Olga Stanisławska : une femme seule sur les routes d’Afrique, 1995-1996

Hors-série n°2, juin 2018
Université de Strasbourg

Olga Stanisławska : une femme seule sur les routes d'Afrique, 1995-1996

 

En Afrique Noire personne n'est jamais seul, personne ne se sent jamais esseulé. En Afrique Noire, il n'est point de vieilles filles, point de veufs ou veuves solitaires. La sagesse d'un vieux proverbe wolof dit : « l'homme est le remède pour l'homme ».
Mirosław Żuławski1

L'écrivaine et reporter Olga Stanisławska (née en 1967) est l'auteure de récits dont la singularité tient à la fois à la destination et au caractère de ses voyages - les voyages entrepris dans une Afrique postcoloniale par une voyageuse de la Pologne post-communiste - ainsi qu'au style de son écriture, relevant d'un genre particulier qu'est le reportage littéraire polonais2. Son voyage solitaire est intéressant dans la mesure où elle choisit de voyager loin des circuits favoris de l'époque. En effet, après 1989 et la chute du Mur de Berlin la presse polonaise se concentre sur les événements liés à l'effondrement du communisme en Europe de l'Est, et dans ce contexte, il est très audacieux de choisir l'Afrique comme destination et sujet, surtout quand on est jeune femme journaliste et quand on aspire peut-être à « se faire un nom3 » par le biais de l'écriture. C'est en décalage avec le contexte historique parce qu'au milieu des années 1990 l'Afrique dans l'écriture journalistique polonaise vient d'épuiser son rôle de destination à la mode qu'elle avait joué les quatre décennies précédentes. La période de la décolonisation avait en effet attiré en Afrique nombre de reporters de la Pologne populaire parmi lesquels Ryszard Kapuściński dont les écrits africains jouèrent un rôle déterminant dans l'évolution du genre de reportage littéraire4. Ce dernier, déplacé du domaine journalistique à la littérature, deviendra - à côté de la littérature de jeunesse - une forme de narration privilégiée dans la littérature polonaise pour représenter l'Afrique.

Avant les années 1950 et aussi après 1989, pour que les journalistes polonais s'intéressent à l'Afrique, il fallait toujours un prétexte : la Pologne ou des Polonais devaient être impliqués, d'une manière ou d'une autre, dans les événements relatés5. Autant, pendant la période de la décolonisation, la presse polonaise manifestait un grand intérêt pour l'Afrique (et pour ainsi dire pour l'Afrique elle-même), autant, au milieu des années 1990, le continent noir tombe à nouveau « en disgrâce ». Le Gazeta Wyborcza (« le journal électoral »), quotidien fondé en 1989 à l'occasion des premières élections libres, jouera un rôle dans le retour de l'intérêt porté à l'Afrique, mais ce sera seulement grâce à la passion individuelle et à l'insistance de quelques-uns de ses journalistes6. Quand l'un d'eux, Wojciech Jagielski7, proposera à sa rédaction des sujets africains et demandera d'être envoyé comme reporter en Afrique, il se heurtera constamment à un refus. À nouveau, et comme depuis longtemps, il faudra qu'un Polonais soit impliqué dans les événements politiques en Afrique du Sud8 pour que la rédaction de Gazeta Wyborcza accepte enfin d'envoyer Jagielski, en 1993, en Afrique. Celle-ci semble être à l'époque une destination de voyage pour journalistes initiés.

La même année 1993, Stanisławska, qui vient de finir ses études de littérature américaine, travaille comme jeune stagiaire au Gazeta Wyborcza à Varsovie et, par un concours de circonstances, elle se retrouve elle aussi devant la possibilité d'un voyage en Afrique, qu'on pourrait d'une certaine manière qualifier d'initiatique. Contrairement à Jagielski qui part envoyé par la rédaction du Gazeta, Stanisławska se rend pour la première fois en Afrique sur son initiative personnelle avec deux autres jeunes journalistes : Marcin Kydryński (né en 1968) et Marcin Meller (né en 1968). L'idée vient du premier : âgé de 25 ans et grand lecteur de Kapuściński9, c'est lui qui a l'idée de ce voyage dans la tradition du Grand Tour et conforme à la pratique des backpackers. Importée en Pologne depuis les pays anglo-saxons, où se pratique le gap year (une année sabbatique à la fin des études supérieures) la culture des « porteurs de sac à dos » consiste à l'époque à partir en voyage avec un exemplaire du guide Lonely Planet considéré comme la bible du voyageur. Le trajet que prévoit Kydryński est tracé entre Le Caire et Le Cap mais le jeune homme n'ose pas partir seul. C'est pour cela qu'il s'adresse à un ami plus expérimenté en la matière, le journaliste Marcin Meller, en lui proposant de faire le voyage avec lui. Comme ce dernier semble indécis, Kydryński sollicite Olga Stanisławska. Rare femme dans ce milieu des « reporters africains », majoritairement si ce n'est exclusivement masculin10, elle découvrira ainsi l'Afrique en tenant le rôle d'« accompagnatrice » de deux hommes.

De l'échec de ce premier voyage qui se voulait initiatique naîtra chez elle l'idée du second. Cette fois elle voyagera seule, en Afrique de l'Ouest et centrale - dans un périple d'une année, elle aura parcouru un itinéraire entre Casablanca et Kinshasa. Ses voyages sont des voyages lettrés, érudits, comprenant de nombreuses références littéraires. Une telle démarche s'inscrit dans la tradition littéraire polonaise : écrire l'Afrique permet d'accéder au statut d'écrivain. Après avoir été publiés dans la presse, les reportages africains de Stanisławska ont été recueillis dans un livre intitulé Rondo de Gaulle'a11 (2001) et récompensés par le Prix littéraire de la Fondation Kościelski.

En outre, depuis ses voyages en Afrique, Stanisławska s'intéresse aux identités collectives, quelles qu'elles soient, nationales, ethniques ou religieuses. Entre 1996 et 1997, après la guerre de Bosnie, elle s'installe à Sarajevo et écrit sur les juifs bosniaques et sur la place des religions dans la société. Elle voyage aussi au Proche-Orient. En 2004, elle organise une série d'événements consacrés aux visions polonaises de l'Afrique sous l'égide de l'Institut polonais à Paris. En 2006, elle réalise un film sur les musulmans en France pour la télévision polonaise. Depuis 2001, elle vit en France.

D'un voyage à trois à un voyage solitaire

Lors de son premier voyage en Afrique de l'Est, Stanisławska accompagne deux hommes, plus ou moins par hasard. Dans le récit que Kydryński publie à son retour, il note ainsi les circonstances de leur départ :

J'ai proposé à Olga de partir ensemble. À Varsovie, elle était aussi malheureuse que moi, elle n'appartenait à aucun milieu, n'avait aucune obligation et projetait sa vie ailleurs. Très professionnelle, elle a consacré beaucoup de temps et de travail pour se préparer à l'expédition, elle avait lu une montagne de livres, s'était bien équipée et ne vivait que dans la perspective de ce voyage. Et alors, à deux semaines du départ, Marcin [Meller], que j'avais sévèrement grondé, après avoir fumé trois paquets de cigarettes dans ma cuisine déclara : « Je viens ». Que pouvais-je faire ? Il fallait essayer cette option à trois12.

En poursuivant la lecture du récit de voyage de Kydryński, nous apprenons que les trois compagnons finissent par se séparer à Nairobi : Kydryński et Meller continueront leur trajet ensemble, comme prévu, mais Stanisławska se détache d'eux, ce qui lui donne la possibilité de vivre un voyage solitaire, expérience qu'elle cherchera à approfondir plus tard. Kydryński explique ainsi les tensions qui se sont installées entre eux, en mettant l'accent sur les différends qu'il présente comme plus ou moins issus de la différence des sexes et d'éventuelles luttes de domination interpersonnelles :

Aujourd'hui, je pense que nous voulions tous les deux réduire Olga au rôle d'une jeune fille sans ambition accompagnant deux globe-trotters célèbres dans une expédition dangereuse. Nous prenions ce voyage pour notre propriété exclusive protégée par les droits d'auteur. Mais Olga ne voulait pas de ce rôle13.

S'échappant ainsi du statut de la femme « accompagnant » les hommes - « globe-trotters » et « auteurs » - Olga cherche son propre genre et sa propre thématique. Tandis que le livre de Kydryński relève d'un classique récit de voyage, celui de Stanisławska renouvelle l'écriture viatique. Tandis que Kydryński construit son récit avec des éléments autobiographiques, ce qui est l'une des caractéristiques du récit de voyage, Stanisławska ne garde de ce dernier que le goût pour l'essai. De la même manière, on se rend compte que Kydryński raconte largement les épreuves d'un voyage difficile14 tandis que Stanisławska y échappe en mettant l'accent ailleurs. Par exemple, nous apprenons chez Kydryński qu'Olga Stanisławska est tombée gravement malade lors de leur traversée du Soudan15, ce dont nous ne trouvons aucune mention dans ses propres écrits. Ses propres maladies ne sont pas pour elle un sujet, ce qui la différencie aussi de Kapuściński, ce dernier relatant assez largement ses maladies dans les reportages africains16. Stanisławska recycle ainsi le modèle du genre de reportage littéraire en lui adjoignant des innovations. Elle ne revient dans ses écrits ni sur les étapes éprouvantes des voyages ni sur les relations avec ses compatriotes lors du premier voyage à trois. S'agit-il d'un modeste effacement de soi qui peut être vu comme l'une des caractéristiques des narrations féminines ou fait-elle la part des choses entre ce qui relève de l'écriture d'un reportage (aussi littéraire soit-il) et ce qui appartient à l'écriture de l'intime ?

Quand elle décide de retourner en Afrique, pour son deuxième voyage solitaire, elle manifeste une certaine appréhension : « À ma descente de l'avion à Casablanca, en mars 1995, j'avais peur17 ». Voyageant seule, elle se rend compte de la protection dont elle bénéficie dans des pays musulmans, elle constate que « s'occuper d'une femme seule en voyage, c'est le devoir des hommes18 ». Elle le découvre quelque part en Mauritanie lorsque, se voyant offrir une assiette de couscous, on lui explique qu'un homme a déjà payé pour elle. Le même homme va par la suite s'occuper de son hébergement à Adel Bagrou : « Khalifa m'invita dans la maison de son père et, d'une certaine façon, il s'autoproclama mon frère pour ce temps. Il est prévenant mais toujours discret19 ». Le père de Khalifa dit aussi à Olga : « ici, personne n'est seul comme un chien20 ». Il est question des relations familiales locales auxquelles la narratrice accède et adhère de façon éphémère. Dans un chapitre où elle décrit son voyage en pirogue de Mopti à Tombouctou, l'utilisation fréquente du pronom personnel « nous » ou des adjectifs possessifs « notre » ou « nos » marque l'appartenance de la narratrice au groupe et souligne la place qu'elle a en son sein :

On m'appelle Toubabou. Blanche. C'est mieux qu'un prénom, ça marque notre place. Grande sœur, petite sœur, j'entends souvent. Ma fille, me dit parfois le vieux Peul, et je me sens alors en famille, incluse pour un court instant au sein du cercle des courtoisies et des engagements mutuels21.

La place qu'elle prend lui est attribuée par le groupe et elle ne cherche pas à la changer. Si elle ne s'attarde pas dans ces reportages sur les complications de l'existence matérielle d'une voyageuse, c'est qu'apparemment elle n'en a pas besoin. Pour voyager de Mopti à Tombouctou, elle prend une pirogue en expliquant : « Il n'y a que les pauvres pour remonter le fleuve Niger en pirogue, c'est le moyen le moins cher de se rendre au nord du Mali22 ». D'une certaine manière, elle sort de son rôle d'étrangère qui ne fait que passer, sans que ce soit un acte de transgression.

Kydryński écrit au sujet d'Olga qu'elle possède une grande sociabilité et une capacité à s'exprimer en plusieurs langues23. Les gens qu'elle rencontre deviennent en effet des amis avec qui elle garde le contact, qu'elle retrouve parfois dans une autre ville, et dont elle prend des nouvelles. Ces allers et retours à travers les connaissances, les nouvelles des uns et des autres, sont une sorte d'enracinement passager dans l'espace qu'elle parcourt. En décrivant son passage au Tchad, elle note par exemple : « Le matin à Mao, j'ai l'habitude de rendre visite à Fatime, un peu avant huit heures, avant que le soleil n'embrase le sable24 ». Cette évocation d'une habitude est signe d'un arrêt. Tout cela est possible parce qu'elle voyage seule. Pourtant, cela n'efface pas le sentiment de solitude existentielle de la voyageuse, sentiment qui semble inévitable voire nécessaire à l'écriture : « Je ne regrette pas toutes ces soirées passées à apprivoiser la solitude25 ».

Un voyage littéraire : l'identité en flottement

De fait, il y a d'abord chez la journaliste-écrivaine une fascination pour les livres. Kydryński parlait de « la montagne de livres » qu'elle avait lue avant son premier voyage en Afrique. Le dernier chapitre de Rondo de Gaulle'a, intitulé « River Road26 », constitue un essai de critique littéraire consacré plus précisément aux livres occidentaux sur l'Afrique. Elle y fait une comparaison entre deux livres fondateurs : Le Cœur des ténèbres de Joseph Conrad et La Ferme africaine de Karen Blixen.

Ensuite, Stanisławska souligne que l'Afrique est à bien des égards considérée, dans la vision occidentale, comme une métaphore de l'intériorité humaine, une image de l'âme. C'est ce que les Européens cherchent, d'après elle, dans ce continent : la division entre le clair et l'obscur, le désert qui incite à la mystique et la forêt vierge propice à l'eschatologie, le paradis de la Genèse opposé à l'enfer de l'Apocalypse, la sphère d'élévation chez Blixen en opposition avec la sphère de déchéance chez Conrad. La vision conradienne serait plus proche de Freud, pessimiste, et celle de Blixen reflèterait plutôt Jung, avec son paysage mythique et sa croyance en la capacité d'une âme au bonheur.

Stanisławska constate que Conrad et Blixen évoquent surtout une perte inévitable, thème qui revient régulièrement dans le recueil Rondo de Gaulle'a, lorsque l'auteure explique que toute écriture est associée à une perte, de la même façon que le voyage est une liste d'adieux27. S'attarder si longtemps sur cette représentation occidentale de l'Afrique, c'est y adhérer d'une certaine manière. Mais ce chapitre consacré à la littérature occidentale représentant l'Afrique se conclut par une réflexion sur la littérature africaine. Le titre du chapitre, « River road », est d'ailleurs une référence à celui du roman de l'auteur kenyan Meja Mwangi, Going Down River Road. Voici ce qu'elle écrit au sujet de quelques auteurs africains :

Aujourd'hui Meja Mwangi, Ahmadou Kourouma ou Mongo Beti écrivent des romans [...] dans une langue que parlent les gens, une langue bâtarde, née d'une mère française et d'un père malinké, béti ou lingala. Dans un pidgin anglais-nigérien. Dans une langue trépidante de vie28.

Olga Stanisławska prend en compte également sa langue d'expression, le polonais. Elle s'interroge notamment sur la possibilité de voir, au cours d'un voyage, une chose pour laquelle aucun mot n'existe dans le répertoire de sa propre langue. Ce questionnement n'est pas sans rappeler la thèse de Wittgenstein, pour qui les frontières de notre langue déterminent les frontières de notre monde29. Mais l'écriture de la voyageuse s'inscrit également dans la tradition de Jean Potocki pour qui « la connaissance de "notions" est plus importante que celle de la langue [...] : une culture ne se réduit pas à sa langue30 ».

Quand quelqu'un l'interroge sur ce qu'elle fait dans la vie, Stanisławska répond : « Je voyage. J'écris31 », comme si les deux actions ne traçaient qu'un seul et même chemin : « À présent je coule à travers tout comme une goutte d'eau. Car quelque part loin, au bout de ce chemin, il y a Kinshasa. On me demande de temps en temps qui je suis : je suis en route vers Kinshasa32 ».

Lorsqu'elle voyage pour la première fois avec Kydryński et Meller, ces derniers la renvoient à son identité. Lors de son deuxième voyage, solitaire, elle se retrouve en face des gens qui ne la connaissent pas et n'ont pas nécessairement idée de l'endroit d'où elle vient. La tentation de s'inventer une autre identité est grande et, du point de vue de l'écriture, on pourrait parler d'une tentation de la fiction dans un genre de reportage qui se veut au départ ancré dans le réel. Cet attrait de la fiction fonctionne, comme elle le remarque, dans les deux sens, car les gens qu'elle rencontre peuvent aussi jouer un rôle : « Suis-je la seule personne en face de qui ils puissent être quelqu'un d'autre pour un moment33 ? ».

À Mao, au Niger, la narratrice sort un soir pour assister à la danse des gens du peuple Goran qu'elle décrit de la manière suivante :

Je baissais la tête quand la lumière des torches me balayait de loin. Les hommes : tout d'un coup, j'étais intimidée de leur parler. Les femmes : elles dansaient toutes. Je suis donc restée comme ça, étrangère, non existante, au milieu de ces gens, telle une ombre34.

Ici la voyageuse n'appartient à aucun groupe, ni à celui des femmes, ni à celui des hommes, car elle n'a pas de rôle attribué. Cela la réduit parfois à une forme de non-existence, dans la mesure où c'est par la reconnaissance d'un Autre que l'on peut s'identifier. Ailleurs, ceci est perçu comme un privilège :

Je suis allée à la maison de Sidi, pour une visite de coutume que les femmes rendent à une jeune mère. C'était un privilège : ne rentrer dans aucun des rôles, ne pas être seulement femme ou seulement homme. Admise dans les deux mondes, pouvoir être avec des soldats au désert et avec une jeune mère à son lit d'accouchement35.

Ce « privilège » n'est pas accordé à l'auteure uniquement parce qu'elle est femme, même si c'est l'un des facteurs nécessaires, mais parce qu'elle combine deux identités : celle que lui confère son statut de voyageuse, et celle que lui confère son statut de femme et d'écrivaine. En tant que femme, elle fait partie du monde des femmes, mais elle n'est pas pour autant exclue du monde des hommes, et ce n'est sans doute pas l'affaire du pantalon qu'elle porte36.

Ce questionnement peut également être mis en relation avec l'homogénéité de la société de la Pologne populaire. Stanisławska appartient à une génération de Polonais qui ont grandi dans le contexte d'un pays communiste fermé par le rideau de fer où tout le monde parlait la même langue, avait le même aspect, portait le même uniforme à l'école, pratiquait la même religion. L'expérience de l'Autre était réduite à sa portion congrue mais également interdite par l'idéologie dominante. À l'aune de ces considérations socio-historiques, on peut certainement relire les propos de Stanisławska et comprendre ce qui la frappe tellement dans un des villages peuls qu'elle visite au bord du Niger : « Les gens d'ici et les arrivants se mélangeaient dans un seul monde, le monde d'ici. Multilingue et multiculturel. [...] Les Peuls ont été capables de changer sans cesser d'être soi-même37 ». On pourrait y percevoir comme la nostalgie d'une multiplicité balayée en Pologne par la Seconde Guerre mondiale. Cette sorte de mouvement identitaire qui permet de changer tout en gardant son intégrité, dans une sorte de va-et-vient, marque son écriture, ouverte et à l'écoute de l'Autre.

Politique de rencontres : une certaine écoute de l'Afrique

Dans les textes d'Olga Stanisławska, le mouvement n'est pas qu'un déplacement dans le réel, perçu par un regard, il est associé à l'écoute. Alors que le regard semble être beaucoup plus propice aux clichés, les sons qui arrivent aux oreilles de la voyageuse (y compris celui de la langue étrangère) émeuvent des zones intérieures sans que la compréhension soit nécessaire ou dérangeante dans ce processus. C'est ainsi que la connaissance des « notions » peut suffire à la communication. Les reportages d'Olga Stanisławska témoignent plus d'une écoute de l'Afrique que d'un regard. Elle décrit très peu ce qu'elle a vu, beaucoup plus ce qu'elle a entendu. L'accent est davantage mis sur les échanges avec les gens que sur la description du paysage, ce qui entraîne une écriture à dimension dialogique, et ce, dès l'ouverture de son livre. La première phrase du recueil Rondo de Gaulle'a se réfère à un son : « À cinq heures du matin retentit l'appel à la prière : la prière vaut mieux que le sommeil, clame le muezzin38 ». La voyageuse ouvre son livre sur l'écoute d'un appel, c'est-à-dire sur une attitude d'ouverture au dialogue par l'effacement devant l'Autre. Cet appel qu'elle entend est effectivement un appel au dialogue, du moins si on se tient aux paroles d'un grand écrivain sud-africain qui n'ignore pas que « le vrai dialogue n'est peut-être pas très éloigné de la prière39 ».

Cette attention à l'écoute est également présente dans le texte par le biais de mentions comme : « les gens disent », « on dit », « quelqu'un m'a dit », etc., que l'on retrouve tout au long de ses écrits. À Kinshasa, où elle arrive de Brazaville, le douanier constate en regardant son passeport qu'elle a visité beaucoup de pays africains et lui dit : « Madame a le goût des horreurs40 ». Cette phrase, qui fait écho à celle de Kurtz dans Au cœur des ténèbres de Conrad, fait écho à la décision d'Olga de mettre un terme à un voyage dont elle se rend compte qu'il se transforme peu à peu en « une navigation vers son propre cœur des ténèbres41 ».

L'avant-dernier chapitre, qui correspond au séjour à Kinshasa, est placé sous le signe des références à Conrad. Son titre est d'ailleurs une citation du Cœur des ténèbres : « le démon d'une folie avide ». L'auteure se penche sur le côté obscur du continent africain. Kinshasa, l'« anus de l'Afrique », d'après les termes d'un capitaine de bateau qu'elle rencontre là-bas, est le terme de son voyage. Ici, en passant son temps entre les bars, les bistros et l'hôtel Intercontinental, elle aura entendu profondément « l'ambiguïté des Blancs en Afrique », cet héritage de l'époque coloniale : « Tout comme les complications après une maladie grave, reste cette ambigüité intrinsèque des Blancs en Afrique, suite aux temps coloniaux42 ». Cette ambiguïté est illustrée par la rivalité obsessionnelle entre Américains et Français mais, surtout, par les portraits de quelques personnes qu'elle croise à Kinshasa, à commencer par son guide. Ce dernier est un certain Thierry M. qu'elle a rencontré la première fois au Tchad, à N'Djamena, où ce dernier possède un salon de jeux. La narratrice explique que cet ancien agent des services secrets français a été impliqué dans le trafic d'armes officiellement vendues par la France au Congo mais destinées en réalité à la République sud-africaine pendant la période de l'apartheid, pour intervenir dans le conflit angolais. Selon Thierry M, la France, en tant que république, est une « polyphonie » car tout le monde ne parle pas avec la même voix. Ce qu'elle commente de la manière suivante :

Polyphonie : c'est un bien joli mot. Des structures politiques et industrielles, mi-nationales, mi-privées, qui forment la politique française en Afrique après le démantèlement de la machine coloniale font partie des plus profonds secrets de la république43.

Thierry M. porte à son cou l'un des fameux « diamants de Bokassa » et se vante de connaître des gens qui ont renversé l'ancien Président à la suite de l'opération « Barracuda ». La voyageuse écoute les paroles que Thierry M. échange avec un trieur de diamants en Angola au sujet du risque inhérent à leur travail, de l'excitation que cela provoque et de l'intensité vitale que chacun vient chercher en Afrique : « Tout est plus intense ici sans qu'il y ait les chaînes de la nécessité. L'Afrique reste un monde virtuel qui peut disparaître derrière un hublot d'avion comme disparaît un jeu vidéo de l'ordinateur44 ». Ces hommes qu'elle écoute associent clairement le bonheur trouvé en Afrique à l'absence d'entraves et elle finira par se lasser de les entendre. Elle refuse la virtualité de l'Afrique qui transparaît dans les propos d'un expert militaire américain : « Ne te laisse pas tuer, dit-il, comme si on était dans un film45 ». C'est ici qu'est visible son refus de la fiction.

Toutes ces rencontres confirment la position ambiguë des Blancs en Afrique. Elle écoute attentivement le récit de Thierry M. pour constater tout de même : « Le récit est un privilège de ceux qui ont échoué ». Quant à elle-même, elle met fin à son voyage à Kinshasa : « Peu à peu j'arrivais à la conviction qu'il ne fallait pas dévisager inutilement le cœur des ténèbres, quoi que cela signifie. Je n'ai pas poursuivi ma route sur le fleuve, à l'intérieur du Zaïre. Cela restera pour moi un espace de mystère46 ». Ce pragmatisme n'est nullement dicté par la peur éprouvée au début de son voyage mais résulte plutôt d'une relecture littéraire approfondie ainsi que de l'écoute du continent. Quand l'auteur de Rondo de Gaulle'a se définissait comme quelqu'un « en route vers Kinshasa », elle référait plus à un flottement qu'à un mouvement. Elle devient « femme en mouvement47 » à ce moment précis et actif où elle prend la décision d'arrêter le voyage. S'arrête-t-elle parce qu'un homme comme Thierry M., son guide de Kinshasa, n'a pas su ou pu s'arrêter ? Est-ce parce qu'il a touché aux ténèbres, lui, en devenant ainsi initié à ce savoir dérangeant que la terre africaine semble transmettre : « non de ce qui est bien et de ce qui est mal mais de ce que la frontière entre le bien et le mal n'existe pas48 » ?

Le voyage solitaire d'Olga Stanisławska en Afrique propose la vision du monde d'une jeune femme qui entreprend de parcourir un espace riche de connotations. Ses reportages sont une première lutte libre avec l'écriture qui résulte d'une rencontre, une réflexion nouvelle sur les relations ambiguës, souvent douloureuses, entre l'Europe et l'Afrique, qui tente de trouver le remède à ce niveau premier de toute relation qu'est la personne humaine. On n'oubliera pas que - même si la frontière entre le bien et le mal n'existe peut-être pas - celle entre le remède et le poison se situe dans le dosage.

 


1 Mirosław Żuławski (1913-1995) fut écrivain, diplomate, journaliste, ambassadeur polonais à Dakar entre 1974 et 1977. La citation est extraite du récit de son séjour au Sénégal, Ucieczka do Afryki [Fuite en Afrique], Varsovie, Czytelnik, 1983, p. 20. Citation originale : « W Czarnej Afryce nikt nie jest nigdy sam, nikt nie czuje się nigdy osamotniony. W Czarnej Afryce nie ma starych panien, samotnych wdów i wdowców. Stare i mądre przysłowie Wolof powiada: "lekarstwem dla człowieka jest człowiek" ». Toutes les citations du polonais traduites par A. Garycka-Balmitgère.

2 La notion émergente de reportage littéraire polonais n'a pas de véritable équivalent en français ; en octobre 2015, un colloque pluridisciplinaire et international s'est penché sur ce genre et ses relations au voyage : « La Pologne citoyenne du monde : regards croisés sur les écrivains voyageurs polonais (XIXe-XXIe siècles) », organisé par Anne-Marie Monluçon et Anna Saignes à l'Université Grenoble-Alpes.

3 Pour reprendre les termes de Natalie Heinich dans États de femmes. L'identité féminine dans la fiction occidentale, Paris, Gallimard, 1996.

4 C'est l'une des problématiques que j'ai étudiées dans ma thèse de doctorat L'Afrique vue de Pologne : voyages et images littéraires, soutenue à l'Université de Strasbourg en janvier 2013, 336 p.

5 Comme l'a souligné Ryszard Kapuściński, « dans la tradition polonaise, la façon de traiter cette partie du monde et l'étranger en général se réduisait, à quelques exceptions près, à décrire le destin des Polonais qui s'y sont trouvés ». Ryszard Kapuściński, « Un tour du monde en cinquante ans », Débat, Krzysztof Pomian (dir.), no 120, mai-août 2002, p. 178.

6 Par exemple Wojciech Jagielski, africaniste de formation, auteur parmi d'autres de récits africains Nocni wędrowcy, W.A.B., Varsovie, 2009, et Wypalanie traw, Znak, Cracovie, 2012. Voir aussi la publication d'un autre journaliste de Gazeta Wyborcza, Adam Leszczyński, Naznaczeni. Afryka i AIDS, Trio, Varsovie, 2003.

7 Sur la passion de l'Afrique des journalistes polonais voir Wojciech Jagielski, Trębacz z Tembisy. Droga do Mandeli, Kraków, Znak, 2013. Par ailleurs, les journalistes de cette période sont sous l'influence du modèle de reportage « africain » de Kapuściński et du succès qui l'a accompagné. Voir là-dessus la biographie littéraire de l'écrivain : Beata Nowacka, Zygmunt Ziątek, Ryszard Kapuściński. Biografia pisarza, Znak, Krakόw, 2008 ; ou encore la biographie d'Artur Domosławski, Kapuściński. Le vrai et le plus que vrai, adapté par Jan Krauze, traduit du polonais par Laurence Dyèvre, Éditions des Arènes, Paris, 2011. L'Afrique dans la littérature polonaise de la fin du XXe et du début du XXIe siècle est une « Afrique de Kapuściński », pour reprendre le titre du livre de Ewa Chylak-Wińska, Afryka Kapuścińskiego, Sorus, Poznań, 2007 (ce texte est un mémoire de maîtrise, l'un des très nombreux mémoires que les étudiants polonais consacrent aujourd'hui à la personne et à l'œuvre de l'auteur du Négus).

8 En 1993, Janusz Waluś, un immigrant polonais en Afrique du Sud, assassine Chris Hani, leader de la majorité noire et secrétaire du Parti communiste.

9 Voir Marcin Kydryński, Chwila przed zmierzchem [Un instant avant le crépuscule], Varsovie, Prószyński & Ska, 1995.

10 On peut citer dans cette catégorie plusieurs journalistes ayant voyagé en Afrique à l'époque de la Pologne populaire : Arkady Fiedler (1894-1985), Kazimierz Dziewanowski (1930-1998), Mirosław Azembski (1923-1988), Marian Brandys (1912-1998), Olgierd Budrewicz (1923-2011).

11 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a [Rond-Point de Gaulle], Varsovie, Twój Styl, 2001. Voir la traduction en français d'un extrait : http://viatica.univ-bpclermont.fr/le-corps-du-voyageur/ecritures-de-voyage/rond-point-de-gaulle

12 Marcin Kydryński, Chwila przed zmierzchem, op. cit., p. 41. « Zaproponowałem Oldze wspólną podróż. Była w Warszawie równie nieszczęśliwa jak ja, podobnie nieprzynależna do żadnego środowiska, bez zobowiązań, a z tęsknotą za życiem gdzie indziej. Poświęciła sporo czasu i pracy na profesjonalne przygotowanie się do wyprawy, przeczytała sto tomów, zaopatrzyła się w sprzęt, żyła perspektywą podróży - kiedy na dwa tygodnie przed dniem odlotu, Marcin, surowo przeze mnie zbesztany, wypalił w mojej kuchni trzy paczki papierosów i powiedział: "Jadę". Co mogłem zrobić? Trzeba było wypróbować taką trzyosobową opcję ».

13 Ibid., p. 41. « Dziś myślę, że obaj chcieliśmy sprowadzić Olgę do roli płochego dziewczęcia towarzyszącego w niebezpiecznej wyprawie dwóm słynnym globtroterom. Uważaliśmy tę podróż za naszą wyłączną własność, chronioną prawem autorskim. Tymczasem Olga nie chciała tej roli ».

14 Comme le suggère Nicolas Bourguinat, il est souhaitable de « ne pas se contenter d'une histoire de l'écriture viatique comme système de représentation et comme code de mise en texte, mais au contraire de garder le souci d'analyser les épreuves, les étapes, tout ce qui fait le concret d'un itinéraire parsemé d'observations et de contacts. » ; dans Nicolas Bourguinat (dir.), Le Voyage au féminin. Perspectives historiques et littéraires (XVIIIe - XXe siècles), Presses Universitaires de Strasbourg, 2008, p. 9.

15 Marcin Kydryński, Chwila przed zmierzchem, op. cit., p. 57.

16 Voir Ryszard Kapuściński, Ebène. Aventures africaines, traduit du polonais par Véronique Patte, Paris, Plon, Pocket, 2000.

17 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a, op. cit., p. 6. « Gdy w marcu 1995 roku wysiadałam z samolotu w Casablance, bałam się. »

18 Ibid., p. 12. « Troska o samotną kobietę w podróży to obowiązek mężczyzn. »

19Ibid., p. 17. « Khalifa zaprosił mnie do domu ojca i na ten czas obwołał się niejako moim bratem. Jest troskliwy, ale zawsze dyskretny. »

20Ibid., p. 18. « - Tutaj - mówi jeszcze Hamady - nikt nie jest sam, jak pies. »

21 Ibid., p. 69. « na mnie mówią Toubabou. Biała. To lepsze niż imię - określa nasze miejsce. Starsza siostro, młodsza siostro - słyszę często. Córko - mówi do mnie czasem stary Fulani i wtedy na chwilę czuję się wpisana w rodzinny krąg uprzejmości i wzajemnych zobowiązań. »

22 Ibid., p. 63. « Pirogą po Nigrze płyną właśnie biedacy, tak najtaniej można dostać się na północ Mali. »

23 Marcin Kydryński, Chwila przed zmierzchem, op. cit., p. 41. « łatwość nawiązywania kontaktów z ludźmi i swobodę we władaniu kilkoma językami. »

24 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a, op. cit., p. 93. « Rankiem w Mao zwykle odwiedzam Fatime, tak przed ósmą, zanim słońce rozpali piasek. »

25 Ibid., p. 126. « Nie żałuję tych wieczorów spędzonych na oswajaniu samotności. »

26 Ce chapitre a d'abord été publié dans la revue littéraire Zeszyty Literackie.

27 Olga Stanisławska, Rondo de gaulle'a, op. cit., p. 198.

28Ibid., p. 203. « Dzisiaj Meja Mwangi, Ahmadou Kourouma czy Mongo Beti piszą powieści [...] językiem, jakim mówią ludzie, bękarcim językiem. Zrodzonym z matki francuzczyzny i ojca malinké, beti czy lingala. Nigeryjsko-angielskim pidżynem. Językiem, w którym pulsuje życie. »

29 Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, traduit par G.G. Granger, Paris, Gallimard, 1993.

30 La citation d'après Daniel Beauvois dans l'Avant-propos de Marek Tomaszewski (dir.), Pologne singulière et plurielle, Presses Universitaires de Lille, 1993, p. 8.

31 Olga Stanisławska, Rondo de gaulle'a, op. cit., p. 185. « - Podróżuję. Piszę. »

32 Ibid., p. 126. « Teraz przeciekam przez wszystko jak kropla wody. Bo gdzieś daleko, na końcu tej drogi, jest Kinszasa. Czasami ktoś pyta, kim jestem - jestem w drodze do Kinszasy. »

33 Ibid., p. 10. « I czy nie jestem jedyną osobą, przed którą mogą przez jakiś czas być kimś innym. »

34 Ibid., p. 89. « Pochylałam głowę, gdy omiatał mnie odległy blask latarek. Mężczyźni - nagle wstydziłam się do nich odezwać. Kobiety - wszystkie tańczyły. A więc zostałam tak, obca, nieistniejąca, pośród ludzi, tylko cień. »

35 Ibid., p. 114. « Byłam w domu Sidiego złożyć tę zwyczajową wizytę, jaką kobiety składają młodej matce. To był przywilej - nie mieścić się do końca w żadnej z ról, nie być mężczyzną ani kobietą tylko. Dopuszczona do jednego i drugiego świata siedzieć z żołnierzami w pustyni i z młodą matką w połogu. »

36 On songe à Isabelle Eberhardt pour qui l'adoption de l'habit masculin constituait un privilège pour sortir des limitations de son époque. Voir Merete Stristrup Jensen, « Le travestissement narratif dans les écrits d'Isabelle Eberhardt », dans Voyageuses européennes au XIXe siècle. Identité, genres, codes, Frank Estelmann, Sarga Moussa, Friedrich Wolfzettel (dir.), Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2012, p. 55-69.

37 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a, op. cit., p. 68. « Miejscowi i przybysze mieszali się z sobą w jeden świat, tutejszy. Wielojęzyczny, wielokulturowy. [...] Fulanie potrafili zmieniać się, nie przestając być sobą. »

38 Ibid., p. 5. « O piątej rano rozlega się wezwanie do modlitwy - modlitwa jest lepsza niż sen, woła muezin. »

39 J. M. Coetzee, Arabella Kurtz, La Vérité du récit. Conversations sur le réel et la fiction, préface de Philippe Forest, traduit de l'anglais par Aline Weill, Paris, Albin Michel, 2016.

40 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a, op. cit., p. 169. « Madame lubi potworność... »

41 Ibid., p. 190. « żegluga w stronę własnego jądra ciemności. »

42 Ibid., p. 176. « Niczym powikłania po ciężkiej chorobie, po czasach kolonii pozostała ta organiczna dwuznaczność białych w Afryce. »

43 Ibid., p. 174. « Polifonia - bardzo ładne słowo. Pół państwowe, pół prywatne, polityczno-przemysłowe struktury, które kształtują francuską politykę w Afryce po rozmontowaniu kolonialnej maszynerii, należą do najgłębiej skrywanych sekretów republiki. »

44 Ibid., p. 177. « Wszystko jest tutaj bardziej intensywne - ale nie ma okowów konieczności. Afryka pozostaje światem wirtualnym, który może zniknąć za szybą samolotu niczym gra z ekranu komputera. »

45 Ibid., p. 185. « Nie daj się zabić - powiedział, jakbyśmy byli w jakimś filmie. »

46Ibid., p. 190. « Powoli nabierałam przekonania, że jądru ciemności, cokolwiek to znaczy, nie należy przyglądać się bez potrzeby. Nie popłynęłam dalej rzeką wgłąb Zairu. Pozostanie dla mnie obszarem tajemnicy. »

47 Pour reprendre les termes de Bénédicte Monicat, « Femmes en voyage, elles sont femmes en mouvement », dans Itinéraires de l'écriture au féminin. Voyageuses du 19e siècle, Rodopi, Amsterdam et Atlanta, 1996, p. 3.

48 Olga Stanisławska, Rondo de Gaulle'a, op. cit., p. 183. « nie, co jest dobre, a co złe, ale że granicy między dobrem a złem nie ma. »

Pour citer cet article



Référence électronique
Anna GARYCKA-BALMITGÈRE, « Olga Stanisławska : une femme seule sur les routes d’Afrique, 1995-1996 », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 01/06/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/iii-des-voyageuses-au-carrefour-de-l-afrique-coloniale-et-independante/olga-stanislawska-une-femme-seule-sur-les

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