Gertrude Bell et ses récits de voyage en Syrie (1907) et en Mésopotamie (1911) : un orientalisme ambivalent au début du XXe siècle

Hors-série n°2, juin 2018
New York University Paris, Institut des mondes africains (IMAF)

Gertrude Bell et ses récits de voyage en Syrie (1907) et en Mésopotamie (1911) : un orientalisme ambivalent au début du XXe siècle

 

« [...] il [l'Oriental] est semblable à nous ; la nature humaine ne se transforme pas totalement lorsqu'on passe à l'Est de Suez, et il n'est pas impossible d'avoir des relations d'amitié et de sympathie avec les habitants de ces régions. D'un certain point de vue, cela est même plus facile qu'en Europe. On trouvera en Orient des habitudes plus libres de chaînes artificielles dans les rapports humains, et une tolérance plus large, issue d'une plus grande diversité. » G. Bell, The Desert and the Sown1
 
 « L'Occident saurait conquérir mais il serait incapable de rester maître de l'Orient. »
G. Bell, Amurath to Amurath2

 

Les guerres récentes en Irak avec l'occupation, puis la retraite des forces américaines, ont contribué à un certain renouveau d'intérêt pour Gertrude Bell, notamment dans le monde anglo-saxon, en raison du rôle important qu'elle a joué dans la géopolitique et la création de l'Irak moderne, suite à la première occupation britannique (1914-1918)3. Le débat continue d'ailleurs sur le legs de Bell à l'histoire irakienne4. Cependant, il ne faut pas oublier qu'avant d'arriver à Bagdad, à l'âge de 48 ans, où elle va occuper un poste clé comme secrétaire des affaires orientales sous le mandat britannique, elle avait déjà publié de nombreux ouvrages et articles sur ses voyages en Orient et sur ses découvertes archéologiques5. À ce corpus nous pouvons ajouter la traduction d'une sélection du Divan du célèbre poète persan Hafez (une traduction encore saluée par la critique aujourd'hui), et enfin, l'une des correspondances marquantes de la première moitié du XXe siècle, composée surtout de lettres privées adressées à son père avec qui elle maintient une relation privilégiée tout au long de sa vie6. Or, il est assez étonnant, comme le signale Nancy Workman dans un article sur la traduction de Hafez publiée par Bell, que si la vie de cette orientaliste hors du commun est bien connue, ses écrits ont bénéficié de moins d'attention de la part de la critique7.

Ainsi, nous proposons de nous pencher sur deux récits de voyage publiés par Bell sur ses périples dans l'Empire ottoman en pleine ébullition voire en désagrégation pendant la première décennie du XXe siècle8. Il s'agit d'abord de Syria: The Desert and the Sown (Le Désert et les Semailles), publié en 19079. C'est son livre le plus connu, et aussi le plus lisible, qui raconte un voyage effectué en 1905 de Jérusalem à Antioche, avec une étape importante dans le nord-ouest de la Syrie où elle explore les vestiges des villages antiques (byzantins). Le second, Amurath to Amurath, publié en 1911, est le récit de son périple de cinq mois en Mésopotamie et dans le sud de l'Asie Mineure au début de 1909, peu après la révolution des Jeunes-Turcs10. Ce livre, qui comporte d'abondantes références historiques et archéologiques en notes de bas de page, et associe lectures bibliques, anecdotes, descriptions de paysages, aspects matériels du voyage et considérations politiques, est plus complexe et difficile à aborder. Bell y juxtapose le récit de son voyage avec la lecture des historiens grecs, notamment l'Anabase de Xénophon, mais aussi avec l'histoire des civilisations et empires successifs de la Mésopotamie à travers ses ruines et monuments. Le point fort du voyage pour Bell se situe lorsqu'elle pense être le premier européen à « découvrir » le palais-forteresse abbasside d'Ukhaidir, en plein désert, près de Kerbela11.

Notre propos s'inscrit dans les débats, toujours actuels, ouverts par Edward Said dans L'Orientalisme en 197812. De nombreuses critiques ont notamment souligné l'absence de la dimension du genre dans sa théorisation d'une représentation par l'Occident d'un Orient inférieur et arriéré afin de mieux le dominer, justifiant ainsi l'impérialisme et le colonialisme et leurs avatars contemporains. Des recherches sur les écritures de voyageuses en Orient (notamment du XIXe et du début du XXe siècles) ont montré la relation souvent complexe aux discours dominants, à travers une diversité des positionnements, des motivations et des pratiques de l'écriture13. Mettre en lumière et donner plus de visibilité à ces écritures des femmes, à leurs trajectoires ainsi qu'à leurs œuvres, en les envisageant en relation les unes avec les autres et en les replaçant dans leur contexte, nous donne une meilleure idée de la complexité des représentations des rapports entre l'Occident et l'Orient14. Ainsi, nous proposons de nous pencher sur ses récits de voyage, afin de comprendre que certains éléments permettent d'infirmer l'idée d'une idéologie ou discours orientaliste au sens strictement saidien du terme. Ces ouvrages ayant été rédigés dans l'élan de l'apogée de l'Empire britannique, il ne s'agit pas de nier les aspects impérialistes qui s'y trouvent, mais de souligner l'originalité et la complexité d'une œuvre non exempte d'ambivalences et de contradictions.

Quelques repères biographiques

Gertrude Lowthian Bell (1868-1926) est née dans une famille très fortunée d'industriels du Yorkshire dans le nord de l'Angleterre. Enfant douée, elle fait des études à Queen's College à Londres avant de poursuivre son éducation à Oxford où elle est la première femme à obtenir un « First » (mention très honorable) en histoire moderne en 188815. Grâce à ses relations familiales et à sa fortune, pendant une quinzaine d'années, elle entreprend des voyages en Europe, en Perse et en Palestine où elle fréquente les ambassades et s'initie aux langues persane et arabe. Elle devient par ailleurs une alpiniste de renom et effectue deux voyages autour du monde. Il semblerait que suite à une rencontre décisive avec le célèbre orientaliste, Salomon Reinach, à Paris vers 1904, avec qui elle étudie de façon informelle, l'énergie et l'intérêt de Bell se soient focalisés sur l'archéologie et le monde arabe. Elle fraie son chemin à travers des univers surtout masculins. Elle voyage « seule » (toujours accompagnée par ses domestiques et guides locaux) en Syrie, en Mésopotamie et en Asie Mineure avant d'effectuer son plus grand voyage d'exploration en Arabie centrale à la veille de la Première Guerre mondiale16. En raison de sa réputation de spécialiste du monde arabe, Bell est recrutée par David Hogarth au Bureau Arabe du Caire (en même temps que T. E. Lawrence), comme la première femme officier, « Major Miss Bell », dans ce bureau de renseignement militaire. Après l'invasion britannique de la Mésopotamie, elle est nommée secrétaire des affaires orientales auprès du Haut-Commissaire britannique à Bagdad. Les dix dernières années de sa vie sont consacrées à la création du nouvel État-nation arabe sous mandat britannique17. Elle participe notamment à la fondation du Musée national archéologique, avant de mourir à Bagdad en 1926 à l'âge de 58 ans, suite à une overdose de somnifères.

Les critiques de Bell

Les critiques les plus connus ont pour la plupart classé Gertrude Bell dans la catégorie des impérialistes inconditionnels. Elle est la seule orientaliste évoquée par Edward Said (à part quelques références lapidaires à Lady Hester Stanhope) qui la situe comme appartenant à ces spécialistes du monde arabe recrutés par le Bureau Arabe. Ainsi, chaque fois que Said mentionne Bell (sept fois sur huit), elle figure dans une constellation d'orientalistes-et-agents de l'Empire, à l'instar de David Hogarth, Lawrence ou St John Philby (pour ne parler que des plus connus). Said cite directement Bell à deux reprises, d'abord un extrait de The Desert and the Sown, ensuite une lettre écrite à Damas par Bell pendant ce même voyage, en faisant une lecture qui conforte sa thèse18. Il accuse notamment Bell d'essentialisme en lui reprochant d'évoquer des types, et non des individus (l'Oriental, l'Arabe). Or, il suffit de comparer les citations choisies par Said avec les textes originaux pour constater qu'il les cite hors contexte, tantôt en rajoutant une phrase entre parenthèses pour infléchir le sens de l'extrait du livre, tantôt en supprimant des nuances importantes19.

Le passage cité du livre pour illustrer le primitivisme de l'orientalisme chez Bell s'intègre en effet à une scène qui sert de vraie leçon ethnographique détaillée sur les règles de razzia dans le désert, les querelles tribales et les différentes ethnies, grâce au guide-informateur de Bell, Gablan Ibn Hamud Ad Da'ja. Ensuite, si Bell évoque dans sa correspondance le succès supposé du protectorat anglais en Égypte comme modèle d'intervention souhaité par certains Syriens, cela serait, comme elle le précise, en raison d'une plus grande liberté d'expression au Caire que sous le régime ottoman en Syrie20. Ce sont des rencontres à Damas avec des individus impliqués dans l'avenir politique du pays et des conversations politiques chez des notables, des savants et des grands marchands qui ont une influence sur ses observations21. La lecture tronquée de Said dissimule en réalité non seulement les nuances et les efforts de « dégénéralisation » dont fait preuve Bell, mais également les tentatives de l'écrivaine pour montrer des ressemblances entre les deux civilisations22.

Billie Melman, dans son ouvrage pionnier sur les voyageuses anglo-saxonnes en Orient, exclut Bell de son analyse, préférant privilégier les voix des voyageuses moins connues23. Néanmoins, on ressent de sa part une certaine réticence à aborder une femme qui fonctionne essentiellement dans une tradition masculine de l'Empire « imitant les idées et les comportements des hommes » et qui « par-dessus le marché » est contre le vote des femmes24. Ainsi Melman nie tout agency à Bell et la possibilité d'analyser les complexités qui se trouvent dans ses textes. Julia Emberley pour sa part fait une lecture strictement impérialiste de ses récits de voyage non sans, il nous semble, quelques graves erreurs d'interprétation (notamment au sujet du désir de Bell de voir la Mésopotamie recolonisée par des chrétiens)25. On s'associera plutôt à une vague de jeunes chercheures qui souhaitent démontrer la possibilité d'une lecture plus nuancée de l'orientalisme chez Bell26.

Résistances aux discours orientalistes

L'interprétation faite par Said, Melman et Emberley peut nous servir de tremplin pour envisager certaines ambivalences dans les textes de Bell qui révèlent des résistances aux discours orientalistes. Certes, une rhétorique d'empire traverse ses récits de voyage27. On trouve des généralisations dans ses textes ainsi que les stéréotypes ambiants de l'époque : elle compare par exemple l'Orient à un enfant dans Desert and the Sown tandis que Amurath débute par une adresse à son ami Lord Cromer, impérialiste par excellence28.

Cependant, ces récits de voyage hybrides où se mélangent ethnographie, histoire, archéologie, géographie et politique proposent également des lectures originales qui rompent avec les discours orientalistes traditionnels. Dans la préface de Desert and the Sown, Bell précise sa motivation d'écrire, non pas vraiment un récit de voyage, mais plutôt un compte rendu des rencontres avec les populations et de leur perception du monde dans lequel ils vivent, à travers leurs propres paroles. Bell pouvait réaliser un tel projet grâce à sa connaissance de la langue arabe, sa grande curiosité et sa capacité à établir des liens amicaux, dans toutes les catégories sociales. Dans la préface de Amurath, elle déclare vouloir noter la vie quotidienne et les paroles des sujets de l'Empire ottoman, entrant ainsi en rupture, grâce à des notations de terrain, avec les récits de voyageurs et/ou d'archéologues contemporains. Cette dimension humaine, voire humaniste, de ses livres sera relevée par la réception critique de l'époque29. Ainsi dans un compte rendu pour The Geographical Journal, le critique note que The Desert and the Sown plaira surtout pour ses aspects humains (et archéologiques), grâce aux capacités linguistiques de Bell qui la différencie des autres voyageurs30. Hogarth observera quelques années plus tard dans le même journal que les rencontres et conversations de Bell avec des hommes appartenant à tous les milieux lui ont permis de recueillir plus de matériel original que tout autre auteur actuel31. Cette écoute, qui permet à Bell de laisser s'exprimer dans ses récits de voyage divers points de vue, y compris ceux qui s'opposent à l'impérialisme européen (quand elle accorde par exemple la parole au prince druze Shekib Arslan à Damas32), sera également présente dans ses Rapports officiels pour le gouvernement britannique lorsqu'elle soutiendra l'auto-détermination de l'Irak33.

Les récits de Bell, qui sont de véritables documents socio-politiques, cherchent à montrer la complexité de la situation sur le terrain où cohabitent différentes religions et ethnies et où le concept de nation à l'européenne n'existe pas. On pourrait envisager le texte de Bell comme un travail de dégénéralisation pour son lectorat anglais. Ainsi, dans The Desert and the Sown, elle explique l'hétérogénéité de l'Empire ottoman : « Nous, en Europe, qui parlons de la Turquie comme s'il s'agissait d'un royaume homogène, pourrions tout aussi bien, lorsqu'il est question de l'Angleterre, concevoir le terme comme incluant l'Inde, les États Shan de Birmanie, Hong-Kong et l'Ouganda34 ». Cet effort va se poursuivre dans Amurath où Bell analyse la mosaïque d'ethnies et de religions en Mésopotamie et en Anatolie à travers ses rencontres avec des individus (par exemple des Shi'ites, Sunnites, Juifs, Arméniens, Yézidis, Kurdes) avec notamment ses précisions sur les nombreuses minorités chrétiennes moins connues (Nestoriens, Chaldéens, Jacobites, etc.)35.

On constate également une conscience du relativisme culturel chez Bell. Ceci s'exprime dès la préface du Desert and the Sown où elle reconnaît que la société syrienne obéit à ses propres lois. Un homme pourrait par exemple circuler voilé jusqu'aux yeux sans attirer l'attention. Par contre, une femme européenne qui ne pourrait jamais, selon elle, se déguiser effectivement, doit adhérer aux codes vestimentaires de son pays : « Le fait qu'on sache qu'elle vient d'une famille éminente et honorée, dont les coutumes sont inviolables, est son meilleur titre à la considération36 ». Ainsi Bell, qui n'est ni une Jane Dieulafoy ni une Isabelle Eberhardt, conserve toujours les codes vestimentaires féminins occidentaux, mais adopte une coiffe bédouine et un costume plus androgyne et plus pratique, une jupe-culotte, pendant ses voyages dans le désert37. Une fois à Bagdad, sa correspondance avec sa famille passe des questions sur la politique intérieure contemporaine aux commandes des derniers chapeaux et robes parisiens. Comme l'explique Monica Andersen, ces stratégies vestimentaires permettaient à Bell de voyager librement en dehors des frontières et des rôles traditionnels et d'avoir accès aux espaces normalement réservés aux hommes, qu'il s'agisse de la tente du désert où elle est reçue comme un homme « honoraire » ou plus tard, des bureaux de Bagdad où la performance de féminité respectant les hiérarchies sociales facilite l'appropriation d'un nouveau pouvoir38.

Si Bell exprime sa satisfaction d'être reçue comme « a Person » (avec une majuscule, comme elle le répète dans sa correspondance, c'est-à-dire comme quelqu'un d'important), elle décrit en détail son accueil chez des sheikhs, des savants ou des administrateurs officiels (révélant une solidarité de classe transculturelle), et elle ne néglige pas ses rencontres et ses échanges avec des gens d'origine plus humble. Ses guides et les membres d'équipe de ses caravanes ont une place privilégiée dans ses récits. Ceci peut mener à des occasions où l'Européenne apprend des leçons de l'autre, comme lorsque Mikhail, son cuisinier, l'un des personnages principaux dans The Desert and the Sown, lui explique que l'hospitalité dont elle a bénéficié chez un notable syrien était le résultat de l'exploitation des paysans39. Tout était saisi chez eux sans rémunération40. L'hôte « généreux », poursuit Mikhail, espérait un mot favorable de la part de Bell auprès des autorités à Constantinople. Ainsi explique-t-il les vraies motivations de l'hospitalité que Bell, comme d'autres, a tendance à idéaliser. C'est encore Mikhail qui provoque un sentiment de culpabilité chez Bell après un festin chez un Agha près d'Antioche, un chef féodal à la réputation avérée de scélérat. Mikhail avait refusé de manger le pain du voyou et Bell, (rassasiée), exprime un sentiment de honte devant son propre manque de scrupules41. On assiste ainsi à un renversement temporaire des hiérarchies.

À côté de cette volonté de laisser s'exprimer l'autre, même si l'on sait que cette représentation reste problématique42, on constate également la volonté chez Bell de prendre en compte les références culturelles de l'autre43. Ceci s'exprime par des citations de poésies souvent pré-islamiques insérées dans son texte, à l'instar des épigraphes des poètes Ta'abata Sharran et Labid ibn Rabi'ah, en arabe suivies de leur traduction anglaise, mais aussi par l'utilisation systématique des mots ou des expressions locales en arabe dialectal, et enfin, surtout dans Amurath, par le recours aux historiens et géographes arabes comme références aux côtés des sources européennes. Bell cite par exemple Ibn Battuta, Ibn Jubeir et Yakut, dans des éditions établies par l'orientaliste hollandais Jan de Goeje, c'est-à-dire dans les textes originaux en arabe44. Ainsi elle fait connaître le savoir scientifique arabe à un public plus large. Pour raconter l'histoire de la conquête musulmane de Ctésiphon, elle fait appel à une version abrégée du grand historien arabe Tabari45. Bell établit par ailleurs un dialogue permanent, à travers ses abondantes notes en bas de page et dans le cœur de ses textes, avec les autres archéologues, savants, et voyageurs européens ou arabes46.

Elle valorise aussi le patrimoine culturel en Syrie et en Mésopotamie en décrivant les nombreuses ruines archéologiques (devenues « patrimoine mondial » aujourd'hui) pour ses lecteurs, souvent dans des termes dithyrambiques : la voûte gigantesque de Ctésiphon serait l'« une des créations les plus prodigieuses de tous les temps » ; « de toutes les expériences merveilleuses que j'ai eues, la première vue de Kheidir [le palais abbasside Ukhaidir] est la plus mémorable47 ». Ces propos sont complétés par de nombreuses photographies48. Les techniques des architectes sont mises en valeur lorsqu'elle visite par exemple des ruines à Bagdad où elle observe que « la maîtrise des problèmes structurels présentés par les architectes de l'Islam au XIIIe siècle est tout simplement inouïe49 ». Elle y admire la maçonnerie en brique et les prouesses réalisées par le système de voûtes. Or, il faut rappeler que l'une des motivations de ses recherches archéologiques est de montrer les liens architecturaux entre civilisations, notamment l'influence de l'architecture orientale (byzantine) comme source d'inspiration pour l'architecture romane en Europe au cours du Moyen-Âge50. Ainsi Bell œuvre en faveur d'une histoire mondiale de l'architecture.

Enfin, on pourrait constater par ailleurs une volonté chez Bell de « situer son savoir51 » dans ses écrits, et ceci depuis sa traduction du poète Hafez en 1897, où elle explique la difficulté pour un Européen de saisir la sagesse du poète sufi. Dans la préface de The Desert and the Sown, elle signale d'emblée qu'il vaudrait mieux que les Syriens racontent leur propre histoire car leur savoir provient de réseaux d'information et de normes de comparaison différents de ceux des Européens. Elle nuance et relativise ses propos lorsqu'elle préconise une influence britannique en Syrie, en reconnaissant elle-même que son avis est celui d'une Anglaise :

Je ne crois pas qu'un quelconque gouvernement puisse donner satisfaction à tous ; de fait, peu d'entre eux atteignent ce but, même dans des pays plus unis. Étant Anglaise, je suis convaincue que nous sommes le peuple le plus capable de prendre la Syrie en mains avec un plus grand espoir de succès que ce à quoi pourrait prétendre un Sultan modérément raisonnable52.

Au début d'Amurath, dès qu'elle arrive à Beyrouth, elle fait un effort pour « jeter des formules européennes et chercher le sens donné en Asie aux grands mots d'ordre de révolution53 ». Les mots de « fraternité » et d'« égalité » seront, selon Bell, des mots dangereux à disperser à travers un empire composé de plusieurs nationalités et contrôlé par une ethnie et une religion dominantes.

Conclusion

Il nous apparaît ainsi que les récits de Bell pourraient s'inscrire dans une tentative de dialogue interculturel. Loin d'avoir « peur » de l'Orient ou de le « détester » comme le dit Edward Said54, Gertrude Bell, par ses voyages et ses rencontres, cherche à mieux connaître son patrimoine, son histoire, ses réactions aux basculements politiques et à mieux les faire connaître à ses lecteurs occidentaux. Pour une femme qui a subi les contraintes de son genre (son diplôme honoraire ne débouchait sur aucune profession) et de sa classe sociale chez elle en Angleterre (elle ne pouvait par exemple jamais sortir sans chaperon), le voyage a représenté une émancipation des conventions sociales. Par l'écriture et la publication, elle a eu la possibilité d'exprimer et de légitimer ses connaissances et de se faire une place respectée dans le réseau scientifique d'orientalistes européens et américains. Le caractère hybride de ses récits de voyage semble le reflet de son auteure, une pionnière en train de se forger un espace et de se construire en dehors des codes genrés traditionnels55. Prendre en compte les résistances aux discours orientalistes dans les récits de Bell nous permet de mieux saisir le positionnement complexe d'une femme qui fut en avance sur son époque, en même temps qu'elle resta imprégnée de certaines mentalités et mœurs de son temps. Son orientalisme ambivalent est le résultat de la rencontre entre d'une part son goût pour l'aventure, sa grande passion pour le savoir, ses affinités pour le monde arabe, son patrimoine, son histoire, sa langue et ses populations, et d'autre part une situation impérialiste qui s'installe de plus en plus durablement au Moyen Orient, et à laquelle elle participa pleinement, for better or worse, à partir de 1916.

 

1 Gertrude Bell, The Desert and the Sown (1907), édité par Sarah Graham-Brown, London, Virago Press, 1985, « Préface », p. ii. Pour la traduction française voir : En Syrie, Le désert et la vie, trad. Denis Griesmar, Paris, Bartillat, 2017, p. 14.

2 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, London, W. Heinemann, 1911, p. 228.

3 Voir par exemple la biographie de Liora Lukitz, A Quest in the Middle East: Gertrude Bell and the Making of Modern Iraq, London, I.B. Tauris, 2006. Sur l'histoire problématique de la création de l'État-nation irakien, voir la somme importante de Pierre-Jean Luizard, Comment est né l'Irak moderne, Paris, CNRS Éditions, 2009. Luizard fait une comparaison des deux occupations dans son avant-propos, ibid., p. 5-18.

4 Comme l'a démontré un premier colloque consacré à Bell au British Academy à Londres, organisé par le British Institute for the Study of Iraq (Gertrude Bell Memorial) en septembre 2013 : Gertrude Bell and Iraq. A Life and Legacy, Paul Collins et Charles Tripp (dir.), Proceedings of the British Academy, vol. 205, Oxford University Press, 2017.

5 De nombreuses biographies de Bell existent. Voir par exemple H.V.F. Winstone, Gertrude Bell, London, Jonathan Cape, 1978, rééd. 1993, nouv. éd. 2004, Elizabeth Bourgoyne, Gertrude Bell From Her Personal Papers, 2 vol. (1889-1914 et 1914-1926), London, Ernest Benn, 1958 et 1961. Sur les contributions auparavant méconnues de Bell à la discipline scientifique de l'archéologie, voir Julia M. Asher-Greve, « Gertrude L. Bell », dans Breaking Ground, Pioneering Women Archaeologists, Getzel M. Cohen and Martha Sharp Joukowsky (dir.), Ann Arbor, University of Michigan Press, 2006, p. 142-197, et surtout la monographie récente de Lisa Cooper, In Search of Kings and Conquerors, Gertrude Bell and the Archaeology of the Middle East, London, I.B. Tauris, 2016.

6 Poems from the Divan of Hafez, traduction, notes et notice historique de Gertrude Lowthian Bell, London, W. Heinemann, 1897, 151 p. avec de nombreuses rééditions récentes. Pour la correspondance de Bell, voir la sélection publiée par sa belle-mère Florence Bell : The Letters of Gertrude Bell, London, Ernest Benn, 1927, 2 vol., réed. Penguin Books, avec une introduction de Jan Morris, 1987.

7 Nancy Workman, « Gertrude Bell and the Poetics of Translation: The Divan of Hafez », English Literature in Translation, 1880-1920, vol. 53, no 2, 2010, p. 182-203.

8 Rappelons que d'autres voyageuses britanniques l'ont précédée dans ces régions à l'instar de Hester Stanhope, Jane Digby, Isabel Burton ou Anne Blunt pour ne citer que les plus célèbres. Voir par exemple Billie Melman, Women's Orients, English Women and the Middle East, 1718-1918, Sexuality, Religion and Work, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1995. Des courtes biographies se trouvent dans l'appendice A, p. 318-335. Dea Birkett s'intéresse surtout aux exploratrices célibataires dans son ouvrage classique Spinsters Abroad, Victorian Lady Explorers, New York, Barnes and Noble, 1989.

9 L'ouvrage original a été édité à Londres en 1907 sous le titre Syria: The Desert and the Sown (éditions W. Heinemann). Il est illustré de plus de 150 photographies. Nos références renvoient à la réédition de 1985, The Desert and the Sown, op. cit.

10 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, op. cit. L'ouvrage est illustré de plus de 200 photographies.

11 Sur le chemin de retour en Angleterre, un diplomate français à Constantinople lui apprend qu'un certain Louis Massignon avait déjà visité le site dans le cadre d'une mission scientifique et publié ses travaux (qui se révèleront incomplets et inexacts). Nullement découragée, et suite à un deuxième voyage à Ukhaidir en 1911, Bell publie en 1914 une monographie importante, son magnum opus en archéologie : G.L. Bell, Palace and Mosque at Ukhaidir: A Study in Early Mohammadan Architecture, Oxford, Clarendon Press, 1914. Sur les spécificités du travail de Bell, qui cherche notamment à expliquer le site par rapport à l'histoire de l'archéologie et aussi à le situer par rapport aux développements culturels, religieux et politiques historiques, voir Lisa Cooper, In Search of Kings and Conquerors, op. cit., chapitre 3 « Ukhaidir - Desert Splendour », p. 76-116.

12 Edward Said, Orientalism, London, Routledge, 1978. Pour situer l'œuvre de Saïd, voir Valerie Kennedy, Edward Said: A Critical Introduction, Cambridge, Polity Press, 2000. Les publications, colloques, séminaires sur et/ou autour de Said et son œuvre pourraient constituer une discipline en soi. Voir la bibliographie importante (65 pages) à la fin de l'ouvrage de Daniel M. Varisco, Reading Orientalism: Said and the Unsaid, Seattle, University of Washington, 2007. Pour quelques contributions récentes qui cherchent à refonder et/ou à aller au-déla du débat voir : François Pouillon et Jean-Claude Vatin (dir.), Après l'orientalisme, L'Orient créé par l'Orient, Paris, Karthala, 2011 ; et Ziad Elmarsafy, Anna Bernard, et David Attwell (éds.), Debating Orientalism, Hamspshire, Palgrave McMillan, 2013.

13 Sur le « gender blindness » de Said voir Kennedy, Edward Said, op. cit, « Gender in Orientalism: a neglected factor », p. 37-46. Sur les écritures des voyageuses voir par exemple Sara Mills, Discourses of Difference, An Analysis of Women's Travel Writing and Colonialism, London/New York, Routledge, 1991 ; Billie Melman, Women's Orients, English Women and the Middle East, 1718-1918, op. cit. ; Bénédicte Monicat, Itinéraires de l'écriture au féminin, voyageuses du 19e siècle, Amsterdam/Atlanta GA, Rodopi, 1996 ; Reina Lewis, Rethinking Orientalism, Race, Femininity and Representation, London/New York, Routledge, 1996 ; Renée Champion, Représentations des femmes dans les récits de voyageuses d'expression française en Orient au XIXe siècle (1848-1911), Thèse inédite, Univ. de Paris VII, 2002.

14 Rappelons que Gertrude Bell est l'auteure d'une production considérable, composée de récits de voyage, de traductions, d'études archéologiques, d'une importante correspondance, de rapports officiels, de fiches ethnographiques (notamment sur les tribus en Mésopotamie) et de plus de six mille photographies. Les prendre en considération permettrait d'approfondir les analyses au sujet de son orientalisme.

15 Il s'agissait d'un diplôme plutôt honorifique. Oxford n'accorda de diplôme équivalent aux diplômes accordés aux hommes qu'en 1920 (et Cambridge pas avant 1948).

16 Les deux journaux écrits en parallèle pendant cette expédition, dont un destiné à Major « Dick » Doughty-Wylie, le neveu du célèbre explorateur Charles Doughty, ont été publiés en 2000 : Gertrude Bell: The Arabian Diaries, 1913-1914, Rosemary O'Brien (éd.), Syracuse University Press, 2000. L'amour impossible de Bell pour cet homme marié qui fut tué à la bataille des Dardanelles en 1915 reste la grande tragédie de sa vie.

17 Sur les stratégies employées par Bell pour réussir dans « le monde masculin » de la diplomatie et des hautes sphères politiques, voir la contribution de Helen Berry, « Gertrude Bell, pioneer, anti-suffragist, feminist icon? », dans Gertrude Bell and Iraq, op. cit., p. 127-154.

18 Edward Said, Orientalism, op. cit., p. 229.

19 La citation de Desert and the Sown se trouve à la p. 66, non à la p. 244 comme l'indique Saïd.

20 Lettre de Gertrude Bell à Florence Bell, voir Elizabeth Bourgoyne, Gertrude Bell From Her Personal Papers, op. cit. (vol. 1), p. 240.

21 Voir le chapitre VII de Desert and the Sown, op. cit. Bell rencontre notamment le Sheikh Tahir el Jazairi, un grand réformateur et l'un des fondateurs de la Nahda syrienne qui était en défaveur auprès des autorités ottomanes et qui s'exila ensuite au Caire.

22 Par exemple lorsqu'elle compare un bédouin ayant tout perdu dans une razzia avec un joueur à la bourse de Londres (Desert and the Sown, op. cit., p. 65) ou, plus loin dans son récit, lorsqu'elle assiste à une récitation de poésie dans une fortification des croisades qu'elle compare à un salon londonien (ibid., p. 208-209). Signalons également la scène remarquable où Bell s'identifie aux Druzes lorsqu'elle assiste à une cérémonie de guerriers avant un raid. Dans l'euphorie du moment, elle redescend la colline avec les guerriers en courant et se tenant par les mains, avant de retrouver sa tente et de redevenir « une Européenne » (ibid., p. 92).

23 Billie Melman, Women's Orients, English Women and the Middle East, 1718-1918, op. cit.

24 Il s'agit en effet de l'un des nombreux paradoxes du parcours de Bell, qui fut membre de la Ligue féminine contre le droit de vote.

25 Julia V. Emberley, « Gertrude Bell in Mesopotamia », dans Writing, Travel and Empire, Peter Hulme and Russell McDougall (dir.), London, I.B. Tauris, 2007, p. 127-145.

26 Carrieanne Simonini Deloach, « Exploring Transient Identities: Deconstructing Depictions of Gender and Imperialist Ideology in the Oriental Travel Narratives of English Women, 1831-1915 », M.A. Thesis, Univ. of Central Fla., 2006 ; Andréa Elizabeth Schnell, « Gertrude Bell: An Orientalist in Context », M.A. Thesis, McGill Univ., 2008 ; Lynn Sawyer, « Orientalism and Three British Dames: De-essentialization of the Other in the Work of Gertrude Bell, Freya Stark and E.S. Drower », M.A. Thesis, Lynchburg, Liberty Univ., 2012.

27 David Spurr, The Rhetoric of Empire: Colonial Discourse in Journalism, Travel Writing, and Imperial Administration, Durham & London, Duke University Press, 1993.

28 Voir notamment Emberley, « Gertrude Bell in Mesopotamia », art. cit. Cromer fut le consul-général de l'Égypte suite à l'occupation britannique, de 1883 à 1907.

29 Voir les comptes rendus dans The Geographical Journal, D.W.F. « Syrian Sketches », vol. 29, no 4, Apr. 1907, p. 445-446 et D.G.H. (Hogarth), « Syria, Mesopotamia, and Asia Minor », vol. 37, no 4, Apr. 1911, p. 435. Et en français le compte rendu d'Amurath par H. Viollet, Revue Archéologique, t. 17 (4e s.), 1911-1, p. 367-368. On pourrait consulter également les réactions de la presse générale citées par Janet Wallach, La Reine du Désert, Vie de Gertrude Bell (1996). Tr. de l'anglais par C. Cantoni-Fort, N. Castin et M-L Colas, Paris, Bayard Éditions, 1997, p. 120-121 ; un journaliste du London Times Literary Supplement explique que Bell sait s'ouvrir aux autres parce qu'elle est une femme : « Les femmes font peut-être les meilleurs voyageurs [...]. Elles sont plus immédiatement tournées vers autrui, et entrent en contact plus aisément avec les étrangers ».

30 D.W.F., « Syrian Sketches », art. cit.

31 Hogarth, « Syria, Mesopotamia, and Asia Minor », art. cit. Les récits de voyage en Syrie de Hogarth, archéologue-épigraphiste, évoquent surtout ce qu'il nomme « the lust of loot », sa recherche des inscriptions et objets hittites et assyriens. Les négociations avec les paysans se font à travers son drogman syrien : voir par exemple son Accidents of an Antiquary's Life, London, Macmillan, 1910, le ch. VIII « The Sajur », p. 160-176.

32 Gertrude Bell, G. The Desert and the Sown, op. cit., p. 152.

33 Voir son entretien avec le Naquib de Bagdad dans l'appendice III, « Self-Determination in Mesopotamia », February 1919, dans Arnold T. Wilson, Mesopotamia 1917-1920: A Clash of Loyalties, Oxford University Press, 1931, p. 330-341 ainsi que ses entretiens avec des nationalistes irakiens dans son rapport « Syria in October 1919 », British Library, IOR/L/PS/11/165, P 8253/1919, 15 nov. 1919.

34 Gertrude Bell, En Syrie, le désert et la vie, op. cit., p. 107.

35 Cependant, comme le souligne Pierre-Jean Luizard, il ne faut pas occulter le fait que les musulmans représentaient l'immense majorité, plus de 90 %, de la population irakienne à la fin de l'époque ottomane, dont les Chiites (Arabes, Persans, Turkmènes et Kurdes confondus) étaient les plus nombreux ; et 74% de la population était arabe, Comment est né l'Irak moderne, op. cit., p. 45-46.

36 Gertrude Bell, En Syrie, le désert et la vie, op. cit., préface, p. 15.

37 Jane Dieulafoy, l'une des premières femmes archéologues, accompagnait son mari lors des fouilles à Suse, en Perse, habillée en homme occidental, tenue qu'elle garde une fois de retour en France. Quant à la célèbre Isabelle Eberhardt, convertie à l'Islam, elle a adopté un nom masculin ainsi que le costume d'un homme algérien.

38 Voir les analyses de Monica Andersen dans Women and the Politics of Travel, 1870-1914, Madison, Fairleigh Dickinson Univ. Press, 2006, p. 217-219.

39 Mikhaïl était recommandé à Bell par son compatriote Mark Sykes (surtout connu aujourd'hui pour sa participation aux Accords Sykes-Picot) et rival sur le terrain. Malgré son assistance pour trouver un cuisinier, selon Sykes Bell n'était qu'« une phraseuse bavarde et sotte, un moulin à paroles prétentieux, une hermaphrodite plate comme une planche, qui se promenait sur la planète en débitant des balivernes et en tortillant du croupion » (a « silly chattering windbag of conceited, gushing, flat-chested, man-woman, globe-trotting, rump-wagging, blethering ass », Lettre de Sykes adressée à sa femme, le 22 février 1906, citée par le biographe de Sykes, Roger Adelson, Portrait of an Amateur, Jonathan Cape, 1975, p. 108-109. La traduction française se trouve dans Janet Wallach, La Reine du désert, op. cit., p. 111. Un mépris pour les populations autochtones caractérise le récit de Sykes, presque contemporain de celui de Bell : Dar-ul-Islam: a Record of a Journey Through ten of the Asiatic Provinces of Turkey, London, Bickers & Son, 1904.

40 Gertrude Bell, The Desert and the Sown, op. cit., p. 217.

41 Ibid., p. 319.

42 On se réfère aux travaux de Gayatri Spivak, et notamment son célèbre essai « Can the Subaltern Speak ? », dans Marxism and the Interpretation of Culture, Cary Nelson and Lawrence Grossberg (dir.), Basingstoke, Macmillan, 1988, p. 271-313.

43 Rappelons que son titre The Desert and the Sown est emprunté du poète persan Omar Khayyam. Par contre le titre d'Amurath est emprunté à la pièce de Shakespeare, Henry IV, dans laquelle le Prince utilise le nom d'Amurath pour parler du Sultan Murad lorsque celui-ci succède à son père.

44 Jan de Goeje (1836-1909), considéré comme l'un des plus grands arabisants de son époque, était soucieux d'établir les textes de savants arabes dans leur langue originale.

45 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, op. cit., p. 181.

46 Elle fait la synthèse de savoirs sur une ruine archéologique ou un objet, en signalant des erreurs ou des corrections à apporter (notamment pour les célèbres cartes Kiepert), où elle avance ses propres hypothèses.

47 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, op. cit., p. 180, p. 140.

48 Plus de six mille photographies sont conservées aux archives de Gertrude Bell à l'Université de Newcastle-Upon-Tyne dont une grande partie est disponible en ligne : http://www.gerty.ncl.ac.uk/ Nous sommes par ailleurs également redevables à Bell d'avoir sauvegardé en images les traces des vestiges archéologiques byzantins et syriaques, notamment dans ses photographies et ses publications sur le sud de la Turquie (Binbirkilise et Tur Abdin) où les vestiges des églises et des monastères sont encore plus détériorés aujourd'hui.

49 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, op. cit., p. 191-192.

50 Gertrude Bell, The Desert and the Sown, op. cit., p. 306.

51 « Situated knowledge » est une expression forgée par Donna Haraway dans le courant des recherches féministes pour expliquer la nécessité de contextualiser un savoir. Voir son article « Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective », Feminist Studies, vol. 14, no 3, Autumn 1988, p. 575-599.

52 Gertrude Bell, En Syrie, le désert et la vie, op. cit., p. 16. Bell gardera toujours son optimisme et sa foi dans la « mission civilisatrice » plus tard en Irak, même si elle mettra en question, notamment dans sa correspondance, les moyens employés pour l'assurer.

53 Gertrude Lowthian Bell, Amurath to Amurath, op. cit., p. 4.

54 Edward Said, Orientalism, op. cit., p. 237-238.

55 Pour comparer son expérience avec celle d'autres femmes pionnières en archéologie voir : Breaking Ground, Pioneering Women Archaeologists, Getzel M. Cohen and Martha Sharp Joukowsky (dir.), op. cit

Pour citer cet article



Référence électronique
Renée CHAMPION, « Gertrude Bell et ses récits de voyage en Syrie (1907) et en Mésopotamie (1911) : un orientalisme ambivalent au début du XXe siècle », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 28/05/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/ii-voyageuses-et-imperialismes/gertrude-bell-et-ses-recits-de-voyage-en-syrie-1907-et-en-mesopotamie-1911-un