Les transformations du voyage à l’époque de la Révolution et de l’Empire : le cas italien

N°4 – Mars 2017
LUHCIE, Université Grenoble Alpes - Institut Universitaire de France
Les transformations du voyage à l’époque de la Révolution et de l’Empire : le cas italien

 

À la mémoire d'Antoinette Ehrard

Les transformations du voyage européen sous la Révolution et l'Empire peuvent être saisies à travers un état des lieux de la situation en Italie. Sans délaisser l'idée d'un bilan des travaux de ces dernières années sur les exilés comme Madame de Staël, sur les missions de savants français vers l'Italie et de leurs homologues italiens vers la France ou sur les formes prises par le voyage patriotique ou républicain, il nous revient d'évoquer quelques pistes d'un chantier qui a pour horizon l'Europe mais qui est en mesure de tirer parti d'un examen attentif de la situation des voyageurs français dans la péninsule1. Tout en ayant conscience de la multiplicité des provenances géographiques en dehors de la France, il est intéressant de mettre en lumière l'effet qu'ont eu sur le voyage en Italie les bouleversements révolutionnaires et les ruptures par rapport à l'Ancien Régime qui avait vu s'épanouir le rituel du Grand Tour. Dans son ouvrage de 1924, Le mouvement des idées dans l'émigration française (1789-1815), Fernand Baldensperger avait souligné la montée d'un sentiment d'étrangeté éprouvé par les émigrés obligés de rester pendant plusieurs années éloignés de chez eux, générant chez ces anciennes élites cosmopolites l'éveil d'une pensée patriotique fondée sur le besoin du sol natal. La complexité de la relation entre la France et l'Italie, marquée au sceau d'une proximité pluriséculaire2, permet de soulever quelques points saillants de ces métamorphoses du voyage et de dégager des idées-forces à confronter, ailleurs, avec les expériences de voyageurs du reste de l'Europe3.

On partira d'observations tirées des archives vénitiennes entre 1789 et 1796, donc avant l'occupation française en Italie, afin d'inscrire les voyageurs français au sein de flux européens qui comprenaient également des Italiens, à l'instar de la marquise Boccapaduli, romaine, présente à Venise à l'automne 1794. La diversité des voyageurs et l'accentuation du contrôle dont ils furent l'objet nous aident à interroger la continuité de l'Ancien Régime à la période révolutionnaire. Si perdure vers l'Italie le voyage des élites cultivées venues de toute l'Europe, marqué au sceau de la liberté, la contrainte n'en gagne pas moins du terrain chez ces mêmes élites avec les Français émigrés. L'Italie devient aussi le champ d'expérimentation de nouvelles stratégies d'enquête lourdes d'enjeux politiques et scientifiques. Les Français qui en usaient comme d'un simple outil de connaissance développent une volonté de la transformer au profit d'intérêts stratégiques en Méditerranée. Enfin, les espaces explorés par les voyageurs s'élargissent, invitant gens de lettres ou artistes à y déployer une esthétique qui oscille entre une approche sentimentale et égotiste et la quête d'images à vocation patrimoniale.

Des acteurs diversifiés, un contrôle accru des voyageurs

Pour saisir la diversité des acteurs et les changements affectant la pratique et le sens du voyage des individus, nous pouvons considérer des sources qui parlent d'eux sans qu'ils en soient les auteurs. Par-delà les récits qui montrent que le voyage des Français et des autres Européens continue à se pratiquer en Italie comme un rituel de classes aisées pendant toute la période révolutionnaire et impériale, nous avons les moyens de mesurer l'évolution des buts du voyage en nous appuyant sur un large panel de sources administratives : correspondances d'agents de l'État tels que les ambassadeurs, ingénieurs, administrateurs ou militaires, enregistrements de passeports en plein essor en France comme hors de France, listes d'étrangers remises par les hôteliers aux autorités de police. Certaines de ces sources sont traditionnelles, d'autres sont inventées ou réajustées par des autorités de plus en plus tatillonnes, du nord au sud de l'Italie.

L'examen de ces sources nous invite à constater que les acteurs du voyage en Italie se renouvellent au cours de la période. Tandis que les gens de lettres et les élites nobiliaires et financières, surtout celles qui ne sont pas françaises, persistent dans l'optique du voyage d'agrément et d'instruction, cette pratique est perturbée par les événements révolutionnaires qui provoquent la venue d'autres sortes de voyageurs, au projet plus directement influencé par les événements politiques ou les exigences du pouvoir : ainsi les anciens membres des élites ou les ecclésiastiques peuvent-ils devenir des émigrés s'ils sont français, intégrant à partir de la fin de 1792 et du début de 1793 les Savoyards et les Niçois. Si l'on y ajoute les agents envoyés par les gouvernements successifs de l'époque révolutionnaire et impériale, nul doute que l'ampleur et la consistance du flux des voyageurs français en direction de la péninsule ne furent pas interrompues par les soubresauts de la vie politique, l'émigration ou les campagnes d'Italie. Leur continuité peut se vérifier dans les registres de passeports conservés à Grenoble, Genève ou Bâle, tout comme dans les correspondances, rapports de police ou annotations des archives italiennes. Ce qui se modifia ce sont en revanche la composition sociale, les motifs et le rythme des voyages. Sans se limiter aux nobles et gens de lettres accompagnés de guides, de domestiques ou de dessinateurs, et sans attendre le retour massif des Anglais au lendemain du congrès de Vienne, l'attrait spontané ou obligé des Français pour la péninsule persiste sous la Révolution et l'Empire chez les individus les plus divers.

Les « notes sur les étrangers » rassemblées par les Inquisiteurs d'État à Venise révèlent la densité des présences étrangères de 1789 à la chute de la République en 17974. À côté des nobles et rentiers anglais, français, allemands, polonais, russes ou italiens qui se logent dans les hôtels de la Sérénissime avec leurs domestiques, dominent les militaires venus de toute l'Europe, les marchands et les commerçants d'Italie, de France ou d'Allemagne, les artisans suisses et certains métiers à talents tels que les architectes et les artistes, acteurs, chanteurs et musiciens provenant souvent d'autres parties de la péninsule italienne. La nouveauté est moins dans les présences de ces étrangers à la ville de Venise, les fameux forestieri, que dans le fait qu'on les contrôle davantage qu'auparavant. Les archives vénitiennes jusqu'au printemps 1797 prouvent que la rupture n'a pas été totale avec l'Ancien Régime mais qu'en même temps l'Italie est devenue pour certains Européens, et en particulier les Français, un lieu de refuge. Le plus clair symptôme du changement réside dans le resserrement du maillage qu'opère l'administration en affinant de mois en mois, de 1789 à 1797, les techniques du contrôle sur les présences d'étrangers à Venise. Une distinction est opérée entre les Français et les ressortissants d'autres nations dans les synthèses hebdomadaires des Inquisiteurs d'État, un intérêt de plus en plus manifeste est porté aux changements de lieux de séjour d'une même personne dans la ville, des documents pré-imprimés font leur apparition à l'usage des fournisseurs d'information tels que les hôteliers, cependant que les informateurs sur les étrangers sont de plus en plus sollicités dans tout l'État vénitien, l'effort d'identification systématique des logeurs privés ou occasionnels s'accroît, de vastes tableaux récapitulatifs et des répertoires statistiques des étrangers sont établis par paroisses5. Mais cette obsession de la traque des étrangers amène à privilégier l'enregistrement quotidien au détriment des synthèses et si aucune provenance n'est négligée à côté de la surveillance qui se concentre sur les Français et leurs voisins susceptibles de véhiculer une contagion révolutionnaire, Génois, Suisses et Piémontais, force est de constater que l'on ne parvient pas à comprendre l'usage que l'administration fit de l'ensemble des données recueillies.

On relève aussi que les femmes devenaient plus nombreuses. C'est ce que suggèrent leur fréquent signalement chez les hôteliers vénitiens autant que les écrits que nous ont laissés certaines d'entre elles sur leurs séjours à travers l'Italie. À côté de ceux de Françaises célèbres comme la femme peintre Élisabeth Vigée-Lebrun, émigrée en Italie de 1789 à 1792, ou Germaine de Staël, exilée par Bonaparte et qui y voyagea de décembre 1804 à juin 1805, pointent les relations d'une série de Britanniques entre 1790 et 1802 : Mary Berry, Mariana Starke, Lady Holland, Lady Palmerston ou Catherine Wilmot. On ne doit pas non plus oublier les Allemandes, de Friederike Brun avant 1800 à Elisa von der Recke en 1804-1806, ni les Italiennes telles la marquise Boccapaduli, dont la volonté d'observation du nord au sud de l'Italie entre 1794 et 1795 traduit la mise en œuvre, à titre privé, d'un véritable esprit d'enquête scientifique, Isabella Teotochi Albrizzi, Vénitienne découvreuse de la Toscane entre 1796 et 1798, ou encore Maria Candidi Dionigi, animatrice comme la Boccapaduli d'un salon romain, et qui décrivit ses visites archéologiques en 1806 dans le Latium.

Parmi les Français qui ont défilé en Italie sous la Révolution et l'Empire ne figurent pas seulement de nombreux émigrés. Les artistes chassés de Rome en 1793 et partis à Naples ou Florence restèrent parfois longtemps en Italie, tels le peintre François-Xavier Fabre et ce fut aussi le cas à partir de 1802 de François-Marius Granet. C'est pour échapper à la montée d'un sentiment anti-français que Denon quitta Venise où il était arrivé en 1788 et se réfugia à Florence jusqu'en octobre 1791, tandis que le peintre Ménageot, directeur de l'Académie de France à Rome, demeura à Vicence jusqu'en 1802. D'autres artistes visitèrent l'Italie à l'époque du Consulat et de l'Empire, faisant étape dans les hauts lieux de l'art à l'instar de Denon revenu en 1811, du peintre et archéologue Auguste de Forbin en 1802-1804 et 1810-1815, de l'architecte Rohault de Fleury en 1804-1805, du violoniste Auguste-Louis Blondeau entre 1809 et 1812. Baltard traversa les Alpes sous le consulat avant de publier des vues de Rome en 1806. Nous rencontrons des savants et des diplomates, souvent envoyés en mission comme les membres de la commission des objets relevant des sciences et des arts en 1796-1797. Parmi les gens de lettres, Millin, Petit-Radel, Custine et Lamartine visitèrent tous quatre l'Italie en 1811. Les marchands continuèrent de privilégier les ports comme Gênes, Livourne ou Venise. Certains s'y installèrent de façon durable, comme Guys à Zante en 1795 ou l'ancien émigré Moré de Pontgibaud devenu en 1798 commerçant à Trieste sous le nom de Joseph Labrosse6. Ces séjours transformaient les voyageurs en « résidents ». Des Français installés en Italie avant 1789 y demeurèrent jusqu'à leur mort, comme à Rome l'ambassadeur Bernis (1794) et l'historien d'art Séroux d'Agincourt (1814) ou à Naples le peintre de vedute Volaire (1799).

On vit également croître de façon exponentielle à partir de 1796 la présence des administrateurs et des militaires venus de France servir les intérêts de leur État d'origine. Les campagnes militaires poussèrent des fonctionnaires comme Musset-Pathay, père d'Alfred, ou Stendhal en 1800 sur les routes d'Italie tandis que l'efficacité et la vitesse étaient valorisées dans les missions d'inspection des ingénieurs ou dans celles de Gérando et Rémusat accompagnant Napoléon à Milan en mai 1805. À l'inverse, les séjours des émigrés ou d'agents envoyés en poste dans les départements italiens se mesurent souvent en années, sans que les intéressés en connaissent d'avance le terme. Par-delà les mémorialistes plutôt obscurs, comme le général Griois, certains diplomates, administrateurs ou militaires, tels Courier, Stendhal ou Chateaubriand, s'affirmèrent en utilisant l'expérience de l'Italie dans leurs écrits.

Élites cultivées et gens de lettres : entre la liberté et la contrainte

Le phénomène du passage d'un voyage accompli en toute liberté au voyage contraint des émigrés, des exilés et des militaires ne va pas sans poser de nombreuses questions. Au premier chef, qu'advient-il de la logique du Grand Tour alliant le divertissement à l'instruction des jeunes nobles dans une logique d'itinéraires répétitifs et de confirmation des savoirs appris avec son précepteur ou dans les livres ? Les guides, cartes et livres de poste dont se munissaient les voyageurs les rassuraient en leur indiquant les distances et les temps de parcours en Europe, du Compendio d'Ottavio Codogno (1623) au Burattino veridico de Giuseppe Miselli (1684) et du Viaggio in pratica de Giovanni Maria Vidari (1718) à la Direzione pe' Viaggiatori in Italia de Carlo Barbieri (1771), complétée par l'Itinéraire des routes les plus fréquentées [...] de l'Europe de Louis Dutens (1775). Or, l'émigration française à partir de 1789 et la réapparition des contraintes dues aux guerres à partir de 1792 mettent à mal ce modèle et transforment les manières de voyager et d'en restituer l'expérience. Pour prendre la mesure du problème nous disposons des registres de passeports ou d'hôteliers tenus dans les capitales italiennes, mais aussi des récits ou journaux de voyage et des correspondances diplomatiques.

Le choc de l'émigration : l'Italie comme refuge

L'émigration a joué un rôle majeur dans le changement rapide de signification du voyage d'Italie pour les élites venues de France7. Modifiant la hiérarchie des anciens itinéraires, elle a installé une série de « capitales » provisoires qui ont changé au gré des séjours du prétendant ou de membres de la famille royale accueillis dans certaines cours ou créant à leur tour leur propre cour en exil : à Turin succédèrent Parme, Venise, Rome et surtout Vérone, puis Caserte, Naples, Palerme, Udine ou Trieste8. S'ajoutant aux émigrés installés dans ces villes, les exilés plus tardifs comme Lucien Bonaparte sous le consulat et l'Empire dessinèrent une Italie en creux, terre de refuge pour des individus exclus de leur pays ou obligés de fuir de la ville d'Italie où ils s'étaient précédemment installés. Une telle itinérance fut le lot de nombreux émigrés.

Au fil de la correspondance échangée de 1789 à 1792 entre deux ambassadeurs du roi de France, le comte de Flavigny à Parme et le cardinal de Bernis à Rome, on obtient des informations qui complètent celles des récits d'émigrés. Appelés à recevoir un grand nombre de ces nobles qui faisaient traditionnellement le voyage d'Italie, les deux diplomates expriment dans leurs lettres des jugements évolutifs sur leurs hôtes et sur le sens de l'émigration, manifestant dans la manière de les qualifier un flottement qui traduit les évolutions de leur statut : les « voyageurs » parfois dits « de marque », les « voyageuses » et les « visiteurs » deviennent dès 1789 des « proscrits », des « transmigrants », des « expatriés » ou des « émigrants », puis à partir de 1791 se fixent les termes d'« émigrés », de « réfugiés » ou encore d'« infortunés », ce dernier désignant en 1792 les prêtres réfractaires qui refusaient de prêter serment à la Constitution civile du clergé9.

Les gens de lettres, qui se greffent autant sur l'univers des émigrés que sur celui des militaires et des administrateurs, sont les premiers à réagir par l'écriture aux contraintes qui s'imposent à eux, en en tirant des œuvres valorisant un moi privé des repères traditionnels et en modifiant leur positionnement par rapport au voyage. Ainsi se dessine une forme d'autonomisation qui rompt avec le rituel d'accompagnement et de rencontre qui caractérisait le Grand Tour, sans que pour autant se perdent ni l'habitude de préparer le voyage par des lectures, ni celle de rédiger des notes, selon le vœu des instructions propres au Grand Tour. On ne s'astreint cependant plus guère à tenir avec régularité un journal, préférant les lettres espacées l'une de l'autre, comme celles de Choderlos de Laclos à son épouse sous le consulat ou de Lamartine en 1811, peu enclin à estimer que ses notes aient un intérêt : « J'ai sans cesse  mon crayon, mon portefeuille à la main, mais je ne suis pas content de mes notes, cela ne signifie pas grand'chose. Je les fais bien pour les retrouver dans quelques années et m'amuser à les relire. C'est une tâche10 ». Les comportements du voyageur se modifient, traduisant une liberté inquiète et une mise en avant de l'expression de soi dans l'acte même de l'écriture.

La perduration du prestige de l'Italie classique

En dépit des variations de leurs itinéraires et de leurs durées de séjours, les nobles, bourgeois aisés ou gens de lettres qui se rendaient en Italie avant 1789 étaient obsédés par l'image dominante d'une terre riche en traces du passé. Ils allaient presque tous des Alpes à Naples en faisant de Rome le cœur d'un voyage comprenant une série de villes capitales incontournables de Turin à Venise et de Gênes à Florence. Au début de la Révolution ils vécurent encore leur séjour comme un moment de liberté et appréciaient de pouvoir répéter le voyage de curiosité qui avait été celui de leurs aînés, ainsi que le prouvent le journal manuscrit du comte d'Espinchal ou les mémoires du duc d'Enghien11. Certes la machine bien huilée d'une certaine façon de visiter l'Italie se cassa dès avant 1792 et de nombreux nobles durent séjourner plus longuement et plus irrégulièrement qu'ils ne l'avaient d'abord pensé du fait de l'impossibilité de rentrer en France. Un certain mode de découverte de l'Italie perdura néanmoins avec ses monuments, ses sites naturels et ses lieux de rencontres mondaines. Il ne fut pas rare qu'un officier ou un soldat visite sous le Directoire et au-delà des églises et palais comme avant la Révolution. Même Madame de Staël suivit en 1804-1805 un itinéraire à travers l'Italie qui était familier aux membres de son groupe social, passant par le Mont-Cenis vers Turin, Milan, Bologne, Ancône, Lorette, Rome et Naples, avant de remonter à Rome puis de poursuivre vers Florence, Bologne, Venise et à nouveau Milan.

Les itinéraires publiés au cours de la période révolutionnaire et impériale traduisent ce conformisme. Largement utilisés, comme le révèlent leurs fréquentes rééditions, ils permettent de dresser « en creux » le portrait de voyageurs qui malgré leur liberté de lecteur correspondirent sans doute en partie à ce que l'on attendait d'eux. À côté des références que continuèrent à former jusqu'aux années 1820 les récits guides encyclopédiques de Misson, Cochin, Richard ou Lalande, ce dernier réédité encore en 1790, des guides et itinéraires plus secs fleurirent à partir de 1775, s'adressant à des voyageurs à la fois curieux et de plus en plus pressés12. Après celui de l'Anglais Martyn paru en 1787 et traduit en français en 1791, le Guide des voyageurs en Europe de Reichard, édité en allemand en 1784, parut en français en 1793. L'Itinéraire de Louis Dutens en était à sa septième édition en 1791, avant celle de 1808, et il annonçait la vogue des itinéraires italiens et états généraux des postes et relais publiés des années 1800 jusqu'au milieu du XIXe siècle par Niccolò Pagni à Florence, les frères Vallardi à Milan, Bernardino Olivieri à Rome ou Hyacinthe Langlois à Paris. Ces livres de l'époque napoléonienne reprenaient le contenu allégé de ceux, bilingues ou non, qui avaient paru des années soixante-dix à quatre-vingt-dix de façon parfois anonyme. Peu propices à répercuter des ruptures dans l'histoire du goût et dotés d'une carte marquant les routes dont se servaient par ailleurs les armées françaises pour se déplacer dans la péninsule, ils popularisèrent auprès d'un public élargi le voyage d'agrément en se limitant à énumérer les richesses monumentales, manufacturières et naturelles de l'Italie.

Les gens de lettres au cœur de la poursuite d'un modèle de voyage cultivé

Par-delà ces textes normatifs, les gens de lettres continuèrent à véhiculer une idée de l'Italie comme réservoir de science, de souvenirs et de documents indispensables à la compréhension de la civilisation classique. Moins que chez les nobles émigrés, qui comme le jeune Eugène de Mazenod, futur évêque de Marseille, avaient une identité à reconstruire, nous trouvons chez des érudits et des curieux les indices de cet attrait hérité pour l'Italie musée, provisoirement dépouillée de sa capacité à gérer de façon indépendante son destin politique. L'intérêt de privilégier parmi eux les voyageurs français tient au rôle de la France dans l'histoire italienne de la période. Plus que les autres étrangers, les Français restèrent très présents en Italie. Sous le Directoire et au-delà se maintint le désir d'accroître ses connaissances et s'affirma une volonté de cueillir des sensations et de vivre une expérience existentielle.

Portés vers l'Italie par des circonstances ne dépendant pas d'eux, les gens de plume et de cabinet devenus parfois des gens d'action n'ont pas tous laissé de l'Italie une image monumentale ou de paysages. Ainsi le référent italien est-il absent des lettres de Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses mais aussi commandant à l'armée d'Italie, mort de maladie à Tarente en 1803 au terme d'un parcours dans les Calabres13. Mais beaucoup d'autres ont décrit l'Italie, tels Victor-Donatien de Musset-Pathay, le père d'Alfred, qui publia en 1800 son voyage en Suisse et en Italie, ou a fortiori Stendhal qui prit des notes dès son premier voyage en 1800-1801, rédigea un journal manuscrit en 1811 et se nourrit de ses expériences suivantes en 1813 et 1814-1821 pour ses deux versions de Rome, Naples et Florence (1817 et 1826), de L'Italie en 1818 et des Promenades dans Rome (1829). Il en va de même de Chateaubriand présent en Italie en 1803-1804 et 1806, qui écrivit « sur la campagne romaine » et sur le Vésuve et exploita ses souvenirs vénitiens au début de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem en 1811. On n'oubliera non plus ni les lettres de Paul-Louis Courier qui séjourna comme officier et examina des manuscrits grecs en 1798-1799 et de 1804 à 1812, avant leur parution en 1828, ni la Corinne de Madame de Staël publiée en 1807 et inspirée des carnets de son premier voyage en Italie. De la volonté des gens de lettres de concilier la recherche de connaissances avec la quête de sensations inédites naquit le « voyage romantique14 ».

De nouvelles stratégies d'enquête : de l'outil de connaissance à l'emprise sur des espaces à transformer

Du voyage des élites, savants et techniciens soucieux de vérifier, d'accumuler ou d'accroître leurs connaissances aux séjours d'ingénieurs, d'administrateurs et de militaires, l'expérience française en Italie change dans ses objets pour servir à redéfinir et à remodeler un espace. Le pays n'est plus seulement visité mais il devient l'objet d'une appropriation par des agents politiques. Le territoire est quadrillé par ce nouveau type de voyageurs, l'observation est remplacée par une immersion intéressée et asymétrique avec des populations désormais contrôlées, ce qui a amené Michael Broers à développer la thèse selon laquelle la période napoléonienne avait constitué un banc d'essai du colonialisme français15. Dans cet ensemble territorial qui devient commun à la France et à l'Italie, les rapports entre les habitants vivant de chaque côté des Alpes sont métamorphosés. Face aux Français républicains qui se rendent en Italie, les autres Européens et les Français émigrés font partie d'un autre monde, celui de l'ancienne Europe voyageuse.

Traditionnellement recherchée pour ses œuvres d'art, ses reliques et ses manuscrits, l'Italie se présente aussi depuis les années 1770 comme un laboratoire doté par la nature de formes surprenantes, qui aide les spécialistes des sciences exactes à reconstituer un pan de l'histoire de l'univers. Par-delà les membres de la commission chargée de prélever des objets de sciences et d'art en 1796-1797 pour les envoyer à Paris, où sous la houlette de Monge figuraient Thouin, La Billardière et Berthollet, toute une lignée de savants sillonnèrent l'Italie. Ce fut le cas de Dolomieu pendant les deux dernières décennies du XVIIIe siècle à l'ingénieur des Mines Cordier et au paléontologue Cuvier en 1809-1810, mais aussi de Gay-Lussac vers Rome et Naples à Faujas de Saint-Fond dans l'Italie du nord en 1805, de Pierre Barral ou Jean-François Albanis de Beaumont au cours des années 1790 et 1800 au botaniste Dominique Villars qui en 1811 se rendit de Lucerne à Acqui puis vers le lac Majeur. L'empereur lui-même examina à Milan en 1805 et à Venise en 1807 des travaux urbains et portuaires. Par les échantillons qu'ils recueillaient et les comparaisons qu'ils effectuaient, ces voyageurs complétèrent l'ébauche du tableau minéralogique de l'Italie que le naturaliste Guettard avait entreprise en 1773. Les frontières entre les savoirs se redessinèrent, puisqu'à l'instar des dessinateurs devenus archéologues dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'archéologue et directeur du cabinet des médailles Aubin-Louis Millin avait lui-même été d'abord un naturaliste, membre de la Société linnéenne devenue en 1790 Société d'histoire naturelle, avant de s'orienter vers l'étude des antiquités qui motiva son voyage de 1811 à 1813.

Perçue depuis Montesquieu comme un terrain d'observation des systèmes de gouvernement, l'Italie attira à partir du Directoire des Français sensibles à ses métamorphoses politiques. Ils étaient parfois engagés dans l'action, comme à Naples et Turin en 1798 les diplomates Garat, qui sera attentif aux dialectes italiens, et Ginguené, futur auteur de l'Histoire littéraire de l'Italie (1811-1835). Ce ne fut pas moins le cas d'administrateurs envoyés en mission comme Moreau de Saint-Méry à Parme en 1800-1801 et de 1802 à 1805. Des formes nouvelles d'enquête se mirent en place en vue de comprendre et surtout de réformer le territoire. Le médecin Thouvenel examina les conséquences des eaux insalubres sur la santé et l'agronome Thiébaut de Berneaud se rendit par trois fois en Italie, dont l'île d'Elbe, entre 1800 et 1807 sous les auspices du Ministère de l'Intérieur, en se préoccupant notamment de la contagion de la fièvre jaune. Le Genevois Sismondi, connu par son Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge (1809-1818), dressa dès 1801 un Tableau de l'agriculture toscane après son séjour de 1795 à 1800 à Pescia, y peignant l'agriculture « telle qu'elle est, et non telle qu'on voudroit la voir », tandis que Bonstetten, né à Berne, observait le Latium antique et moderne dans son Voyage sur la scène des six derniers livres de l'Énéide paru en 1805, deux ans après son retour d'Italie. Sous le Consulat et l'Empire se généralisèrent les descriptions statistiques portant sur d'anciennes provinces ou États en cours de départementalisation, inventoriant leurs ressources pour que le savoir-faire des administrateurs puisse mieux s'y exercer.

Amorcée par le tableau de Levesque sur Rome et l'État pontifical, paru en 1791 après quatre années de séjour, cette démarche d'enquête statistique inspirée par les préfets se déploya du triennio jusqu'à la fin de l'Empire. Elle légitima les remodelages de la carte administrative en couvrant une grande partie du territoire italien. Outre la Corse et l'ancien comté de Nice (Capelle en 1805, Fodéré en 1821), le Piémont fit l'objet d'une vague d'enquêtes en 1802 avec Laboulinière16 et en 1803 avec Breton17, Chanlaire, Herbin et Maranda. Le royaume d'Italie gouverné depuis Milan fut décrit par Denina et Gary en 1805. Des tableaux de la Dalmatie furent proposés lors de l'intégration des provinces Illyriennes à l'Empire. De sa mission dans les départements de Gênes et des Apennins en 1809-1810, l'ingénieur Cordier a laissé des carnets, pendant que Cuvier parcourait la péninsule pour réorganiser l'enseignement supérieur. Deux anciens préfets impériaux, Chabrol de Volvic et Camille de Tournon, firent enfin paraître sous la Restauration l'un une Statistique de l'ancien département de Montenotte en Ligurie (1824), l'autre des Études statistiques sur Rome et la partie occidentale des États romains (1831). Ces tableaux s'écartent des récits de voyage et révèlent un esprit analytique mêlé aux exigences de l'administration, mais ils n'en traduisent pas moins une expérience de l'Italie qui procède par l'observation tout en laissant parfois transparaître comme chez de Gérando une supériorité condescendante18. Enquêteur méticuleux, Millin relève quant à lui en 1811-1813 d'une lignée de voyageurs qui eurent le souci de rendre compte d'une diversité des objets d'enquête en se plaçant dans une optique patriotique : ainsi exprime-t-il à Turin le plaisir d'avoir vu « une réunion d'hommes distingués, tous animés du noble désir de servir leur patrie19 ». Il ne s'attarda pas sur les objets connus et voulut mettre l'accent sur ceux « qui n'avoient jamais été décrits ou publiés », rompant avec la démarche, familière aux guides, de l'inventaire des choses connues. Par rapport au Voyage en Italie de Lalande, son projet déplaça la curiosité vers un horizon de culture matérielle qui se ressentait de l'effet des découvertes archéologiques et d'un intérêt renouvelé à l'égard des mœurs, des usages, des vêtements, des rites et des pratiques langagières.

C'est bien une nouvelle géographie italienne qui fut alors promue par les envoyés de la France, diplomates, préfets ou militaires. Aux capitales d'anciens États se substitua en 1797 la « cour » de Bonaparte à Mombello, près de Milan, un temps centre du pouvoir français en Italie. Les villes de garnison comme Plaisance, Legnago ou Tarente offrirent une image inédite de la péninsule cependant que commencèrent à poindre dans le « tour d'Italie » les lieux célébrant la mémoire des batailles, d'Arcole à Rivoli ou Lodi. Le commissaire des guerres Jean Rivaud alla jusqu'à projeter en 1803 une ville nouvelle qui ne verra pas le jour à Marengo, près d'Alexandrie, afin de célébrer la gloire de Napoléon et de la Révolution. De leur côté, les administrateurs, ingénieurs et techniciens venus de France s'appliquèrent à remodeler l'espace italien en en faisant un champ d'expérimentation de l'idéal de rationalité des Lumières tout en servant en même temps une stratégie de domination politique et militaire qui devait permettre de contourner à partir de 1806 le blocus continental20.

Faisant suite à celles du XVIIIe siècle, les missions de savants et d'administrateurs postérieures à 1796 ne visèrent plus tant à évaluer l'effet des réformes éclairées en Italie qu'à en exploiter les richesses au profit de la nation « civilisatrice ». Les cartes de guides de voyage, comme celle de l'Itinerario italiano de 1809, héritèrent du travail topographique de Bacler d'Albe dans sa Carte Générale du Théâtre de la Guerre en Italie et dans les Alpes (1802) suivie de celle des Royaumes de Naples, Sicile & Sardaigne. Elles témoignent d'un infléchissement de la vision de l'Italie consécutif aux campagnes napoléoniennes.

Mus par une utopie constructrice, les ingénieurs français intervinrent sur le contexte même du voyage en Italie. Par-delà les inspecteurs envoyés de Paris comme Prony, Bruyère, Sganzin et Rolland pour des missions de quelques mois, d'autres ingénieurs furent appelés à résider plusieurs années dans les départements italiens. Venus de toute la France, ils exprimèrent dans leur correspondance avec Paris un véritable refus de l'Italie marqué par une nostalgie de leur pays d'origine. Succédant à ceux qui étaient venus avec l'armée d'Italie, comme Barral en mai 1796, ils projetèrent néanmoins des routes pour franchir les Alpes par les cols alpins. Celle du Simplon fut construite entre 1801 et 1805 par Céard et publicisée dans le Voyage pittoresque de Genève à Milan par le Simplon (1811). La route du Montgenèvre ouvrit en 1805 et un hospice fut projeté sur le col de Sestrières en 1813. Fabroni construisit la route du Mont-Cenis entre 1803 et 1810. Entrepris en 1805, l'aménagement de la route de la corniche de Nice à Gênes était bien avancé en 1811, remplaçant une mulattiera si mauvaise qu'on préférait partir de Toulon en bateau. Une série de ponts sur le Pô, la Doire ou la Sesia compléta en Piémont ce dispositif. Des routes réalisées pour l'essentiel en 1813 facilitèrent par les Apennins la relation entre les départements italiens de l'Empire et le royaume d'Italie : elles relièrent Ceva à Porto Maurizio, Alexandrie à Savone et à Gênes, Plaisance à Gênes, enfin Parme à La Spezia21.

À ce programme routier, complété dans le sud de l'Italie par la route de Calabre entre 1806 et 1815, s'ajouta la maîtrise des fleuves et des canaux en vue d'approvisionner le marché des grandes villes à des coûts inférieurs à ceux des routes. Les missions de Prony des sources du Pô à son delta en 1805 marquèrent la volonté d'en faire une artère vitale de la circulation marchande et militaire grâce à un débit contrôlé par des digues et à une capacité à réguler les crues. Sous l'impulsion du préfet Chabrol de Volvic, un coûteux canal de Savone à Alexandrie par le col d'Altare et la Bormida fut envisagé en 1807 pour relier par voie d'eau la mer Tyrrhénienne (Savone) à la mer Adriatique (Volano, près du delta du Pô), faisant d'Alexandrie un vaste entrepôt commercial. Le souci de navigabilité et de jonction entre voies d'eau justifia les canaux de Milan à Pavie, de Reggio Emilia au Pô et de Brescia à l'Oglio, projetés en 1805. On y ajouta la liaison entre le Pô et le Reno par le Cavo napoleonico (1807), celle du lac de Garde au Pô et celle plus au sud entre l'Arno et le Tibre par le Val di Chiana. Les ingénieurs prévoyèrent aussi de relier Livourne par l'Arno et Fiumicino par le Tibre jusqu'à Ancône.

Dans la foulée, la géographie portuaire fut repensée. Les inspecteurs des Ponts et chaussées Bruyère et Rolland proposèrent en 1805 sur la côte Adriatique de Rimini à Ancône une nouvelle hiérarchie de ports utiles et l'abandon des autres. Ils imaginèrent d'en créer un à Volano, qui avec son lazaret aurait permis de relancer la ville de Ferrare. Au cours de ses quatre missions en Italie de 1805 à 1811, l'ingénieur Prony examina comment réaménager les ports de Venise, Ancône, Pula, Gênes et Savone, afin qu'ils deviennent à côté de Livourne et Fiumicino des points d'appui italiens pour l'Empire. Les ingénieurs français s'occupèrent aussi de relancer les bonifications au nord-est de l'Italie, de Capo d'Istria aux Valli Veronesi, situées entre l'Adige et le Pô, et plus au sud autour du lac Trasimène ainsi que dans les Marais pontins, où le gouvernement dépêcha Prony pendant l'hiver 1810-1811 pour y effectuer des relevés systématiques.

L'élargissement des espaces explorés, entre approche sentimentale et quête d'images à vocation patrimoniale

Parallèlement à cette réorganisation concrète du territoire italien à l'époque napoléonienne, où intervinrent les ingénieurs français, les limites de l'espace pratiqué par les voyageurs s'élargirent. Dans le sillage des explorations parfois aventureuses d'artistes et de savants à partir des années 1760, l'itinéraire privilégiant les villes du Nord jusqu'à Naples s'ouvrit à un horizon naturel qui incluait non seulement les Alpes, comme avec La Rochefoucauld dès 1762 ou avec les Rohan Chabot qu'accompagna en 1778 le dessinateur Cassas, mais aussi les volcans, les sites archéologiques et les rivages du sud de l'Italie. La Méditerranée s'insinua de manière générale dans le Grand Tour au point de mettre en cause les règles de fonctionnement antérieures du voyage en Italie. Les visées archéologiques et culturelles furent associées aux impératifs stratégiques ainsi que devaient le révéler la campagne d'Égypte et plus tard le combat d'une partie des Européens pour l'indépendance de la Grèce. La péninsule renouait en partie avec le rôle qu'avait eu le royaume de Naples au temps des croisades et des guerres d'Italie, notamment comme base de départ et lieu de passage vers le Levant.

La mise en place de cette nouvelle géographie italienne par des pionniers s'accompagna d'une évolution des goûts et des curiosités. Tandis que des architectes comme Rohault de Fleury se tournaient vers les œuvres et monuments du Moyen Âge dans les villes, la vogue des paysages pittoresques orienta l'intérêt d'un nombre croissant de voyageurs vers des parties de l'Italie jusqu'alors ignorées ou observées avec beaucoup moins d'attention. Dans les Alpes, on se mit à admirer la route du Simplon, le lac de Côme et le lac Majeur avec les îles Borromées. Certains peintres et gens de lettres réinventèrent la campagne romaine sur les traces de Chateaubriand, d'autres voyageurs partirent à la découverte d'espaces restreints comme l'île d'Elbe ou se rendirent vers le Sud de l'Italie très au-delà de Naples et des cités antiques ensevelies à Herculanum et Pompei. Déterminant fut ici l'engouement pour la Grande-Grèce et la Sicile initié dans les années 1770 par les Anglais Brydone et Swinburne, l'Allemand Riedesel puis les auteurs français de voyages pittoresques, l'abbé de Saint-Non et le peintre Hoüel. La Sicile attira des artistes tels que Denon, au service de Saint-Non, ou Valenciennes, qui théorisa en 1800 la nécessité d'explorer la péninsule en dehors des sentiers battus22. Le peintre Castellan rentra en 1797 d'un voyage à Constantinople et Corfou par les Pouilles, Naples, les environs de Rome et la Toscane, inversant le sens habituel de la découverte de l'Italie. En 1802, Joseph Lavallée commenta et publia les dessins gravés de Cassas issus de son voyage de 1782 en Istrie et Dalmatie. Après Paul-Louis Courier et divers fonctionnaires et militaires, Astolphe de Custine parcourut en 1812 les zones les plus reculées et sauvages de la Calabre avec Millin, qui en compagnie du dessinateur Catel découvrit aussi les Abruzzes, le Molise et les Pouilles de Canosa à Tarente.

Même chez les voyageurs attentifs comme Millin à accroître les connaissances positives et à décrire avec exactitude les monuments, objets et costumes, la mise en récit de l'expérience fut l'occasion d'exposer des impressions ressenties par l'auteur. Il ne s'agissait plus seulement de faciliter la mémorisation des savoirs dans le prolongement des théories sensualistes du milieu du XVIIIe siècle, mais bien de cueillir des sensations qui devenaient en elles-mêmes une source de jouissance. Ce privilège accordé aux élans sentimentaux et à l'enthousiasme ne mit certes pas brutalement fin à l'esprit encyclopédique et se heurta à quelques résistances contre les « extases » dans le récit de voyage. Il reste que dès 1780-1781 le libraire Émeric-David se laissait aller à ses sentiments dans un journal manuscrit de son tour en Italie, et que dans la lignée des Lettres sur l'Italie en 1785 de Dupaty parues en 1788 une telle manière de mettre en avant les émotions ressenties s'imposa à partir de 1800. L'édition par Jacques Cambry de son Voyage pittoresque en Suisse et en Italie (1800) en témoigne ainsi que toute une veine sentimentale issue de l'ancienne approche du voyage littéraire à la Chapelle et Bachaumont et ne s'appuyant pas toujours sur l'expérience concrète du déplacement. La vision exaltée d'une nature à la fois grandiose et domestiquée parcourt une série de relations qualifiées de « sentimentales » ou « pittoresques » à l'époque de Napoléon. Elles sont aujourd'hui oubliées, de Louis Damin dans son voyage aux îles Borromées (1800) à Bayard de la Vingtrie dans son Voyage de Terracine à Naples (1802), du Voyage de Chassenon (1805) aux Lettres de Gourbillon (1806) et de celles de Mallet sur la route du Simplon à la Course sentimentale et philosophique de Turin à Paris d'Auguste Hus (tous deux en 1810), sans négliger le Voyage pittoresque de Genève à Milan d'Ostervald (1811). Mais le même type d'enthousiasme s'exprime quand Custine dit l'impression que lui a fait la nature aux îles Borromées ou Lamartine son plaisir d'avoir vu les Alpes avant de découvrir les charmes inattendus de Naples. On retrouve cette quête de sensations inédites chez le médecin Petit-Radel quand il estime dans le récit de son voyage de 1811 publié quatre ans plus tard qu'« un observateur en voyageant doit, comme tout peintre, bien sentir avant de prendre la plume23 ».

Dans le même temps où l'Italie est associée à l'idée de décadence et tend à devenir un musée des choses mortes, elle fournit un vaste réservoir d'images que des ouvrages illustrés diffusent à un public avide de curiosités. Il est vrai que les lecteurs étaient habitués depuis le début du XVIIIe siècle à se référer aux vues de restes antiques ornant L'Antiquité expliquée et représentée en figures de Bernard de Montfaucon, ou aux vues de villes, d'églises ou de costumes présentes dans les guides d'Italie de Misson et Rogissart. Mais les images avaient ensuite disparu des livres de voyage, qui se limitèrent le plus souvent et pour longtemps à proposer une carte. Or, des Alpes à l'Italie du Sud, les voyages pittoresques ont fait surgir un nouveau type de fonctionnement des images sur la péninsule. Après la tentative avortée en 1777 de Jean-Benjamin de La Borde, qui avait projeté un voyage pittoresque en six volumes comprenant la Suisse et l'ensemble des États italiens sauf l'extrême sud, à raison de 200 estampes par volume, les quatre voyages illustrés les plus notables de l'époque consulaire et impériale furent celui de l'Istrie et de la Dalmatie par Cassas et Lavallée (1802), les Lettres ou voyage pittoresque dans les Alpes de Louis-Pierre Baltard qui à côté d'un récit sur les Alpes offrait une série de vues de monuments antiques et modernes de Rome souvent au milieu des végétations (1806), le Voyage pittoresque du Nord de l'Italie de Bruun Neegaard illustré par Naudet dont un seul volume vit le jour (1811), enfin le Voyage pittoresque de Genève à Milan par le Simplon écrit par Jean-Frédéric d'Ostervald et accompagné de planches de Lory père et fils (1811). Appelés à se développer comme genre sous les monarchies censitaires24, ces recueils riches en images jouèrent un rôle important dans la diffusion d'un imaginaire visuel, devenant en dépit de leur coût les véhicules d'une connaissance vulgarisée auprès des élites de l'époque. Dans cette production renouvelée, les ruines et fabriques de villes antiques côtoient les cascades, rochers, frondaisons ou rivages, les châteaux du Moyen Âge et les ports modernes. En outre dans les années 1800 les grandes publications illustrées soutenues par les autorités françaises à des fins de propagande politique élaborèrent autant que les plus modestes voyages sentimentaux ou littéraires une géographie du pittoresque qui tendit à compenser l'attrait qu'avait connu le Sud au cours des années 1780 avec Saint-Non et Hoüel par un regain d'intérêt pour le Nord de l'Italie, jusqu'aux anciennes possessions vénitiennes d'Istrie et Dalmatie. Pour le pouvoir français, il s'agissait de promouvoir de nouvelles voies d'accès à l'Italie par les Alpes. Millin n'eut le temps de faire paraître avant sa mort au début de la Restauration que ses relations de voyage dans le Nord de l'Italie25 et il fallut attendre 1819 pour que soient publiées les Lettres de Castellan de 1797-1798 qui relancèrent la fortune des Pouilles.

Au cours des années révolutionnaires et napoléoniennes se développa enfin dans le contexte du voyage d'Italie non moins que sur le sol français l'idée d'un patrimoine à reconnaître et préserver. C'est à ce titre que le voyage de Millin accompli de 1811 à 1813 est le plus emblématique. Après avoir visité la Provence en 1804 et rendu compte de ce voyage dans cinq volumes publiés de 1807 à 1811, le directeur du cabinet des médailles séjourna deux ans en Italie en y fréquentant des milieux savants et en privilégiant les monuments et objets d'art les plus variés, de l'Antiquité aux temps modernes, qu'il faisait dessiner dans des planches aujourd'hui encore conservées à la Bibliothèque nationale à Paris. Les différentes formes de restitution de son voyage sont le fruit d'un travail méthodique et orienté conformément à l'esprit du Magasin encyclopédique vers une large diffusion. Le projet de Millin demeura assez isolé à son époque et fut interrompu par les vicissitudes de la guerre contre Napoléon qui l'obligea à rentrer en France plus vite qu'il ne l'aurait souhaité. Intervenant à la veille d'une floraison de livres sur l'Italie au début de la Restauration, la mission d'inspection patrimoniale de Millin, commanditée par le ministère de l'Intérieur, répond à un esprit d'enquête systématique et à l'idée d'une pédagogie de l'utilité visant à rendre « visibles » par des croquis les richesses dénombrées pour ceux qui ne voyagent pas. Rompant avec l'esprit du prélèvement qu'avait mis en œuvre le Directoire, Millin fut avant tout soucieux de faire circuler des savoirs qui souvent avant lui n'avaient pas été pris en compte par la plupart des voyageurs.

Conclusion

Le cas de l'Italie, considérée comme un champ ouvert à de nouvelles formes expérimentales du voyage, s'avère précieux pour repérer les transformations parfois évidentes mais d'autres fois plus imperceptibles dans la geste du voyage. Certes il faudrait pousser plus loin chacune des pistes d'enquête qui ont été esquissées et les approfondir dans le contexte des autres voyageurs européens et a fortiori des voyages dans d'autres nations du continent. Il reste que l'analyse fait ressortir en premier lieu qu'il y a intérêt à multiplier et croiser les types de sources, de celles de l'administration comme on l'a vu chez les Inquisiteurs d'État à Venise, dans la correspondance diplomatique entre Bernis et Flavigny et tout autant avec les papiers d'ingénieurs, jusqu'aux sources plus littéraires, qu'elles soient destinées à la publication comme les guides ou les voyages pittoresques ou plus strictement personnelles comme les journaux intimes. À cet égard, les textes littéraires suggèrent la possibilité de produire de nouvelles normes, générant des imitateurs à partir du succès de textes fondateurs tels que la lettre à M. de Fontanes sur la campagne romaine de Chateaubriand ou la Corinne de Madame de Staël.

Il apparaît en second lieu essentiel de garder présent à l'esprit le contexte politique qui détermine de la part des voyageurs des comportements nationaux mais également d'autres logiques de groupes. Ici s'opère une possible distribution entre d'un côté les contre-révolutionnaires italiens et français et de l'autre côté les voyageurs révolutionnaires, jacobins ou patriotes, sans qu'on doive nécessairement décider de l'appartenance du voyage en Italie à une ligne ou à l'autre. Certes il existe une approche conservatrice héritière du Grand Tour aristocratique, qui tend à accentuer la dimension de refuge du voyage. Celui-ci peut se charger de nombreux signes politiques conservateurs depuis la découverte de la Sicile racontée par le marquis de Foresta, ancien émigré, dans ses dix-huit lettres écrites en 1805 et parues en 1821, jusqu'à la présence des livres de voyages sur l'Italie acquis par des nobles avant leur départ au début de la Révolution mais parfois aussi collectionnés au retour de leur émigration comme chez le comte d'Espinchal en Auvergne ou le marquis de Vaulserre au nord du Dauphiné. Mais, à l'opposé, certains éléments du Grand Tour nourrissent le nouveau contexte patriotique ou impérial. C'est ce que prouvent les lettres du président de Brosses, écrites en 1739-1740 et refondues vers 1745 pour une circulation limitée à quelques copies manuscrites, mais qui furent finalement publiées en 1799 par Antoine Sérieys, munies de listes d'œuvres d'art dont certaines étaient désormais passées d'Italie en France à la faveur des prélèvements du Directoire. C'est ce que dénote l'usage du Voyage en Italie de Lalande paru en 1769, réédité en 1786 mais également utilisé par les commissaires aux sciences et aux arts en 1796-1797 puis par les ingénieurs de l'époque impériale en tant que source crédible et fiable pour mieux comprendre l'histoire de certains territoires alors objets de grands travaux. La filiation n'est pas univoque, du voyage d'Ancien Régime vers le temps de l'exil et des recompositions matérielles et mentales propres à l'âge romantique.

Il s'avère en dernier lieu difficile de constituer le voyage en Italie comme un objet stable, dans la mesure même où l'Italie - et c'est sans doute l'apport majeur de la période, le signe manifeste d'une transformation radicale - se dilate, perd sa fonction de repère pour le seul divertissement éducatif des jeunes nobles. Elle fait venir à elle des membres de classes plus variées, que parfois elle insupporte si l'on en croit les expressions de lassitude de certains soldats et administrateurs. Elle s'inscrit dans une géographie européenne qui tend à arracher le voyage à la dynamique du Grand Tour et à l'image que l'Europe cultivée se donnait à elle-même à travers ce rituel. Placée au seuil d'un horizon méditerranéen élargi, l'Italie confirme aussi sa lointaine vocation de l'époque des croisades, lorsque le royaume de Naples servait de base pour se rendre en Terre Sainte. Elle se déploie vers la Grèce, le Levant, l'Égypte et même la Perse, l'Inde ou l'Afrique, devenant un relais incontournable dans l'élaboration de ces nouveaux voyages.

En ce moment situé à la charnière entre le Grand Tour et le voyage romantique, le voyage n'est pas seul à se métamorphoser alors que va bientôt s'installer la figure du touriste. Dans ses modalités, dans ses pratiques et dans ses curiosités inédites, il contribue aussi à changer l'Italie elle-même. En dépit des permanences que l'on retrouve jusque dans les centres d'intérêt de ceux qui la visitent aujourd'hui, les voyageurs en font, qu'elle soit un but en soi, une simple étape vers d'autres destinations ou une occasion de distraction dans un parcours professionnel plus âpre, un lieu profondément différent de l'ancienne terre des mirabilia - ces merveilles que n'avaient cessé d'y déchiffrer les guides et voyageurs de toute l'époque moderne.

 

 

1 Pour un tour d'horizon plus complet, voir Gilles Bertrand, « Autour de Millin : les voyageurs français en Italie, de la Révolution à l'Empire », dans Voyages et conscience patrimoniale. Aubin-Louis Millin (1759-1818) entre France et Italie, A. M. D'Achille, A. Iacobini, M. Preti Hamard, M. Righetti, G. Toscano (dir.), Rome, Campisano Editore, 2012, p. 47-58.

2 Gilles Bertrand, Jean-Yves Frétigné, Alessandro Giacone, La France et l'Italie. Histoire de deux nations sœurs de 1660 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2016.

3 On songe aux pistes ouvertes par Mona Ozouf, « Voyages en France dans la décennie révolutionnaire », dans Le Voyage révolutionnaire, W. Frijhoff, R. Dekker (dir.), Hilversum, Verloren, 1991, p. 15-35 ; Anna Maria Rao, « Touristes malgré eux : les Français en Italie et les récits de voyages des Italiens réfugiés en France pendant la Révolution », dans Circulation des hommes et des idées à l'époque révolutionnaire, C. Valin (dir.), Paris, Éditions du CTHS, 2008, p. 41-51.

4 Ces notes de « Forestieri » sont conservées à l'Archivio di Stato de Venise, Inquisitori di Stato, buste 760 à 781.

5 Gilles Bertrand, « L'administration vénitienne et l'évolution des techniques d'enregistrement des étrangers dans le contexte de la Révolution française (1789-1797) », à paraître dans Diasporas, 2017.

6 Amandine Fauchon Chardon, « L'émigré Joseph Labrosse, alias Albert-François de Moré, comte de Pontgibaud et ses réseaux nobiliaires, diplomatiques, financiers et marchands à Trieste », Grenoble, Université Grenoble Alpes, site du LUHCIE, working papers, 2016.

7 Gilles Bertrand, « Voyage et cosmopolitisme dans la tourmente de la Révolution française. Du voyage de connaissance aux effets de l'émigration et de l'exil », dans Il gruppo di Coppet e il viaggio, M. Bossi, A. Hofmann, F. Rosset (dir.), Florence, Olschki, 2006, p. 67-90.

8 Sur la présence du comte de Provence à Vérone, voir Valentina Dal Cin, « Un ospite illustre ma scomodo : l'esilio veronese del futuro Luigi XVIII tra il 1794 e il 1796 », Studi Veneziani, vol. LXVIII, 2013, p. 211-236.

9 Lettres échangées entre le cardinal de Bernis et le comte de Flavigny, ministre plénipotentiaire de France à Parme, de 1774 à 1792, Archives privées de Bernis transmises par Gilles Montègre dans le cadre du projet Le cardinal de Bernis, médiateur et observateur de l'Europe monarchique et révolutionnaire, 2016.

10 Alphonse de Lamartine, lettre écrite de Bologne à Aymon de Virieu, [été 1811], ibid., t. 1, p. 176.

11 Voir Gilles Bertrand, « Le cosmopolitisme à l'épreuve de la Révolution française. Pratiques aristocratiques et bouleversement des idéaux chez les voyageurs émigrés français en Italie », dans La Révolution française : idéaux, singularités, influences, R. Chagny (dir.), Grenoble, PUG, 2002, p. 101-114, ainsi que les communications sur « les voies de l'émigration », dans Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution, P. Bourdin (dir.), Rennes-Clermont-Ferrand, PUR & Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2010.

12 Après ceux de Dutens, de Guillaume et de Francesco Tiroli en 1775, il y eut ceux de Jacques Lacombe (1776), de l'astronome Cassini (1778) et du mystérieux Kalikoff (1785).

13 Ida Plastina, « Un pays involontaire : itinéraires italiens de Laclos (1800-1801 et 1803) », dans Voyage et représentations réciproques, G. Bertrand (dir.), Grenoble, Cahiers du CRHIPA, no 15, 2009, p. 225-247.

14 Alain Guyot et Roland Le Huenen, L'Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand. L'invention du voyage romantique, Paris, PUPS, 2006.

15 Michael Broers, The Napoleonic Empire in Italy, 1796-1814: Cultural Imperialism in a European Context?, New York, Palgrave Macmillan, 2005.

16 Plan d'une statistique générale pour les six départements de la 27e division militaire, ci-devant Piémont, publiée par ordre du général Jourdan, Turin, Impr. nationale, 1802.

17 J.-B.-J. Breton, Voyage en Piémont, contenant la description topographique et pittoresque, la statistique et l'histoire des six départements réunis à la France [...], Paris, 1803.

18 Joseph-Marie de Gérando, « Rapport sur Rome et les États romains », 1810, AN, F 20, 102 (Statistique, Rome), cité par Michael Broers, « Les Français au-delà des Alpes : le Laager français en Italie de 1796 à 1814 », dans Voyager en Europe de Humboldt à Stendhal. Contraintes nationales et tentations cosmopolites, 1790-1840, N. Bourguinat, S. Venayre (dir.), Paris, Nouveau Monde éditions, 2007, p. 71-94, ici p. 88-89.

19 Aubin-Louis Millin, « Extrait de quelques lettres adressées à la Classe de la Littérature ancienne de l'Institut impérial par A. L. Millin pendant son Voyage d'Italie », Paris, Impr. de J. B. Sajou, 1814, p. 10.

20 Leur situation diffère toutefois de celle des envoyés en mission dans la France de l'an II. Cf. Jacques Solé, « Des voyageurs officiels dans la France profonde au temps de la Terreur », dans Id., De Luther à Taine. Essais d'histoire culturelle, Grenoble, PUG, 2011, p. 203-222.

21 Sur ces transformations de l'espace matériel du voyage, voir Maria Pia Donato, David Armando, Massimo Cattaneo, Jean-François Chauvard (dir.), Atlante dell'Italia rivoluzionaria e napoleonica, Rome, École française de Rome, 2013. Sur les missions d'ingénieurs à cette époque, voir le dossier dirigé par Jean-Luc Chappey et Maria Pia Donato, « Voyages, voyageurs et mutations des savoirs entre Révolution et Empire », AHRF, n° 385, juillet-septembre 2016.

22 Pierre-Henri Valenciennes, Elémens de perspective pratique à l'usage des artistes, suivis de Réflexions et Conseils à un Elève sur la Peinture et particulièrement sur le genre du Paysage, Paris, L'Auteur-Desenne-Duprat, an VIII (1800).

23 Philippe Petit-Radel, Voyage historique, chorographique et philosophique dans les principales villes d'Italie en 1811 et 1812, Paris, Chanson, 1815, vol. 1, préface, p. XIII-XIV.

24 On songe ici aux Lettres sur l'Italie de Castellan en 1819 avec leurs 50 vues, au Voyage pittoresque en Sicile de Gigault de la Salle en 1822-1826, au Voyage pittoresque au lac de Côme par Wetzel en 1822, au volume Un mois à Venise, ou recueil de vues pittoresques de Forbin en 1825, et à divers autres jusqu'au Tyrol et Nord de l'Italie par Mercey en 1833 « avec 18 illustrations de paysages et de costumes », sans oublier la vogue du feuilleton dans des périodiques Audot et ses centaines de planches en 1834-1836, ainsi que l'Italie pittoresque et ses 141 planches en 1836-1837.

25 Aubin-Louis Millin, Voyage en Savoie, en Piémont, à Nice et à Gênes, Paris, Wassermann, 1816 ; Voyage dans le Milanais, à Plaisance, Parme, Modène, Mantoue, Crémone, et dans plusieurs autres villes de l'ancienne Lombardie, Paris, Wassermann, 1817.

 

 

Pour citer cet article



Référence électronique
Gilles BERTRAND, « Les transformations du voyage à l’époque de la Révolution et de l’Empire : le cas italien », Viatica [En ligne], Donner à voir et à comprendre, mis en ligne le 07/02/2017, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/donner-voir-et-comprendre/varia/les-transformations-du-voyage-l-epoque-de-la-revolution-et-de-l-empire-le-cas-italien

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