que possible à n'être qu'un œil détaché comme l'œil d'Osiris sur les cartonnages de momie, ou celui qui arrondit ses noires prunelles à la proue des barques de Malte et de Cadix33.

C'est donc à une quasi-disparition du sujet regardant qu'aspire profondément le Gautier itinérant, comme l'illustre bien la séquence du Voyage en Russie où il assiste au bal de la cour dissimulé derrière une cloison percée du Palais d'hiver34 : pour bien observer, le voyageur doit en quelque sorte se fondre dans le décor et « ne pas attirer l'attention dans les rues35 »... De là l'intérêt des déguisements et le faible nombre de récits où apparaissent les aventures, la personnalité ou les sentiments du voyageur36.

En outre, Gautier adapte la méthode de Custine aux besoins du « voyageur pressé », dans un récit qui pourrait bien servir de bréviaire à celui-ci, le bien nommé Ce qu'on peut voir en six jours. Dans cette relation d'une rapide excursion à travers la Suisse, l'Allemagne et la Hollande, Gautier dessine en effet mieux qu'ailleurs ce que l'on pourrait nommer sa poétique du voyage et de son récit. Il reprend ainsi le paradoxe de l'écrivain britannique William Makepeace Thackeray, qui prétendait connaître l'Espagne après avoir passé une demi-heure à Cadix :

Nous prîmes d'abord le mot pour une saillie du spirituel humoriste ; mais, plus tard, en y réfléchissant, la vérité de cette assertion bizarre nous fut démontrée complètement : un œil exercé sait tout de suite les différences des villes et des pays entre eux. Si l'on séjourne, bientôt le regard s'habitue et la sensation s'émousse : vous ne faites pas plus d'attention aux choses que les habitants eux-mêmes37.

S'il n'est pas aveugle aux limites de cette méthode38, celles-ci ne lui importent guère, puisqu'il va en réalité beaucoup plus loin qu'il n'avait osé le faire auparavant dans l'opposition qu'il dessine entre la pratique traditionnelle du voyage et celle qui lui est propre - ou qui, disons, lui convient le mieux :

Il y a deux manières de voyager : la première consiste à passer dans chaque ville trois ou quatre jours, une semaine ou davantage s'il le faut, pour visiter les églises, les édifices, les musées, les curiosités locales, étudier les mœurs, l'administration, les procédés de fabrique, etc., etc. ; la seconde se borne à prendre le prospect général des choses, à voir ce qui se présente sans qu'on le cherche, sous l'angle d'incidence de la route, à se donner l'éblouissement rapide d'une ville ou d'un pays, comme, au Cosmorama, on regarde défiler devant soi une longue bandelette peinte vous menant de Liverpool à San-Francisco, avec cette différence qu'ici le spectateur chemine et que le spectacle reste immobile39.

Gautier n'a donc plus honte d'affirmer que c'est le « spectacle » dans toute sa gratuité qui l'intéresse, aux dépens de l'étude et de la visite : face au voyageur enquêteur des temps qui l'ont précédé, voire au chercheur d'impressions40, il se définit comme un simple observateur désincarné, soumis à un monde qui se déroule devant lui à la manière d'un film.

Le voyage devient alors contemplation amusée du spectacle insolite qui défile sous les yeux ébahis du voyageur, installé dans une voiture à cheval, un bateau ou un train, comme en témoigne, entre autres, Un tour en Belgique : après avoir vu depuis la diligence se dérouler « je ne sais combien de lieues de bandelettes », « des cultures bariolées comme le livre d'échantillons d'un tailleur » et des « files de peupliers [qui] hérissaient la campagne d'une rangée de points d'exclamation !!!! qui la faisait ressembler à une page pathétique d'un livre à la mode41 », le voyageur intrépide emprunte le chemin de fer pour la première fois de sa vie et assiste, alors que la locomotive atteint « son plus haut degré de progression », à un spectacle digne d'« un bateau [qui] vous fait voir les rives en mouvement, tandis qu'il vous semble que vous-même vous êtes immobile » :

Les champs étoilés des fleurs d'or du colza commencèrent à s'enfuir avec une étrange vélocité, et à se hacher de raies jaunes où l'on ne distinguait plus la forme d'aucune fleur ; le chemin brun, piqué de petits cailloux blancs crayeux, avait l'apparence d'une immense queue de pintade que l'on aurait tirée violemment sous nous ; les lignes perpendiculaires devenaient horizontales, et, si la figure du pays eût été mieux dessinée et plus accidentée, cela eût produit un mirage singulier. La silhouette de Malines, où ressortait principalement une grande tour carrée, passa si vite à côté de nous, que, lorsque je poussai le coude de mon ami Fritz pour la lui faire voir, elle était déjà hors de portée42.

Un remède à l'uniformité du monde

Cette position volontairement anti-copernicienne, renforcée par la vitesse, permet au voyageur de voir le monde autrement, et du même coup, d'en donner une vision nouvelle à son lectorat - fût-elle, comme ici, des plus cocasses : la recréation se double donc d'une véritable récréation. On est loin des descriptions de monuments, qui ne lui permettaient guère que de répéter ce que d'autres avaient dit avant lui...

Peut-être y a-t-il aussi là une manière de conjurer le risque de l'uniformité qui peut saisir à tout moment le voyageur dans une époque où il n'est pourtant pas encore question de mondialisation. La « modernisation » des villes est ce qui le révolte le plus systématiquement, et revient constamment sous sa plume la dénonciation du « goût Rivoli » qui, avec son lot de démolitions et de rues à arcades, sévit en Europe et au-delà, en défigurant les métropoles visitées. Voici, à titre d'exemple, ce qui le frappe à Athènes :

Une grande rue se présente, bordée de maisons blanches à toits de tuiles, à contrevents verts, de l'aspect le plus bourgeoisement moderne, et qui ressemble, à faire peur, à une rue des Batignolles. Les constructions démontrent, de la part des maçons qui les ont bâties, une envie naïve de faire une Athènes à l'instar de Paris. Comme tous les peuples récemment sortis de la barbarie, les Grecs actuels copient la civilisation par son côté prosaïque et rêvent la rue de Rivoli à deux pas du Parthénon43.

Il voit par ailleurs avec effarement la place de l'Esbekieh au Caire, dont la représentation picturale lui avait donné jadis le goût de l'Orient44, et qu'il visite en 1869, transformée en

un grand square à l'européenne, divisé par de larges voies en compartiments réguliers, bordées de légères palissades de roseaux ou de nervures de palmiers, qu'on espère vendre pour y bâtir des maisons à peu près comme dans le parc Monceaux [sic], tout en réservant une partie du terrain pour la promenade [...]45.

Il déplore également le goût pour la mode occidentale qui sévit partout où il passe, et qui l'amène à trouver des « draps anglais » d'une grande laideur au bazar de Constantinople46. Dans cette ville, il constate que le « luxe oriental » est « entremêlé » d'objets occidentaux, « dissonances qui affligent l'artiste » et qui « se retrouvent dans toutes les maisons turques qui ont des prétentions au bon goût47 ». Ce même goût universel pour la mode occidentale accélère la disparition du costume, vecteur essentiel de la couleur locale, ce « costume, que le voyageur est obligé d'aller chercher si loin aujourd'hui sans le trouver toujours48 ». Gautier dénonce en particulier à Constantinople « l'absurde costume de la réforme, fausse livrée de civilisation endossée par un corps barbare49. » Plus généralement,

 [i]l n'existe plus aujourd'hui de différence visible d'un peuple à l'autre. Tous ont adopté l'uniforme domino de la civilisation ; nulle couleur particulière, nulle coupe spéciale du vêtement ne vous avertit que vous êtes ailleurs50.

Or, comme il le disait déjà à Bergerat, « [l]'homme est laid, partout et toujours, et il me gâte la création »...

Ce désespoir face à l'uniformisation du monde qu'il parcourt prend la forme d'un véritable leitmotiv tout au long des différents récits de voyages de Gautier. Il regrette ainsi, en traversant la Méditerranée, « [...] cette Corse énergique et sauvage, aux mœurs poétiquement féroces, aux vendettes éternelles, que le progrès rendra bientôt semblable à la banlieue de Paris, à Pantin ou à Batignolles51 ». Au cours de son périple espagnol, il se lamentait déjà de la sorte :

C'est un spectacle douloureux pour le poète, l'artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs disparaître du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l'uniformité la plus désespérante envahir l'univers sous je ne sais quel prétexte de progrès. Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c'est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité52.

Le récit de ce voyage, encore aventureux à l'époque, comporte d'ailleurs un long lamento qui synthétise son point de vue sur la « déperdition de l'authentique53 » à laquelle il assiste et qu'il relèvera par la suite de pays en pays. À sa manière, il semble entrevoir, plus d'un siècle avant Lévi-Strauss, la « fin des voyages » :

Ce qui constitue le plaisir du voyageur, c'est l'obstacle, la fatigue, le péril même. Quel agrément peut avoir une excursion où l'on est toujours sûr d'arriver, de trouver des chevaux prêts, un lit moelleux, un excellent souper et toutes les aisances dont on peut jouir chez soi ? Un des grands malheurs de la vie moderne, c'est le manque d'imprévu, l'absence d'aventures. Tout est si bien réglé, si bien engrené, si bien étiqueté, que le hasard n'est plus possible ; encore un siècle de perfectionnement, et chacun pourra prévoir, à partir du jour de sa naissance, ce qui lui arrivera jusqu'au jour de sa mort. La volonté humaine sera complètement annihilée. Plus de crimes, plus de vertus, plus de physionomies, plus d'originalités. Il deviendra impossible de distinguer un Russe d'un Espagnol, un Anglais d'un Chinois, un Français d'un Américain. L'on ne pourra plus même se reconnaître entre soi, car tout le monde sera pareil. Alors un immense ennui s'emparera de l'univers, et le suicide décimera la population du globe, car le principal mobile de la vie sera éteint : la curiosité54.

Le monde comme spectacle, le voyage et son récit comme actions de grâce

Comment dès lors réenchanter le monde en recréant de l'ailleurs là où il n'y en a pas - ou plus - , en retrouvant de l'Autre là où il n'y a plus que du Même ? Tout l'art de voyager de Gautier tient à cette capacité à « exotiser » le réel et à le transformer en spectacle, sans d'ailleurs craindre la désillusion propre à tout voyage : il paraît en effet avoir une étrange conception de cette nécessaire confrontation entre l'imaginaire et le réel. Au moment d'arriver en Algérie, aux portes de « cette mystérieuse Afrique » qui le fascine tant, le voici qui s'exclame :

 [...] nous allions voir un de nos rêves se réaliser ou s'écrouler, et s'effacer de notre tête une de ces géographies fantastiques que l'on ne peut s'empêcher de se faire à l'endroit des pays que l'on n'a pas visités encore55.

La possible destruction de ces « géographies fantastiques » peut même devenir à l'occasion l'« [u]n des plus vifs plaisirs du voyageur », comme il le remarque à Berlin56. Malgré la proximité des termes utilisés57, on est donc très loin de la célèbre déploration nervalienne du Voyage en Orient, qui évoque l'« impression douloureuse » suscitée par la perte, « ville à ville et pays à pays, [de] tout ce bel univers qu'on s'est créé jeune, par les lectures, par les tableaux et par les rêves58 ». On ne peut en effet s'empêcher d'avoir le sentiment que, chez Gautier, cette indispensable désillusion se situe davantage du côté du jeu et du plaisir, ce qui lui fournit en outre l'occasion de voir autrement les pays qu'il visite.

L'un des moyens de réenchanter le monde est en effet de le regarder - et, accessoirement, de le donner à voir - sous un angle différent, par la recherche privilégiée de ce que l'on ne voit pas habituellement quand on voyage hors de chez soi. Gautier, c'est l'une des constantes de ses relations viatiques, se plaît à rechercher à l'étranger ce que les autres voyageurs ne voient pas, ou ne veulent pas voir, des couleuvres d'eau de Fusine et des chiens errants de Venise aux corneilles de Moscou et aux pigeons de Constantinople59 :

 [...] nous aimons connaître des villes autre chose que la physionomie officielle, dessinée, décrite, racontée partout, et nous sommes curieux, le légitime tribut d'admiration payé, de soulever ce masque monumental que chaque cité se passe sur le visage pour dissimuler ses laideurs et ses misères60.

Il oppose donc sa manière de voyager à celle de bien de ses contemporains, en privilégiant par exemple la visite nocturne d'une ville ou, pour reprendre le titre d'un de ses articles, la « promenade au hasard » :

C'est toujours une bonne fortune quand le hasard des heures et des routes vous amène la nuit dans une ville inconnue. À droite et à gauche de la voiture, les yeux avides essayent de percer l'obscurité et de saisir à travers l'ombre, étoilée çà et là de lanternes, quelques traits de la physionomie générale des édifices. [...]

Il y a souvent une poésie, que détruit parfois la grande clarté, dans ces masses noires qu'ébauche un rayon perdu, un vague reflet du ciel nocturne, et les villes entrevues ainsi prennent des apparences bizarres, grandioses et fantastiques comme ces villes imaginaires que l'âme parcourt pendant le rêve61.

Notre méthode, en voyage, est d'errer au hasard à travers rues, comptant sur le bonheur des rencontres62.

Le regard qu'il porte sur les lieux traversés au cours de ces promenades nocturnes ou aléatoires lui fournit alors la matière d'innombrables visions fantastiques, qu'il recueille pendant ses voyages à Bruxelles, Alger, Londres ou Venise (entre autres), et où il retrouve « le plaisir que donnent les romans d'Anne Radcliffe et les eaux-fortes de Piranèse transporté dans la réalité63 ».

Cette manière de voir et de décrire, qui lui permet de redonner de l'exotisme à ce qui n'en comporte plus, l'autorise du coup à rendre exotique ce qui ne l'était pas a priori : si « la couleur locale s'en va du monde », pourquoi aller la chercher ailleurs, alors qu'on peut la trouver à deux pas d'ici ? C'est ainsi qu'après s'être rendu en Belgique, le jeune Gautier va excursionner juste au-delà des limites de Paris, en des lieux dont l'exotisme ne tient pas à la distance, mais à leur très improbable caractère touristique : Montfaucon et la barrière du Combat, sièges respectivement d'une voirie et d'un cirque où combattent des animaux. Il en tirera la matière de trois célèbres articles réunis sous le titre de Voyage hors barrière, tentative ironique et sans lendemain pour faire d'un Ici à fuir coûte que coûte un Ailleurs vendable aux journaux. Plus sérieusement, il s'intéresse parfois à des objets qui devraient a priori révulser le « barbare romantique » qu'il prétend être, en particulier les dernières réalisations du progrès et de l'industrie, de la forge Cockerill de Serin, près de Liège, qu'il compare aux « forges de Lemnos64 », jusqu'aux chantiers navals de Londres :

 [...] des chantiers de construction avec leurs immenses hangars et leurs carcasses de navires ébauchés, pareils à des squelettes de cachalots, se dessinaient bizarrement dans le ciel. Une forêt de cheminées colossales, en forme de tours, de colonnes, de pylônes, d'obélisques, donnait à l'horizon un air égyptien, un vague profil de Thèbes, de Babylone, de ville antédiluvienne, de capitale des énormités et des rébellions de l'orgueil, tout à fait extraordinaire. - L'industrie, à cette échelle gigantesque, atteint presque la poésie, poésie où la nature n'est pour rien, et qui résulte de l'immense développement de la volonté humaine.

Une forêt de trois-mâts au milieu d'une capitale est le plus beau spectacle que puisse offrir aux yeux l'industrie de l'homme65.

L'imagination et la plume du poète, doté d'un « sentiment exotique poussé au plus haut degré66 », se font alors « catalyseurs d'ailleurs », surtout lorsque l'intéressé se trouve physiquement prisonnier d'un ailleurs décevant ou d'un ici contraignant - lorsque, par exemple, il n'a pas la possibilité de voyager « au long cours », ou que la contrée qu'il visite est trop proche pour être dépaysante. Il se montre ainsi très sensible au dispositif des expositions et jardins exotiques, qu'il monte sur une jonque chinoise à l'exposition de Londres ou qu'il se rende tout simplement au Jardin d'acclimatation :

 [...] ce n'est pas une illusion, vous venez de faire un pas de trois mille lieues, un pas à user et à désespérer les bottes du petit Poucet67.

Quelle sensation bizarrement exotique produit l'aspect de végétations qu'on ne connaît que par les livres de botanique, poussant en pleine terre ! Il y a au Jardin d'acclimatation une allée de bambous qui nous a fait accomplir en trois minutes le voyage de l'Inde. L'allée de palmiers conduit tout droit aux oasis du Sahara. Rien n'agit aussi fortement sur l'imagination qu'une plante nouvelle68.

Parfois, c'est à sa propre imagination qu'il doit des rapprochements insolites qui sont autant d'occasions d'accomplir des voyages immobiles, comme lorsqu'il entrevoit un Indien à Londres, une Anglaise au parc des Cascine, à Florence ; ou lorsque, par un « rapprochement involontaire », il associe le rocher de Tourbillon, vu à Sion dans le Valais « couronné de ruines gothiques », à « [...] l'Acropole d'Athènes avec ses escarpements de marbre et ses couleurs d'hyacinthe69 ». Chez lui l'écriture analogique procède moins de la rhétorique que de la vision et, en bon romantique, il perçoit dans le processus qui la conduit un mouvement involontaire de l'esprit associant, sous le coup d'une impression ou d'une illusion sensorielle, deux réalités a priori sans relation, mais dont le rapprochement ouvre l'imagination à une autre dimension. On pourrait relever, dans les récits de voyage de Gautier, d'innombrables exemples de ces mises en parallèle arbitraires, qui s'imposent à lui malgré qu'il en ait70 - et qui ne sont pas sans anticiper sur le processus de production des images surréalistes décrit par André Breton.

C'est donc de la banalité même que l'écrivain voyageur peut recréer le réel en en faisant jaillir le génie, et il fera précisément preuve d'originalité en donnant à voir justement ce que personne ne voit, autrement dit l'extraordinaire présent dans l'ordinaire, et en transformant le banal en unique. Dès l'instant où le réel aperçu au cours du voyage n'a rien à voir avec la réalité du quotidien, il n'importe plus guère qu'il soit beau ou laid, intéressant ou banal, semblable ou non aux rêves que l'on a pu s'en faire : l'artiste a toujours les moyens de le rendre unique. En outre, puisque « l'homme ne saurait avoir de plus noble occupation que de parcourir et de décrire l'astre qu'il habite71 », il considère ses voyages comme une forme d'obligation : il définit fréquemment sa pratique de touriste observateur comme un « rôle », une « mission », un « devoir », une « tâche » ou une « besogne », souvent « humble », voire un « métier » pratiqué « en conscience72 ».

Mais devoir à l'égard de qui ? De son lectorat certes : on ne saurait oublier que la plupart des récits de voyage de Gautier étaient des commandes, et les innombrables apostrophes directes du narrateur à son narrataire sont aussi là pour nous rappeler le souci qu'il accorde à l'agrément de son public. Mais une dimension plus symbolique n'est sans doute pas à exclure, comme invitent à le penser ces lignes extraites de Constantinople :

 [...] ne faut-il pas parcourir un peu la planète sur laquelle nous gravitons à travers l'immensité, jusqu'à ce que le mystérieux auteur nous transporte dans un monde nouveau pour nous faire lire une autre page de son œuvre infinie ? N'est-ce pas une coupable paresse d'épeler toujours le même mot sans jamais tourner le feuillet ? Quel poète serait satisfait de voir le lecteur s'en tenir à une seule de ses strophes ? Ainsi chaque année, à moins d'être cloué sur place par les nécessités les plus impérieuses, je lis un pays de ce vaste univers qui me paraît moins grand à mesure que je le parcours et qu'il se dégage des vagues cosmographies de l'imagination. Sans aller précisément au Saint-Sépulcre, à Saint-Jacques-de-Compostelle, à la Mecque, je fais un pieux pèlerinage aux endroits où la beauté des sites rend Dieu plus visible [...]73.

Certes la métaphore du voyage comme lecture du monde n'est pas nouvelle, mais ce qui est moins attendu chez Gautier, c'est d'y trouver l'univers perçu en tant que Création, à la fois divine et artistique - en tant que « poème divin », comme il le dit ailleurs. Par cette analogie entre Dieu (« le mystérieux auteur ») et le poète, Gautier ne se contente pas de filer la métaphore : il s'autorise en quelque sorte à tutoyer le Créateur en en faisant un compagnon d'établi, et transforme du même coup le voyage en un pèlerinage laïque et panthéiste. L'aventure et le récit du voyage relèveraient donc, à ses yeux, du sacré - sinon du religieux - et consisteraient en un va-et-vient entre lecture et écriture du monde, où celle-ci transfigurerait celle-là en une sorte de louange adressée, au nom de la communauté des lecteurs, moins au Père qu'à un pair - un peu supérieur tout de même ! Là n'est pas le moindre paradoxe de cet art de voyager en mosaïque, qui nous invite à voir le monde autrement : preuve s'il en était besoin que ses récits peuvent, au XXIe siècle encore, représenter de précieux viatiques.

 


1 Leur publication, dans le cadre des Œuvres complètes sous la direction d'Alain Montandon chez Champion, ne devrait pas occuper moins de huit volumes...

2 Loi réprimant les mauvais traitements subis par les animaux domestiques : le député Jacques Delmas de Grammont (1796-1862) la fit voter sous la Seconde République le 2 juillet 1850.

3 Voir par exemple les jugements de Zola (« [...] de pareils récits de voyages ressemblent à des "vuesˮ qu'un dessinateur rapporterait dans son carton. Nous connaissons la scène et les personnages ; mais nous ignorons la pièce que ces gens jouent sur ces lointains théâtres » - « M. Théophile Gautier » [1867], Marbres et Plâtres, éd. Auguste Delazay, dans Œuvres complètes, Henri Mitterand dir., Paris, Cercle du Livre Précieux, 1968, t. 10, p. 230) et d'Edmond Biré opposant Xavier Marmier, qui, en voyage, « voit des humains partout », à Gautier, qui « s'attache aux monuments et aux tableaux, à la physionomie et au côté pittoresque des pays qu'il traverse », mais dans les récits duquel « on n[e] découvre jamais l'empreinte d'un pas humain » (Études et portraits, Lyon/Paris, Vitte, 1913 [nouv. éd.], p. 319).

4 Au nombre des prix institués par le philanthrope et économiste Auget de Montyon (1733-1820) et décernés par l'Institut de France figurait un prix de vertu, resté fameux.

5 Émile Bergerat, Théophile Gautier, Paris, Charpentier, 1879, p. 124-129.

6 Théophile Gautier, Voyage pittoresque en Algérie [1865], chap. I, éd. Madeleine Cottin, Genève/Paris, Droz, 1973, p. 159-160

7 Théophile Gautier, Constantinople [1853], chap. XXVIII, éd. Sarga Moussa, Paris, La Boîte à documents, 1990, p. 293.

8 Ibid., chap. I, p. 33.

9 Théophile Gautier, Un tour en Belgique [1845], chap. IV, dans Caprices et zigzags, Paris, Lecou, 1852, p. 37-38. Le poème « Départ » qui ouvre España [1845] offre une intéressante synthèse de cette vision très sombre du voyage : Baudelaire saura s'en souvenir dans Les Fleurs du Mal...

10 Théophile Gautier, « Tunis » [1867], dans L'Orient, Paris, Charpentier, 1877, t. 2, p. 325.

11 Théophile Gautier, Un tour en Belgique, op. cit., p. 1.

12 Théophile Gautier, Constantinople, chap. XIX, op. cit., p. 208.

13 Théophile Gautier, Italia [1852], chap. XXIV, éd Marie-H. Girard, Paris, La Boîte à documents, 1997, p. 245

14 Théophile Gautier, « Une journée à Londres » [1842], dans Caprices et zigzags, op. cit., p. 114-115.

15 Théophile Gautier, Voyage en Espagne [1843], chap. XI , éd. Patrick Berthier, Paris, Gallimard, « Folio », 1981, p. 261-262.

16 Théophile Gautier, Constantinople, chap. VI, op. cit., p. 92.

17 Ibid., chap. XV, p. 179.

18 Théophile Gautier, « Tunis », art. cité, p. 325.

19 Théophile Gautier, Ce qu'on peut voir en six jours [1858], ch. I, dans Loin de Paris, Paris, Charpentier, 1881, p. 270-271.

20 Théophile Gautier, Voyage en Russie [1867], 2e partie, éd. Natalia Mazour et Serge Zenkine, Paris, Champion, 2007, p. 342.

21 Théophile Gautier, « Tunis », art. cité, p. 324-325.

22 Ce mot célèbre se trouve au chap. X du Voyage en Espagne (op. cit., p. 193). L'ancêtre de nos appareils photos actuels sera d'ailleurs, en Espagne, à la fois le compagnon et le concurrent du voyageur, jusque dans ses vicissitudes, tantôt objet d'inquiétude pour les douaniers, tantôt victime des mêmes accidents de la route : voir ibid., chap. VI, op. cit., p. 54-55, 91, 94-95).

23 Théophile Gautier, Voyage en Russie, chap. XVI, op. cit., p. 246.

24 Ibid., p. 231-232.

25 Théophile Gautier, Un tour en Belgique, chap. I, op. cit., p. 9, et chap. III, p. 31.

26 Ibid., chap. I, p. 5, et chap. II, p. 18.

27 « Je voudrais décrire les pavés un à un, compter les feuilles des arbres, rendre l'aspect des objets, et même noter d'heure en heure la teinte et la forme des nuages » (ibid., chap. IV, op. cit., p. 35) ; « Jamais personne ne se livra à une pareille débauche d'œil. Nous regardions quatorze heures par jour sans nous arrêter » (Théophile Gautier, Italia, chap. XXVI, op. cit., p. 261) ; « Je voudrais être comme Janus et avoir deux faces. C'est bien peu, vraiment, que deux yeux » (Constantinople, chap. V, op. cit., p. 81) ; « En voyage [...] les yeux, comme les dents au buffet du chemin de fer, redoutant le sifflet du départ, avalent les morceaux doubles » (Voyage en Russie, chap. XIX, op. cit., p. 296).

28 Théophile Gautier, Voyage en Espagne, chap. I, op. cit., p. 26.

29 Voir ibid., chap. XIII, p. 371. Même détestation pour les voyages de nuit (Théophile Gautier, Voyage en Russie, chap. II, op. cit., p. 35 ; Constantinople, chap. I, op. cit., p. 39) ou sur mer - puisqu'il n'y a rien à y voir (Voyage en Égypte [1870], chap. I, éd. Paolo Tortonese, Paris, La Boîte à documents, 1991, p. 32).

30 Voir Alain Guyot, « Custine et "la poétique des voyages" : l'épître dédicatoire à Miss Bowles dans L'Espagne sous Ferdinand VII (1838) », Viatica 2, Clermont-Ferrand, 2015 - publié en ligne : http://viatica.univ-bpclermont.fr/l-art-des-autres/art-de-voyager/custine-et-la-poetique-des-voyages-l-epitre-dedicatoire-miss-bowles-dans-l-espagne-sous-ferdinand-vii-1838

31 Théophile Gautier, Voyage en Espagne, chap. XI, op. cit., p. 307.

32 François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, Préface de la première édition, dans Œuvres romanesques et voyages, éd. Maurice Regard, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1969, t. 2, p. 702.

33 Théophile Gautier, Voyage en Égypte, chap. I, op. cit., p. 31.

34 Théophile Gautier, Voyage en Russie, chap. XI, op. cit., p. 141 et suiv.

35 Théophile Gautier, Constantinople, chap. VI, op. cit., p. 92.

36 « Raconter ses aventures, c'est de la fatuité » (Théophile Gautier, Italia, chap. XXIV, op. cit., p. 263). Voir aussi Constantinople, où Gautier refuse au lecteur, « et surtout [à] la lectrice », le lieu commun du récit d'une intrigue avec une femme orientale (chap. XVI, op. cit., p. 182).

37 Théophile Gautier, Ce qu'on peut voir en six jours, chap. VI, op. cit., p. 344.

38 Il ne les dissimule pas lorsqu'il reconnaît avoir pris, une nuit à La Haye, un échafaudage pour « un clocher [...] d'une ornementation compliquée et fantasque » : « Voyez à quelles bévues s'exposent les voyageurs trop hâtifs ! » (ibid., p. 356).

39 Ibid., chap. II (p. 286-287).

40 Voir par exemple l'intérêt qu'en qualité de « voyageur pressé », il manifeste pour « les fêtes, [...] les foires et les marchés, [qui] réunissent forcément au même lieu une foule de types et de costumes qu'on serait obligé de chercher çà et là avec la chance de ne pas les rencontrer » (ibid., chap. VI, p. 353).

41 Théophile Gautier, Un tour en Belgique, chap. I, op. cit., p. 6 et 11, et chap. IV, p. 39-40.

42 Ibid., chap. VI (p. 64). On trouve le même type de représentation dans le voyage de 1846 (ibid., chap. VII, p. 81) ou dans les récits de trajet en bateau à vapeur (Théophile Gautier, Voyage en Algérie, op. cit., p. 163 et 166 ; Voyage en Espagne, chap. XIV, op. cit., p. 409-410).

43 Théophile Gautier, Excursion en Grèce [1852], chap. II,  dans L'Orient, op. cit., t. 1, p. 128-129.

44 Voir Théophile Gautier, art. publié dans la Revue des Deux Mondes du 1er juillet 1848, p. 69.

45 Théophile Gautier, Voyage en Égypte, chap. V, op. cit., p. 63.

46 Théophile Gautier, Constantinople, chap. X, op. cit., p. 129.

47 Ibid., chap. XVI, op. cit., p. 188.

48 Ibid., chap. II, op. cit., p. 39.

49 Ibid., chap. X, op. cit., p. 127.

50 Théophile Gautier, Voyage en Russie, chap. I, op. cit., p. 32.

51 Théophile Gautier, Constantinople, chap. I, op. cit., p. 37-38.

52 Théophile Gautier, Voyage en Espagne, chap. XI, op. cit., p. 263 ; voir aussi Ce qu'on peut voir en six jours, chap. VII, op. cit., p. 363.

53 L'expression est empruntée à Paolo Tortonese, dans l'introduction à son édition du Voyage en Égypte de Gautier (op. cit., p. 12).

54 Théophile Gautier, Voyage en Espagne, chap. XII, op. cit., p. 320-321.

55 Théophile Gautier, Voyage en Algérie, chap. II, op. cit., p. 178.

56 Théophile Gautier, Voyage en Russie, ch. I, op. cit., p. 26.

57 Nerval parle de « géographie magique » dans son Voyage en Orient (Œuvres complètes, éd. Jean Guillaume et Claude Pichois, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. 2, 1984, p. 189).

58 Ibid. ; voir aussi « À mon ami Théophile Gautier », Journal de Constantinople, 6 septembre 1843 (Œuvres complètes, op. cit., t. 1, 1989, p. 762-766).

59 Voir Théophile Gautier, Italia, chap. XVI et XX, op. cit., p. 180, 183, 214 ; Voyage en Russie, chap. XVI, op. cit., p. 246-247 ; Constantinople, chap. XXII, op. cit., p. 247.

60 Théophile Gautier, Italia, chap. XXV, op. cit., p. 251.

61 Théophile Gautier, Ce qu'on peut voir en six jours, chap. II, op. cit., p. 283-284.

62 Théophile Gautier, Italia, chap. V, op. cit., p. 65. Voir aussi Voyage en Russie, chap. II et VI, op. cit., p. 35, 83 ; Constantinople, chap. I et VI, op. cit., p. 43, 92.

63 Théophile Gautier, Ce qu'on peut voir en six jours, chap. II, op. cit., p. 285.

64 « [...] là l'industrie s'élève jusqu'à la poésie, et laisse bien loin derrière elle les inventions mythologiques » (Théophile Gautier, Un tour en Belgique, chap. VII, op. cit., p. 79).

65 Théophile Gautier, « Une journée à Londres », art. cité, p. 106, 124.

66 Théophile Gautier, « Acrobates et saltimbanques orientaux » [1867], dans L'Orient, op. cit., t. 1, p. 283.

67 Théophile Gautier, « En Chine » [1849], dans Caprices et zigzags, op. cit., p. 219.

68 Théophile Gautier, « Inauguration du chemin de fer de Blidah » [1862], dans Loin de Paris, op. cit., p. 136.

69 Théophile Gautier, « Pochades, zigzags et paradoxes » [1844], chap. XII, repris dans Caprices et zigzags, op. cit., p. 189-190 ; Italia, chap. XXIX, op. cit., p. 312 ; Les Vacances du lundi, tableaux de montagnes [1868], éd. Sylvain Jouty, Seyssel, Champ Vallon, 1994, p. 143.

70 « [...] la manie des comparaisons est un travers d'esprit, et il est injuste de demander à un endroit d'en être un autre » (Théophile Gautier, Italia, chap. XXIX, op. cit., p. 288).

71 Théophile Gautier, « Le Nil », dans L'Orient, op. cit., t. 2, p. 246.

72 Théophile Gautier, Un tour en Belgique, chap. I, op. cit., p. 5, et chap. II, p. 18 ; Voyage en Espagne, chap. X, op. cit., p. 193 et 222, et chap. XII, p. 325 ; Italia, chap. XXVI, op. cit., p. 261, et chap. XXVIII, p. 277 ; Constantinople, chap. XXV, op. cit., p. 270 ; En Grèce [1854], chap. I, dans Loin de Paris, Paris, Lévy, 1865, p. 243.

73 Théophile Gautier, Constantinople, chap. I, op. cit., p. 33-34.

Outre les récits de voyage de Gautier cités, on pourra se reporter avec profit aux ouvrages et articles suivants :

 

Bulletin de la Société Théophile Gautier 29 - « "La maladie du bleuˮ : art de voyager et art d'écrire chez Théophile Gautier » [Alain Guyot dir.], Montpellier, 2007.

 

Alain Guyot, « Théophile et le "cheval de vapeur". Le premier voyage ferroviaire de Gautier (Belgique, 1836) » dans F. Moureau et M.-N. Polino (dir.), Écritures du chemin de fer, Paris, Klincksieck, 1997, p. 49-57.

 

Alain Guyot, « Les Vacances du lundi, tableaux de montagne de Gautier, ou comment le journal fit tomber le récit de voyage dans la poésie », Recherches et travaux 65 - « Poésie et journalisme au XIXe siècle en France et en Italie » [S. Disegni dir.], Grenoble, 2005, p. 55-66.

 

Alain Guyot, « Récréation, devoir et chant du monde : pour une poétique du voyage et de son récit chez Théophile Gautier », Revue des sciences humaines 277 - « Panorama Gautier » [S. Moussa et P. Tortonese dir.], Villeneuve-d'Ascq, 2005, p. 89-114.

 

Alain Guyot, « Contradictions et ambiguïtés ferroviaires chez Théophile Gautier » dans G. Chamarat et Cl. Leroy (dir.), Feuilles de rail. Les littératures du chemin de fer », Paris, éd. Paris-Méditerranée, 2006, p. 45-56.

 

Alain Guyot, « Le complexe de Dinocrate : analogie et architecture dans les récits de voyage de Théophile Gautier », Rivista di letterature moderne e comparate LX-1, Pise, 2007, p. 1-18.

 

Alain Guyot, « Gautier et les 'chercheurs de camps de César'. Les contraintes de l'information dans les chroniques de voyage », Bulletin de la Société Théophile Gautier 30 - « 'Le cothurne étroit du journalisme' : Théophile Gautier et la contrainte médiatique » [M. Lavaud et M.-E. Thérenty dir.], Montpellier, 2008, p. 165-179.Alain Guyot, « Gautier en voyage ou l'ailleurs à deux pas d'ici », dans D. Lançon et P. Née (dir.), L'Ailleurs depuis le romantisme. Essais sur les littératures en français [actes du colloque de Cerisy, sept. 2008], Paris, Hermann, 2009, p. 105-130.

 

Alain Guyot, « Les paysages d'Europe et du bassin méditerranéen vus par Théophile Gautier en voyage : de la standardisation conquérante à la communauté imaginaire » dans A. Bergé, M. Collot, J. Mottet (dir.) et J. Knebusch (éd.), Paysages européens et mondialisation 2 - Éléments de géographie littéraire, 2012, p. 35-47 - publié en ligne : http://geographielitteraire.hypotheses.org/bibliotheque/etudes

 

Alain Guyot, « "Un pas de trois mille lieues" : Gautier face à la Chine, au péril des valeurs » dans M. Viegnes et J. Rime (dir.), Écrire l'individu en Chine et en Europe francophone, Neuchâtel, Alphil-PUS, 2015, p. 177-186

 

 

Pour citer cet article



Référence électronique
Alain GUYOT, « L’art de voyager de Théophile Gautier », Viatica [En ligne], Écrire le voyage à deux – Travel Writing in Partnership, mis en ligne le 08/02/2016, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/ecrire-le-voyage-deux-travel-writing-partnership/art-de-voyager/l-art-de-voyager-de-theophile-gautier

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