Renée Colin-Noguès, une photographe au Soudan français au crépuscule de l’Afrique coloniale (1952-1954)

Hors-série n°2, juin 2018
EHESS

Renée Colin-Noguès, une photographe au Soudan français au crépuscule de l'Afrique coloniale (1952-1954)

 

Le rapport colonial induit nécessairement un regard sur l'Autre : en l'occurrence un regard croisé du Blanc vers le Noir, du Noir vers le Blanc, si l'on évoque l'Afrique subsaharienne. La prise en compte de ces jeux de regards importe particulièrement pour lire les rapports de présence, de domination, de reconnaissance ou de libération, dans le droit fil ou à contre-pied de la logique colonisatrice. La photographie est un outil précieux pour pénétrer dans ce jeu d'élucidation des regards, à travers des images riches en signification pour le sujet regardé autant que pour le sujet regardant.

Je me propose de fonder mon analyse sur l'inventaire et le commentaire d'un corpus photographique original et rare : l'œuvre de Renée Colin-Noguès au Soudan français, en pays sénoufo du Kènèdougou, entre avril 1952 et juin 1954. J'en parle en témoin assidu parce que cette photographe était mon épouse, et nous vivions ensemble notre première expérience africaine.

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Figure 1. Le Chef de la confrérie des chasseurs (tunique bogolan) (Sikasso, 1953). Collection particulière

Les prémices d'une vocation

Renée Noguès est née à Paris en 1928, de parents pyrénéens émigrés dans la capitale, issus l'un et l'autre du terroir paysan occitan du Comminges. Les liens avec la terre d'origine se sont avérés solides, nourris par le retour estival au pays où, de surcroît, Renée a passé quelques-unes des années de la dernière guerre. Cette imprégnation de la société rurale profonde a laissé en elle des marques précieuses au regard de l'aventure africaine qui suivra. Elle écrira : « si je me suis retrouvée comme un poisson dans l'eau à Sikasso - contrairement à toutes les autres femmes européennes - c'est parce que j'ai retrouvé là les structures d'une société comparable à celle de Montespan, où j'ai laissé mes meilleurs souvenirs d'enfance avec mes petits copains gardiens de vaches1 ».

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Figure 2. Mère et fille à la cuisine familiale (Sikasso, 1953). Collection particulière

Elle vit à Paris la seconde moitié de la guerre, partageant, comme celles et ceux de sa génération, l'exaltation de la libération, avec la conviction que le monde était à refaire. Après son bac, elle entame des études juridiques à l'Université, et bientôt rencontre des élèves des classes préparatoires à l'École Nationale de la France d'Outre-Mer. Le Quartier latin de l'époque était un microcosme fertile en ces rencontres estudiantines. Nous nous retrouvions à la bibliothèque Sainte-Geneviève et, dans une bande à la fois joyeuse et studieuse, nous rêvions d'avenir. La décolonisation, qui s'annonçait comme un projet aussi nécessaire que fragile, peuplait notre imaginaire comme une grande aventure de libération, où nous pourrions investir les énergies de notre jeunesse. Notre alliance s'est nouée notamment sur ces bases, avec l'idée de partir au grand large dans des mondes fascinants. J'entrais à l'École de la France d'Outre-Mer au concours de 1948. Je partageais avec Renée le premier choc des rencontres africaines avec les étudiants du continent noir venus s'approprier les outils de pensée et d'action requis pour leur émancipation. À leur tête, Joseph Ki-Zerbo qui deviendra l'un des plus grands historiens africains de sa génération.

À l'École, Senghor fut mon premier Maître d'initiation. Il nous persuadait de nous inscrire dans l'itinéraire inverse de nos condisciples africains pour engager la rencontre historique qui nous attendait : eux venaient du Sud et s'étaient emparés de la culture du Nord s'ajoutant à celle de leurs racines. Nous, nous passionnions pour l'acquisition de la culture du Sud s'ajoutant à la nôtre pour fonder des dialogues inédits, à contre-pied de la domination coloniale. Renée et moi, nous nous inscrivîmes à l'École des langues orientales pour y apprendre les langues africaines. En l'occurrence, ce furent les langues du groupe Mandé : bambara, malinké, dioula, s'ajoutant au peul que nous enseignait Senghor, et notre professeur, Lilias Homburger, qui avait créé cet enseignement aux Langues-O, y était une personne hors du commun. Elle était fascinante. Une vieille demoiselle qui avait vécu dans sa jeunesse une aventure insolite de Blanche chez les Noirs. Jeune Alsacienne, elle s'était engagée comme infirmière dans l'armée coloniale combattant pour la conquête des colonies africaines de l'Allemagne, pendant la guerre de 14. Au Cameroun, soignant des tirailleurs blessés, elle enrageait de ne point connaître leur langue, et se lança dans l'entreprise avec intelligence et fougue. Au retour, elle fit part aux gens de la Sorbonne de ses constats et découvertes, qui lui valurent d'intégrer l'Université pour y enseigner la linguistique africaine. Senghor fut de ses premiers élèves. Son histoire humaine autant qu'intellectuelle nous impressionnait, ouvrant avec force les champs du possible.

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Figure 3. Un grand Maître d'initiation revêtu de sa couverture rituelle (Sikasso, 1953). Collection particulière

C'est ainsi que nous partîmes au Soudan français en janvier 1952, non pas pour « garder l'Afrique à la France », mais pour partager la marche vers la liberté. Les enseignements des maîtres africains et africanistes de Paris, tout comme les dialogues exaltants avec nos amis les étudiants noirs, figuraient au cœur le plus précieux de notre bagage d'expatriés militants. L'aventure serait assez rude, quelque peu insolite, indéniablement passionnante. Renée avait pris la précaution d'acquérir un appareil photographique de qualité, Semflex 6x6, décidée à rapporter une moisson d'images de ce que nous allions vivre. Elle y révéla des dons d'exception.

La préparation à un départ en couple en Afrique en ce temps-là était un sujet abordé dans les « cours de déontologie » de l'École. Nos encadreurs déconseillaient aux élèves de partir mariés, pour un premier séjour. La présence d'un conjoint, disaient-ils, entraverait la liberté de découvrir l'univers colonial. Ils faisaient valoir que les jeunes hommes expatriés n'auraient nul problème pour trouver des « épouses indigènes temporaires de substitution ». Ils y voyaient un moyen de s'insérer dans le pays, et aussi de se procurer par ce biais des informations utiles dans le milieu africain. Cette pratique, nous le découvrirons sur place, était fort répandue. On nommait ces femmes des « mousso », en reprenant le terme bambara désignant les êtres de sexe féminin. Nos convictions personnelles allaient à l'encontre de cette pratique coloniale et colonialiste. Nous nous sommes mariés quelques mois avant le départ, désireux fermement de partager l'aventure de la vie.

Le premier apprentissage : Koulouba, février-mai 1952

Une traversée maritime sur un vieux paquebot dénommé Koutoubia faisant la route entre Marseille et Dakar nous plonge, pendant une petite semaine, dans ce microcosme récapitulatif de la société coloniale. Le style de vie des colons blancs ordinaires s'y révèle avec force. Nous l'observons d'un regard ethnographique. Malgré l'évolution politique amorcée, les Blancs entre eux expriment leur vision du « monde indigène ». Les femmes blanches coloniales chevronnées s'empressent de donner à Renée mille conseils appuyés par autant d'anecdotes. Le personnel domestique, interface ordinaire avec la société noire, fait l'objet de conversations inlassables, avec la surabondance de stéréotypes décrivant des spécimens d'humanité se dégageant mal d'une barbarie première. Les comparaisons simiesques font florès. Une petite minorité ose timidement avancer quelque opinion différente. Le mépris ordinaire est teinté d'un paternalisme rédempteur, chaque maître ou chaque maîtresse se prêtant la mission de faire évoluer les indigènes de leur entourage.

Un bref séjour de formalités administratives à Dakar, et l'avion nous dépose à Bamako, où nous vivrons trois mois avant d'obtenir l'affectation tant désirée « en brousse », selon l'expression consacrée. Au chef-lieu, le gouverneur Louveau règne en potentat absolutiste. Il reçoit à dîner les hauts fonctionnaires de passage et adore, au temps du dessert, introduire un jeune lion semi-apprivoisé qui se faufile sous la table entre les jupes des dames qui gloussent étrangement d'un mélange de frayeur mal contenue et de notations mondaines propitiatoires, alors que le maître des lieux savoure en silence ses facéties hiérarchiques. 

Renée teste avec bonheur son bambara à Sokoniafing, village des domestiques installé au flanc de la colline du pouvoir où les Blancs ne vont jamais. Elle y fait ses premières photos. Nous découvrons avec émotion que la pratique langagière nous permet de passer de l'autre côté du miroir. Dans les relations sociales, quelques éclaircies tiennent à la fréquentation de rares couples blancs de notre génération dont l'univers ne nous est pas étranger, et nous provoquons d'assez vifs étonnements en invitant à la maison certains fonctionnaires africains que je côtoie dans le travail.

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Figure 4. Un initié porteur de masque de la société des bouffons (Sikasso, 1953). Collection particulière

L'Afrique rêvée et le monde sénoufo

Je reçois assez vite une affectation hors du chef-lieu. Le poste d'Adjoint au Commandant de cercle de Sikasso est vacant, et l'on accepte ma candidature « malgré mon bien jeune âge ». Pour Renée et moi, c'est un basculement du monde : le pays sénoufo du Kènèdougou est passionnant. Les Sénoufo ont su préserver l'essentiel de leur antique culture communautaire, dans un rapport profond entre les humains et la terre, malgré les chocs du travail forcé et le statut de l'indigénat, dont l'abolition ne date que de six ans à peine. Le vecteur de la transmission culturelle est encore l'extraordinaire rituel d'initiation du Poro, qui forge les hommes à travers une philosophie et une sagesse reliées au fond des âges. La langue véhiculaire comprise de tous est le dioula dont nous avons acquis la pratique et les fondements théoriques aux Langues Orientales. Renée autant que moi nous nous immergeons avec un bonheur élémentaire dans les échanges langagiers au quotidien. Là encore, la traversée du miroir est passionnante. Le chef-lieu de la région, la ville de Sikasso, qui compte environ vingt mille habitants sur les deux cent vingt mille de la circonscription, est l'antique capitale du Royaume du Kènèdougou, dernier pôle de résistance à la pénétration française, conquise en 1898, c'est-à-dire à distance d'une cinquantaine d'années : nombre d'acteurs du temps de la conquête sont encore au monde, et les mémoires demeurent très vives.

Notre situation est quelque peu étrange : couple de jeunes Blancs, le « Petit Commandant » et sa femme, rêvent de vivre de l'intérieur l'univers noir, en marge de l'administration coloniale. La population blanche du poste se monte à environ soixante-dix personnes, pour l'essentiel techniciens des divers services de l'Administration. Une petite dizaine de femmes blanches accompagnent leur mari, avec très peu d'enfants. Nous sympathisons avec un jeune couple dont l'homme est vétérinaire, et qui manifeste tous deux des idées très proches des nôtres. Nous trouvons aussi un écho de sympathie chez les Pères blancs missionnaires, qui se préoccupent de l'inculturation possible du message chrétien et possèdent une bonne maîtrise linguistique africaine.

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Figure 5. Un tisserand au village (Sikasso, 1953). Collection particulière

Les rapports avec l'Administrateur-en-chef mon patron, le « Grand Commandant », sont loin d'être simples. Cet homme jeune - il a alors une quarantaine d'années - est pétri de l'idéologie du commandement. Il me concède le droit et le devoir de faire de nombreuses tournées en brousse, d'une à trois semaines, la plupart du temps à cheval, pour, notamment, le recensement des populations et le règlement des affaires villageoises. C'est l'occasion rêvée de vivre avec les paysans, de partager leurs problèmes, sans interprète, dans un rapport direct. Mais le grand Chef s'oppose vigoureusement à ce que Renée m'accompagne. Elle est assignée à résidence au chef-lieu. Ce n'est pas la place d'une femme blanche de courir la brousse. De surcroît, ses connaissances langagières sont jugées suspectes et déplacées. Il n'y a aucun recours possible. Nous devons obtempérer, la mort dans l'âme. Mais Renée réagit à sa manière, avec force. Tous les dimanches, se tient à Sikasso le grand marché régional qui draine les produits et les gens de tous les cantons, de cent kilomètres à la ronde. Elle en fait son fief, le parcourt en tous sens, s'y crée des attaches sans nombre, et parle à toutes et à tous. C'est un nouveau gisement de passion, révélateur du pays profond, de la culture autant que de l'économie. Et l'appareil de photo entre dans la danse. Elle y est comme un poisson dans l'eau et photographie au naturel, s'incorporant dans le paysage humain au quotidien.

Au bout de quelques mois, le Grand Commandant change, et son successeur ne met plus d'obstacle aux déplacements de Renée. Dès lors, elle m'accompagne partout, partageant toutes les chevauchées, et trouve sa place dans les rapports villageois, où l'on ne s'étonne plus de recevoir une femme blanche parlant dioula. Elle fréquente tout spécialement les femmes, partage les travaux et les jours avec elles, toujours l'appareil de photo en action, excluant toute pose convenue, sans le moindre risque de heurter les regards. Le 6x6 a le gros avantage de libérer les yeux de la photographe, préservant le naturel des postures. Et se constitue ainsi un trésor d'images, contrepoint du partage de la parole. Elle expédie les négatifs en France, à un ami photographe de village, qui saura traiter les pellicules en haute qualité. Ainsi, pendant plus de deux ans, nous sillonnons ensemble le pays sénoufo. Pour ma part, je prends beaucoup de notes, et j'élabore nombre de précieuses monographies de villages.

Au bout de deux ans et demi, la règle administrative veut que nous prenions notre congé. C'est un crève-cœur de quitter ce monde avec lequel nous avons noué tant d'attaches. Nous sommes volontaires pour y revenir, mais la haute administration a pris ombrage de notre rapport avec les gens, et notamment avec les jeunes fonctionnaires africains du Cercle, sensibles à l'évolution politique sur le chemin de la liberté. Après six mois passés en France, ma nouvelle affectation est au Sénégal, à Dakar, dans la grande ville africaine, où l'on augure que je devrais me fondre dans la masse. Mais après un coup de blues de nostalgie broussarde, nous retrouvons Senghor et nos amis sénégalais du Quartier latin. C'est le début d'une nouvelle aventure. Renée y accompagne avec ferveur la mise en place des institutions de l'autonomie de la Loi-cadre du 23 juin 1956, puis l'avènement de l'indépendance cinq ans après. Cette histoire n'ira pas sans drame à la suite de la rupture entre Senghor et Mamadou Dia en décembre 1962. Nous rentrons en France et l'étape qui s'ouvre ainsi est fertile en engagements et découvertes. Renée reprend le chemin de l'Université et se lance dans la sociologie des autobiographies avec Daniel Bertaux.

Les enseignements du voyage et les moissons nouvelles

Le terrain des histoires de vie se révèle particulièrement fécond et non sans liaisons évidentes avec l'expression photographique antérieure. Il s'agit de rejoindre les acteurs dans le cours de leur vie en leur donnant la parole. L'image et le discours sont alors les deux faces d'une même réalité. En 1975, Renée est conviée à une mission dans la ville de Dakar, par le Secrétariat d'État à la Promotion Humaine, qui s'engage dans le lancement d'une réforme profonde du système éducatif dénommée Enseignement moyen pratique. Il s'agit d'impliquer les acteurs du milieu dans la transformation du rapport pédagogique, afin que l'école trouve une nouvelle insertion sociale. Ce qui est demandé à Renée, c'est qu'elle se mette à l'écoute des femmes, afin de mesurer leur propre relation à l'éducation, ouvrant la voie à une implication dans le projet novateur. Elle recueille ainsi vingt-deux récits de vie, dans une approche largement inspirée de la participation au vécu communautaire telle qu'elle l'avait pratiquée dans le monde sénoufo. Notre long séjour sénégalais nous avait conduits à nous mettre à l'apprentissage du wolof. Et l'appareil photo reprenait ses droits, fixant une très belle galerie de portraits de femmes.

Par la suite, Renée s'engagea dans le recueil de l'histoire de vie d'un jeune travailleur immigré sénégalais, édité chez Maspero dans la collection « Actes et Mémoires du peuple » (et réédité par Présence Africaine en 2012 sous le titre Yâkâré, autobiographie d'Oumar, en collaboration avec Oumar Dia). La période consécutive fut marquée par de cruelles épreuves de santé. Renée nous a quittés en juin 2000 après de longues années de lutte contre le cancer, sans avoir pu tirer parti du beau patrimoine esthétique et intellectuel qu'elle avait constitué.

C'est donc après sa mort que l'on put en exploiter les précieuses ressources. Le point de départ, à l'initiative de Samuel Sidibé, Directeur du Musée national du Mali, fut l'organisation d'une grande exposition des photos du pays sénoufo prises dans les années cinquante, au Musée national à Bamako, entre juillet et octobre 2006. 145 clichés furent ainsi présentés sous le titre « Kènèdougou, terre de lumière ». L'exposition se transféra ensuite à Sikasso. Les Éditions de la Revue Noire publièrent à cette occasion un album catalogue de haute qualité sous le titre « Sénoufo du Mali ». La grande historienne malienne Adame Bâ Konaré en écrivit la préface. Elle s'exprimait en ces termes :

Avec l'impressionnante moisson photographique de Renée Colin-Noguès dans la région de Sikasso au Soudan français (future République du Mali) entre les années 1952-1954, nous avons affaire à un type particulier de mémoire, celle des yeux, vivante, palpable, très colorée malgré le support noir et blanc. On ne sent pas, sur les photographies, l'épreuve du temps, et on a la saisissante impression de les voir en mobilité. La beauté naturelle qui se dégage de certains corps  et de leur mouvement, la pureté des lignes, l'expression des visages ou des regards, comme celui impertinent de la belle femme Peul, lointain du sage, assuré du Maître des fétiches, l'attrait ravageur des poitrines nues de jeunes filles du pays, ainsi que le galbe onctueux de leurs corps, semblent relever d'un ordre immanent qui nous plonge dans le mystère de la vie et de la création, œuvre d'une esthète hors de pair2.

Jean-Loup Pivin, l'éditeur, insiste, pour sa part, sur le positionnement social du regard :

En Afrique, Renée Colin-Noguès s'inscrit parmi ces photographes blancs du quotidien, souvent anonymes et méconnus, qui ne viennent pas faire des reportages à sensation ou « voler des images ». Coloniaux et personnalités atypiques comme Pierre Verger ou Anita Conti, ils sont un versant de cet échange historique qui marque pour longtemps les humanités qui les accueillent.

La ronde des images se poursuit à travers de belles expositions à Saint-Étienne, à Guipavas en Bretagne, à Brive, à Alençon, à Caen, à Rodez, au grand festival d'Africajarc dans le Lot. Pour reprendre le terme d'Adame Bâ Konaré, la moisson est double. D'une part, elle tient à la capitalisation patrimoniale d'une culture riche d'humanité, fixant, pour les générations qui viennent, le visage d'un monde en péril de disparaître dans un oubli sans rémission. D'autre part, s'appuyant sur la sauvegarde de ce qui fut, elle se pose comme expérience esthétiquement créative, rejoignant le champ des regards littéraires, sensible à saisir le beau de l'humain défiant le temps. « Un regard lumineux sur une terre de lumière » disait l'historienne du Mali.

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Figure 6. Une jeune paysanne calebasse sur la tête (Sikasso, 1953). Collection particulière
 

1 Roland Colin, Mémoire de mon enfance bretonne, Rennes, Éditions Ouest-France, 2013, p.257.

2 Renée Colin-Noguès, Moussa Sow, Roland Colin [et al.], Sénoufo du Mali, Kènèdougou, terre de lumière : photographies de Renée Colin-Noguès dans les années 1950, trad. Gail de Courcy-Ireland, Bamako, Musée national du Mali, Paris, La Revue Noire, 2006, quatrième de couverture.

Références bibliographiques

  • Roland Colin, Kènèdougou au crépuscule de l'Afrique coloniale, Préface de Georges Balandier, photographies de Renée Colin-Noguès, Paris, Présence Africaine, 2004.
  • Roland Colin, Mémoire de mon enfance bretonne, Rennes, Éditions Ouest-France, 2013.
  • Renée Colin-Noguès et Oumar Dia, Yâkâré, autobiographie d'Oumar, Préface de Mamadou Dia, Paris, Présence Africaine, 2012.
  • Renée Colin-Noguès, Visages de femmes et autres, Sénégal 75, Préface de Roland Colin, Saint-Étienne, Madeleine Rousseau, 2009.
  • Renée Colin-Noguès, Moussa Sow, Roland Colin [et al.], Sénoufo du Mali, Kènèdougou, terre de lumière : photographies de Renée Colin-Noguès dans les années 1950, trad. Gail de Courcy-Ireland, Bamako, Musée national du Mali, Paris, La Revue Noire, 2006.

Pour citer cet article



Référence électronique
Roland COLIN, « Renée Colin-Noguès, une photographe au Soudan français au crépuscule de l’Afrique coloniale (1952-1954) », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 01/06/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/iv-temoignage/renee-colin-nogues-une-photographe-au-soudan-francais-au-crepuscule-de-l-afrique-coloniale-1952-1954