De la Bourgogne à la Syrie –, et retour. Orientalisme et régionalisme dans l’œuvre d’Alice Poulleau

Hors-série n°2, juin 2018
UMR THALIM
Université Grenoble-Alpes, CNRS, UMR Litt&Arts

De la Bourgogne à la Syrie -, et retour. Orientalisme et régionalisme dans l'œuvre d'Alice Poulleau

 

Et défilaient des vitres et des vitres, derrière lesquelles apparaissait une humanité inconnue et attirante : marins à col bleu, à bérets à pompons, soldats au teint bronzé, à la chéchia rouge, faces jaunes, faces noires de mes livres d'images, visions aussitôt disparues qu'aperçues.
Et mon imagination d'enfant suivait l'express disparaissant au détour de la voie, dont un dernier sifflement, un dernier panache de fumée, annonçaient encore l'existence, qui s'en allait vers des terminus, qu'un jour, je devais connaître1.

Extraites du recueil de souvenirs d'enfance intitulé Quand la belle dormait au bois, ces lignes constituent une scène fondatrice, à l'origine du désir de lointain d'Alice Poulleau : la narratrice y décrit la fascination qu'elle ressentait, petite, pour les trains express, qu'elle regardait entrer en gare. Son premier souvenir, évoqué juste avant, est celui du voyage de Nolay, où l'auteure est née en 1899, à Beaune, sur un char à banc tiré par une jument : « Beaune était pour moi une sorte de Mecque, qu'on pouvait atteindre - comme l'autre - par divers moyens de locomotion aujourd'hui disparus2 ». Membre de la Société de Géographie, Alice Poulleau mène une vie rythmée par des voyages - en Égypte, en Syrie, au Liban, en Libye, dans les îles de Corse, Elbe, Sainte-Hélène - avec des intentions diverses : pour témoigner des répressions menées par la France contre les nationalistes syriens, lorsqu'elle se rend seule, entre 1924 et 1926, au Proche-Orient ; ou pour rédiger un guide touristique avec son époux, Georges Guibon, délégué du Touring club de France, lorsqu'elle fait la traversée de la voie Mussolini en 1939.

Alice Poulleau est à bien des égards une figure de voyageuse décentrée. En tant que femme d'abord, elle dépasse certaines limites que la société française impose alors au sexe dit faible. Voyager ne constitue certes pas une nouveauté pour une femme dans l'entre-deux-guerres, mais le faire dans des pays en conflits armés, et y rester malgré la désertion de tous ses compatriotes, n'est pas commun. Ensuite, en tant qu'Occidentale anticolonialiste, Alice Poulleau est de ceux qui, dès les années 1920, défendent la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes et développent un regard critique particulièrement sévère sur les agissements occidentaux. En cela, elle n'appartient en rien à la cohorte d'experts impérialistes fustigée par Edward Said dans L'Orientalisme3. Alice Poulleau construit son ethos comme celui d'une femme indépendante d'esprit. À la fin de Routes fascistes, son ouvrage sur la Libye, elle souligne sa liberté intellectuelle, non seulement en tant que Française critiquant les débuts du fascisme, mais aussi en tant que voyageuse écrivant sans se laisser souffler ses lignes par le régime mussolinien : « nous avons pu accomplir cette randonnée et la relater en toute indépendance d'esprit et d'opinion4 ».

Ces nombreux voyages sont à la source de plusieurs publications entre 1927 et 1960 : deux récits de voyage, trois volumes de contes, deux ouvrages biographiques, un recueil de souvenirs et un recueil de poèmes5. Le premier volume qu'elle publie lui est inspiré de son séjour en Syrie : À Damas sous les bombes6 est un journal de bord tenu au jour le jour pendant l'insurrection des nationalistes syriens et la répression exercée par la France, alors mandatée par la Société des Nations, après la chute de l'Empire Ottoman. Le deuxième, intitulé Sept histoires de Syrie7, est issu du même voyage, mais il s'agit d'un recueil de contes, qui constitue le versant fictionnel de son expérience de voyageuse. Une même symétrie s'observe pour ses deux autres volumes de contes. Le recueil d'histoires bourguignonnes, Pur jus : faicts et dicts de biberons de Borgoingne8, paraît ainsi en 1939, l'année même où est publié l'ouvrage consacré à la Libye ; la relation existant entre ces deux ouvrages n'apparaît pas à première vue, mais nous verrons qu'il en existe bien une. Finalement, La Madone de la Blanche épine et autres contes9 paraît en 1951, la même année qu'une biographie de l'ermite libanais Charbel Makhlouf, L'Enfant des cèdres10 ; les deux textes, ancrés dans le Moyen-Orient chrétien, partagent une même orientation religieuse.

L'œuvre d'Alice Poulleau semble ainsi, au moins pour ce qui concerne ces volumes, fonctionner en diptyques : un volume de fictions « contiques » fait à chaque fois pendant à un récit non fictionnel - deux récits testimoniaux et une biographie. Une première question découle de cette structure de l'œuvre : quelle place l'expérience de la voyageuse, dont témoignent les textes non-fictionnels, a-t-elle au sein de la fiction des contes ? Le volume bourguignon peut, au premier abord, sembler un élément hétérogène dans cet ensemble, et sa présence incite à poser une autre question : existe-t-il, dans les textes, un lien entre le lieu d'origine de l'auteure, la Bourgogne, et l'Orient de ses voyages, entre son orientalisme et son régionalisme, entre son attrait pour un lointain représenté comme tel et son désir de consigner dans un ouvrage les traits culturels de sa région d'origine ?

L'œuvre d'Alice Poulleau se construit dans une série de tensions complexes entre trois pôles, qui sont à la fois géographiques, identitaires et culturels : le pôle national (la France, quittée et retrouvée en Orient sous les traits du colon), le pôle régional (la Bourgogne, terre natale et pourtant marquée par une forme d'exotisme), le pôle oriental (la Syrie, ou plus largement le Moyen-Orient, terre lointaine et terre d'élection). Ces tensions n'établissent en rien une dichotomie entre un ici connu, familier, voire rassurant, et un ailleurs différent et étranger : le pittoresque oriental, d'une certaine manière, fait retour sur le lieu de l'origine, la Bourgogne, lui aussi perçu sur le mode de l'étrangeté.

Alice Poulleau repense ainsi les frontières entre l'ici familier et l'ailleurs exotique, et les genres qu'elle choisit en témoignent : ses séjours en Orient ne donnent pas naissance à des récits de voyage, genre qui fleurit pourtant pendant l'entre-deux-guerres, mais à des contes et à un journal de bord où l'écriture de l'intime côtoie la visée polémique de l'essai11. On s'intéressera d'abord à son journal, qui s'ouvre sur le renoncement tout à la fois à un Orient romantique et au genre qui lui est associé. Ses contes orientaux, que l'on abordera ensuite, permettent, par le recours à la fiction, de renouer dans une certaine mesure avec cet Orient fantasmé. Dans les contes bourguignons, qui feront l'objet du dernier développement, les pôles du familier et de l'étranger semblent s'inverser et la difficulté de la rencontre avec l'altérité est mise en scène.

Le journal du siège : À Damas sous les bombes

À Damas sous les bombes se présente sous la forme d'un « carnet de route » ou « journal du siège », qu'Alice Poulleau écrit à la première personne du 7 décembre 1924 au 17 mai 1926. Dans le préambule, elle expose les raisons qui l'ont poussée à écrire et à publier cet ouvrage, les replace dans le contexte précis de son voyage et les lie à l'émerveillement ressenti, immédiatement suivi d'un choc : elle était venue chercher l'Orient, et elle trouve le colon français.

C'est au printemps de 1923 que j'eus la révélation de la Syrie, en arrivant des plaines chaudes et humides du delta du Nil.
De là, chaque année, je visitais la Palestine, chaque fois un peu plus avant. Après l'émouvante traversée du désert sous la clarté laiteuse de la lune d'Orient, je goûtais l'enchantement matinal des vergers de Rafia, Gaza et Ludds, tout embaumés de la senteur des orangers ; après le scintillement de la baie d'Haïffa, arrondie en conque au pied du Carmel fleuri de roses trémières, de renoncules dorées, d'anémones pourpres et d'églantines géantes, j'aimais la verte et juvénile fraîcheur de la plaine biblique de Jezraël, étalée devant le Thabor comme un tapis devant l'autel.
Mais cette année-là, je décidai de pousser plus au Nord et, par le Haurân, de voir Damas, la ville aux fontaines, Baalbek et le Liban, puis de revenir le long de la côte, de Beirout à Haïffa, par Tyr et Sidon. Alors, je connus une autre Syrie.
Dès Beïsan, au Sud de la mer de Galilée, je sentis brusquement que le paysage changeait d'âme ; un souffle de vent, frais de neige fondue, m'arriva de lointaines montagnes et, après Samak, parut la haute tête blanche de l'Hermon, dominant un désert de laves et de terres rouges, sillonné de quelques torrents aux eaux troubles.
Paysage sévère, mais doux, aux lignes simples, aux couleurs tendres et harmonisées, sans accident, exprimant l'impassibilité, l'éternité, pays recueilli et comme usé par trop d'histoire et une histoire trop ancienne, aux confins du temps, comme il est aux confins du désert.
Telle m'apparut pour la première fois la Syrie quand j'y pénétrai, par l'antique Pays de Basan.
À ce décor mystique et presque religieux à force de grandeur et de gravité, s'harmonisaient les types et les costumes des fellahs ou des bédouins, leurs expressions et leurs gestes.
Et, par comparaison, brusquement, l'attitude et les paroles des Français, civils ou militaires, que je rencontrais à chaque village, me choqua comme une dissonance monstrueuse, comme un motif de café-concert dans une idéale symphonie de Bach12.

Cette première page s'ancre à certains égards dans le genre du récit de voyage en Orient, qu'on reconnaît à certains traits, tels que la description des lieux par un « je » ému devant la beauté des paysages, l'énumération des noms de villes qui trace mentalement un parcours, la recherche d'un langage poétique, l'expression d'une subjectivité, l'antéposition des adjectifs, la caractérisation des lieux par des appositions ou encore l'anthropomorphisme de la description du paysage. Mais l'expression « une dissonance monstrueuse » consomme la rupture à la fin du passage : Alice Poulleau n'écrira pas le récit d'un voyage émerveillé, mais un texte polémique et engagé. Le seuil de l'œuvre est ainsi caractérisé par le glissement d'une écriture du paysage - quelque peu naïve et stéréotypée en ce qu'elle réunit certains lieux communs éculés sur l'Orient - à une critique de ses compatriotes à l'attitude irrespectueuse.

À Damas sous les bombes peut ainsi être considéré comme un adieu, tant d'un point de vue générique qu'éthique, au récit de voyage en Orient et à la tentation de l'exotisme. D'autres passages de l'œuvre marquent ce renoncement à l'héritage romantique, par exemple lorsque l'auteure exprime le « sentiment d'oppression, de dégoût, de tristesse » ressenti face à la réalité syrienne : « Tout mon Damas de l'an dernier avec sa grâce archaïque, avec sa paix fraîche, son recueillement ombreux, est souillé et perdu. Et si moi, l'étrangère, j'en souffre ainsi, que doit-ce être des gens de ce pays13? ». Le récit de voyage orientaliste admirerait la « grâce archaïque » des ruines, mais la destruction qu'Alice Poulleau a sous les yeux est le fait non du temps qui passe mais de la violence de l'Occident : « J'ai commencé ce matin le triste pèlerinage aux ruines modernes de Damas. Impression inoubliable ! [...] tout y fume de poussière et de tisons. [...] Là, c'est un nouveau crève-cœur : un trou béant s'ouvre dans la coupole de la belle mosquée Sénâniyé14 ». Le paysage n'est plus un horizon fabuleux suscitant l'inspiration poétique, mais un tas de poussière, « une dévastation sans nom » au milieu de laquelle on distingue les « décombres », les « pans calcinés », les « peintures effritées » et l'« immense carcasse de tôle du toit du souk Tawilé ».

Ce qui retient l'attention de la voyageuse, c'est moins la Syrie séculaire, légendaire, arabe, authentique ou pittoresque, que l'impression d'être face à un bout de France en Orient : Damas lui semble être devenue une véritable province française. Alice Poulleau dénonce la corruption et le mépris de l'identité syrienne et de son patrimoine, mépris dont le paysage urbain porte la trace. Ainsi, alors que la France fait construire une route, elle s'insurge :

En réalité, c'est un vandalisme, et Damas n'a que faire d'une ceinture de boulevards extérieurs pour les autos de quelques fonctionnaires ou de quelques pashas, ceinture qui coupe brutalement les quartiers en tranche [...] qui la sépare de ses jardins [...] ; dans dix ans, si vous laissez faire, Damascains, votre antique Sham ressemblera à Levallois-Perret15.

Derrière le bon mot, l'ironie de la voyageuse témoigne d'une radicale prise de conscience : l'identité orientale de Damas disparaît sous l'effet de la présence de la France. Le propos de Poulleau, dénonciateur, fondé sur un esprit d'enquête, particulier au reportage des années 1920 et 1930, est caractéristique d'une visée démocratique que l'auteure cherche à insuffler à son texte. Il s'agit d'« agir par l'écriture », de « reprendre pied dans le réel, sortir des sentiers battus de l'introspection16 ».

Les Français qu'elle rencontre dans les rues de la ville ne sont pas intégrés, et les officiers, dont elle fait un portrait-charge, ne sont pas impliqués dans la vie de la Syrie et « restent étrangers et indifférents au charme étrange et si prenant de ce pays. Et pourtant, ce sont des gens de ma race !...17 ». Se désolidarisant de ses compatriotes, Alice Poulleau n'a de cesse de dénoncer les clichés que ces « fils de bistro parvenus » prononcent sur l'Orient :

La plupart sont d'une candide ignorance : ce qu'ils savent de l'Orient peut se résumer en des lieux communs de journaux, des clichés usagés, des idées archaïques qu'on se passe de « zinc » en « zinc ». En chacun d'eux, le tourlourou survit. Ils généralisent aisément comme les sauvages et les enfants.
Pour eux, toute femme voilée est une « moukère » fut-elle princesse damascaine ; tout homme en tarbouche est un « bicot » marchand de tapis, fut-il président à la Cour18.

Alice Poulleau exprime d'autant plus fortement la honte ressentie qu'elle est, à l'inverse, une voyageuse en résidence, intégrée à la société damascaine, parlant suffisamment l'arabe pour communiquer avec la population locale ou déchiffrer certaines inscriptions sur des stèles. À Damas sous les bombes est ainsi construit sur l'opposition entre le « je » intégré et compatissant de l'auteure, et des figures repoussoirs de Français, comme ces officiers racistes, mais aussi de jeunes militaires qui portent en eux les traces indélébiles de leur région natale, et qui, parachutés en Syrie, sont dépassés par les enjeux du conflit auquel ils prennent part. Elle en donne un exemple édifiant, quand elle retranscrit un dialogue avec « deux Parisiens et un Normand à tête de garçon charcutier », à qui elle demande pourquoi ils ont bombardé un village, quelques heures auparavant :

« Ben, i paraît qu'on a tiré sur nous ! » - « Qui a tiré sur vous ? » - « Ben, p'têt' ben un d'ces 'mecs-là' qui passent maintenant »...
- « Mais ce sont des femmes, des enfants ! ... »
- « Ah ! ben ! dit le Normand, les "fautables" [sic] sont p'têt' pas ceux-là mais on a tiré, alors on canonne. Tant pis ! » Et il ajoute, l'air sentencieux : « Tous ces gens-là, ça ne vaut pas cher, on ne peut pas savoir c' qui z'ont dans le ventre »19.

Ce dialogue, qui rend le parler régional du soldat normand, déconsidère l'action française en Syrie, et tourne en dérision ces jeunes qui, supposés représenter la civilisation, manquent cruellement d'esprit.

En opposition à ces figures repoussoirs, Alice Poulleau dépeint un Orient dans une situation de nécessaire résistance à la France. Le chant des muezzins résonne ainsi comme pour couvrir l'insupportable retentissement des canons :

Et tout à coup, je suis prise d'une émotion indicible, car c'est l'heure de la prière au moghreb, et voici qu'au milieu du sauvage concert des mitrailleuses et des canons, une chose inouïe s'entend : de tous côtés, planant dans l'air, très haut, sur la ville, couvrant d'un bruit d'ailes vibrantes les détonations des engins de mort, les psalmodies, épiques cette fois, des muezzins des soixante-dix mosquées se répondent. Chantant quand-même, ils appellent à la prière avec un ton, un son de voix, une ardeur d'exhortation qui fait frissonner d'émoi, comme si, du haut de ces observatoires du ciel, un archange guerrier conviait à la guerre sainte le peuple de fourmis humaines s'agitant dans les tranchées noires et profondes des ruelles du vieux Damas20.

Alors que l'armée française bombarde, l'auteure se rend à la sortie de la mosquée : elle est là où se réfugient les Syriens, là où l'essence musulmane tente de survivre, et elle est seule à assister à ces scènes traditionnelles que les Français dédaignent :

Là, rien que des Musulmans très vieil Islam21. Je suis toute seule parmi une foule purement indigène, un peu curieuse, mais pourtant discrète et attachante. Les beaux cavaliers qui m'ont précédée sont rangés tout le long de la petite rue étroite, dont les lèpres s'éclairent d'une lumière idéale, sous le ciel si merveilleusement bleu. Chevaux de tout poil, de toutes couleurs, figures juvéniles pareilles sous le keffiyeh blanc, à celles des vierges guerrières, yeux de velours très syriens, faces bronzées [...]. Je me blottis dans un coin pour observer tout ce monde22.

La Syrie est ainsi un lieu clivé, où s'opposent la population syrienne, qui cherche à continuer à vivre au quotidien, et les soldats français. Alice Poulleau écrit pour montrer la fragilité de ce qui subsiste encore d'oriental en Orient face à la présence française oppressante. Elle écrit pour témoigner, autant que pour prendre à témoin le lecteur français. Pour mieux toucher son lecteur, elle procède à des rapprochements entre la Syrie et la France, par exemple lorsqu'elle compare l'atmosphère de la capitale syrienne avec celle des fêtes religieuses chrétiennes en France : « C'est presque le Noël chrétien transposé [...]. C'est dans les faubourgs populaires qu'il faut chercher "la liesse" de nos foules du Moyen-Âge, auxquelles celles de Damas ressemblent tant23 ». Cette comparaison n'a pas une visée assimilatrice mais cherche à rapprocher le lecteur français d'un peuple avec lequel il partage certains sentiments et certaines traditions24.

Le voyage en Syrie, initialement entrepris comme un tour des pays d'Orient, depuis les rives du Nil jusqu'au berceau du christianisme, aboutit au constat d'une paradoxale altérité : l'autre, c'est moins le Syrien que le compatriote français, qui cherche à assimiler et à réprimer. La rencontre idyllique avec l'Orient littéraire du XIXe siècle est impossible, car les restes du pittoresque oriental gisent sous les décombres. Cette situation informe l'œuvre, qui n'est pas, qui ne peut pas être un récit de voyage, mais est un journal de bord à l'écriture angoissée, au jour le jour, rythmée par les obus et l'exode des peuples.

Les contes orientaux : Sept histoires de Syrie et La Madone et autres contes

La Syrie est tout autrement représentée dans les contes, pourtant inspirés par une même expérience : les deux textes apparaissent ici comme complémentaires, la fiction permettant à Alice Poulleau d'investir différemment son rapport à l'orientalisme et, plus largement, au pittoresque.

Le premier volume de contes orientaux, Sept histoires de Syrie, paraît en 1927. Quelque fictionnel qu'il soit, il se donne à lire, d'une certaine manière, comme un récit de voyage. La dédicace aux « amis syriens » de l'auteure présente ainsi les fictions comme directement issues de son périple en Syrie : « Pour vous qui avez partagé avec moi, au long des routes, le pain et le sel de l'hospitalité, j'ai voulu fixer en ces pages la vision émue de vos gestes, dans le cadre pittoresque que vous avez su leur garder25 ». À la manière d'un récit de voyage, chaque conte est daté et localisé26, l'ensemble traçant un trajet, dont on peut supposer qu'il fut celui de l'auteure, vers le nord (de Damas à Alep, en passant par Homs et Hama), puis revenant au sud (Bosra et le lac de Tibériade). Les histoires encadrent d'une certaine manière le journal À Damas sous les bombes : la première est datée de mars 1925, au début du journal, les autres de mai, juin et juillet 1926, après la fin du journal.

Le volume partage avec le récit de voyage un ton à la fois lyrique - celui de « la vision émue » dont il est question dans la dédicace - et didactique, comme lorsque le narrateur décrit avec précision la prière musulmane, s'adressant manifestement à un lecteur qui n'en connaît pas le déroulement :

Alors vint l'heure de la prière du dohor et les fellahs sortirent du champ. Ils se rangèrent côte à côte à l'ombre d'un figuier, firent leurs ablutions avec l'eau des gargoulettes, et disposèrent leurs vestes devant eux en guise de tapis.
Seul, en avant d'eux tous, se tenait Abou Selim, l'homme de confiance du cheikh et, le premier, il commença les gestes rituels.
Tournés vers la kibla, du côté de la profonde vallée du Yarmouk, des monts transjordaniens et des déserts sans fin derrière laquelle est la ville Sainte, ils se tinrent debout, portant les deux pouces aux lobes des oreilles, puis firent quatre inclinaisons, les mains allongées sur les genoux, se remirent debout, les mains ouvertes, les yeux baissés, et récitèrent à voix basse la sainte fatiha.
Des lambeaux de phrase volaient dans le vent et arrivaient à l'oreille des femmes qui s'étaient discrètement retirées :
« Louange et gloire à toi, ô Dieu ! Que ton nom soit béni et ta gloire exaltée !... Il n'y a de Dieu que Dieu... En Lui je me réfugie contre Satan le Lapidé... Dirige-nous dans le sentier droit, non de ceux qui ont mérité ta colère, ni de ceux qui s'égarent. » Puis, après plusieurs autres prosternements ils murmurèrent : « Allah akbar! » à plusieurs reprises et quelques versets du Coran, en sourdine...
Dans le cadre majestueux et grave du haut plateau de Zaouiya la prière de ce petit groupe prosterné semblait la voix même de la vieille Gaulanitide, foulée par les prophètes, qui montait vers le ciel27.

La situation de communication qui fonde l'énonciation des contes est ici définie par l'appartenance du narrateur et du narrataire à l'univers occidental, par la nécessité pour l'un d'expliquer à l'autre le fonctionnement d'un univers inconnu et distant. Cette situation de communication se manifeste par l'ethnocentrisme de certaines notations. Ainsi la fatiha est-elle définie, dans le lexique placé en début du volume, comme « le pater musulman ». De manière analogue, dans le récit intitulé « La réclame originale », l'univers occidental sert de prédicat pour caractériser la réalité orientale : les tonnelles sont comparées à des « guinguettes de banlieue parisienne », le chanteur est décrit comme « le type parfait du buveur flamand des kermesses », et son public pousse « des "ah !" étouffés, pareils à ceux des précieuses de Molière28 ».

Dans la lignée des grands voyageurs du XIXe siècle, c'est une vision orientaliste de la Syrie que propose ici Alice Poulleau. Elle reprend un certain nombre de clichés, parmi lesquels celui de la femme orientale, représentée essentiellement sous l'angle de la claustration et du désir - l'odalisque et l'almée. La densité des clichés apparaît par exemple dans l'évocation du personnage de Wadia, la « danseuse de Daphné », successivement comparée à « l'une des Piérides, compagnes de Phoïbos », à une « almée » et à une « Persane élégante et voluptueuse, parée des bijoux de Mille et une Nuits29 ». Alice Poulleau reprend également des clichés picturaux, en référence à une représentation du pittoresque issue de la peinture orientaliste, par exemple dans un portrait où le personnage « compos[e] sans le savoir, un tableau à peindre30 ».

L'orientalisme de la vision de l'auteure se manifeste également dans le fait que la Syrie décrite est intemporelle, coupée du temps historique, en rupture avec l'actualité de À Damas sous les bombes. C'est particulièrement frappant dans certains récits où la référence à l'Antiquité est constante, notamment dans « La glaneuse de Fîk », qui se déroule aux alentours du lac de Tibériade, et dans « La danseuse de Daphné », dans lequel deux jeunes paysans, en osmose avec la nature, renouvellent, sans le savoir, « les gestes ancestraux de ceux dont la cendre est mêlée à la terre que foulaient leurs pieds nus31 ». La Syrie y est évoquée comme un espace atemporel - âge d'or ou paradis perdu. L'univers décrit existe en dehors du temps et même de l'espace, les repères se brouillent parfois et l'auteure se perd alors, avec son lecteur :

Comme elle l'a fait depuis des siècles, l'antique Bosra s'éveillait dans une lueur d'or mélancolique et douce, effleurant le fronton des arcs de triomphe et les chapiteaux corinthiens où pépiaient déjà les moineaux bavards. [...]
D'étranges et familières silhouettes de campaniles presque toscans mettaient une note occidentale dans l'amoncellement des terrasses de glaise. Et, pour compléter l'illusion, des murs de la citadelle ayoubite, sur laquelle flottait la fumée bleue du café matinal, tombèrent les notes stridentes d'un clairon sonnant la diane. Était-ce pour les petits soldats de France, en bleu horizon, ou pour les vétérans imberbes, à la "lorica" de mailles, de la IIIe légion de Cyrénaïque ? On ne savait plus très bien, tant on avait le sentiment, à cette heure et dans ce lieu, d'être en voyage dans les âges révolus plutôt qu'en un canton perdu de l'antique Auranitide32.

Le pittoresque des histoires tient à cette vision orientaliste et intemporelle de la Syrie, mais aussi à la langue adoptée. Au début du volume se trouve un lexique de cent dix mots arabes traduits. Dans les récits, ils ne sont en général pas mis en mention, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas identifiés typographiquement comme étrangers : le lecteur, qui a lu le lexique, est supposé les comprendre, être désormais familier avec cette étrangeté linguistique. Les lieux du texte où la densité de mots arabes est la plus forte sont ceux où l'effet de pittoresque est le plus marqué, et ce sont surtout des descriptions des repas, du rituel du café, des vêtements des personnages. Dans ces séquences, les mots arabes, même si le lecteur ne les comprend pas précisément, ne font pas obstacle à la compréhension globale. Ainsi dans cette description de personnage :

Alors un jeune homme se leva, svelte et mince dans son koumbaz de soie retenu à la taille par une ceinture rayée, de laquelle dépassait le manche ouvragé d'un poignard précieux. Son abbaïa et sa keffiyeh blanches, son aghal tressé de fils d'or, et surtout la pureté de ses traits virils lui donnaient l'aspect d'un émir de race. C'était Zeid, le fils cadet du cheikh, bien connu dans le "belad" pour la beauté de ses chevaux, la richesse de son costume et la générosité de son cœur33.

Contribuent également à l'effet de pittoresque les nombreux proverbes arabes qui émaillent le texte34 et les calques, particulièrement dans les séquences de discours direct35 :

 « Ô mon oncle, dit Chahadô, quelle est la cause de ta colère ? Qu'avons-nous fait pour t'offenser ? ... »
« Ô bent, répliqua-t-il, je le dis à ta tante : ces gerbes sont du blé volé et vous allez me suivre au "kasr" du cheikh Diab pour lui en rendre compte et recevoir votre punition. »
« Ô Abou Selim, par le Prophète, ce blé a été ramassé ; ne dis pas fève avant qu'elles ne soient mesurées ; si nos glanes sont abondantes, c'est que nous avons bien travaillé. Nous étions trois et le champ est vaste. »
« L'excuse, ô ma fille, ne remplit pas le ventre de celui qui a faim. Prenez le voleur avant qu'il ne vous prenne. Suivez-moi toutes trois et laissez les épis36. »

De manière assez paradoxale, on constate que c'est dans les contes, et non dans son récit testimonial, qu'Alice Poulleau réinvestit certains attendus du récit de voyage orientaliste : la structuration par un trajet, un ton lyrique et didactique, une certaine perception de l'Orient, marquée en particulier par la reprise de stéréotypes et une mise en scène du pittoresque. Les contes prennent en partie en charge le livre que la voyageuse a renoncé à écrire au début de À Damas sous les bombes.

Plus de vingt ans après la parution des histoires syriennes, un autre volume de contes leur fait écho et les prolonge. En 1951 paraissent deux œuvres, complémentaires d'un point de vue générique, selon le schéma en diptyque déjà adopté au retour de Syrie : Alice Poulleau signe L'Enfant des cèdres. Charbel Makhlouf, le moine miraculeux du Liban, qui fait le récit de la vie d'un moine maronite d'Annaya37, et elle fait publier un recueil de contes d'inspiration chrétienne, La Madone de la Blanche Épine et autres contes.

Ce second volume de contes orientaux comprend huit légendes de la mythologie chrétienne sur la vie de Jésus. Ces légendes appartiennent au « folklore local », comme le souligne la préface, qui rattache chacune d'entre elles à une aire géographique précise : quatre légendes italiennes, une bourguignonne, une bretonne, une irlandaise et une palestinienne. Ces légendes folkloriques font l'objet d'une transposition dans un cadre oriental, présentée dans la préface comme un retour aux sources : « L'auteur de ces contes, qui a vécu longtemps au pays de la Bible, veut donner, dans ce livre, une idée de ce que sont les légendes d'Occident transposées dans leur pays d'origine38 ». L'ouvrage répond ainsi manifestement à un projet de syncrétisme culturel, les légendes faisant s'articuler des récits du folklore occidental à une mise en scène orientale.

Si tous les récits transposent les histoires dans un cadre oriental, notamment par le biais des descriptions des lieux, des personnages, tous ne sont pas au même titre marqués par le pittoresque oriental. Les quatre légendes italiennes39 et les deux légendes celtiques40 sont, à l'exception de quelques brèves séquences, assez peu marquées par ce pittoresque. Les deux légendes qui le sont le plus sont la palestinienne et la bourguignonne41.

Ces deux récits sont en particulier caractérisés par le nombre relativement important des mots arabes intégrés à la langue. Contrairement à l'usage qui en est fait dans les contes syriens, ces mots sont en général mis en mention (presque toujours entre guillemets) et traduits, la plupart du temps par une expression paraphrastique placée en apposition. Par exemple dans cette description des bergers :

Accroupis près d'un feu de branches sèches d'olivier, dans leurs grandes « abbaîas », manteau rustique de laine rayée blanche et brune ; la tête enveloppée du grand voile d'Orient, le « keffiyeh », qui leur cachait la bouche ; couronnés de l'« aghal », la large tresse de poil de chèvre, avec leurs hautes houlettes à crosse, ils ressemblaient à des rois barbares, tenant conseil près de leurs guerriers endormis42.

On peut rapprocher cette séquence de l'extrait décrivant le vêtement du jeune homme de « La glaneuse de Fîk », dans les Sept histoires de Syrie : les termes arabes employés sont les mêmes, mais ils figurent ici entre guillemets et sont traduits. L'effet est bien entendu très différent : l'étrangeté des mots et du référent qu'ils désignent est ici exhibée43. Les noms propres contribuent également à l'orientalisation de la langue : dans la légende palestinienne, Marie, Joseph et Jésus sont appelés « Youssef de Nazareth et son épouse Miriam », « Oumm-Issa, Mère de Jésus44 ».

La parenté de la légende palestinienne et de la légende bourguignonne, marquées toutes deux par le pittoresque oriental, peut étonner. On peut être surpris, dès la préface de l'ouvrage, de la place accordée par l'auteure à la Bourgogne, citée dans une liste de régions marquées par leur altérité (l'Italie, l'Irlande, la Palestine, la Bretagne celtique). Il s'agit là d'une forme de paradoxe : la terre natale de l'auteure est incluse dans un ensemble de régions définies par leur étrangeté. On peut formuler une première hypothèse : dans sa préface, Alice Poulleau souligne que l'Orient est le « lieu d'origine » ; ce que la Bourgogne et la Palestine ont en commun ici, c'est peut-être précisément d'être des lieux d'origine - origine individuelle ou origine communautaire chrétienne. Le lieu de l'origine serait ainsi, paradoxalement, marqué du sceau de l'étrangeté. L'étude des contes bourguignons va le confirmer.

Les contes bourguignons : Pur jus : Faicts et dicts de biberons de Borgoigne

Parallèlement à l'Orient, Alice Poulleau s'intéresse à sa Bourgogne natale, sa langue, ses histoires, et les souvenirs qu'elle y a. Ses deux principales œuvres bourguignonnes sont le recueil de contes qui va nous intéresser ici, et un autre de souvenirs, Quand la belle dormait au bois, publié bien plus tard, en 1956. Le volume de contes rassemble, comme le recueil syrien, sept histoires, qui se déroulent toutes au sud de la Côte d'Or, pour beaucoup autour de la Cozanne, rivière d'une quinzaine de kilomètres qui traverse Nolay, lieu de naissance d'Alice Poulleau.

Même si les récits sont très différents de ceux rassemblés dans le recueil syrien - ce sont ici des histoires d'ivrognes -, les deux volumes ont en commun d'avoir une visée didactique et d'être fondés sur une esthétique du pittoresque. La visée didactique est manifeste lorsque le narrateur propose des développements explicatifs sur la vie bourguignonne. Dans « L'Ennemi de l'eau », par exemple, l'histoire est très secondaire (elle peut se résumer ainsi : un ivrogne tombe à l'eau) et le récit a pour principal intérêt de proposer une description des foires, des différents corps de métier et des objets qu'on y trouve.

Comme dans les histoires syriennes, le pittoresque s'exprime par l'inclusion de termes étrangers, cette fois issus du patois bourguignon. Les lieux du texte où ceux-ci sont les plus nombreux sont ici aussi les séquences qui évoquent la nourriture et la boisson, l'habillement ou encore la vie quotidienne. On peut citer, dans le même récit, la description du Père Lapin :

Il portait, pour l'ordinaire, sur ses habits de droguet, une « biaude45 » déteinte par le « sulot46 » et les nombreux lavages, de gros sabots bourrés de paille... clic, clac !... pan ! pan !... qui l'annonçaient d'un bout de la rue à l'autre.
Mais les jours de foire, ah !... c'est alors que le Père Lapin était beau ! Il enfilait sa « biaude neue47 » lustrée qui se gonflait, raide comme la justice, ainsi qu'une enveloppe de ballon, avec des broderies blanches sur l'épaule, et, à travers les ouvertures, il mettait, par contenance, les mains dans les poches de son habit à queue de pie ; sur sa tête, se dressait sa « capsule48 » de noce, haut tromblon à longs poils soyeux, qui frémissaient et se soulevaient à chaque souffle de vent, sur un « bonot49 » tricolore50.

Les termes bourguignons sont la plupart du temps mis en mention (entre guillemets) et traduits, mais cette fois-ci dans des notes de bas de page, que nous restituons ici telles qu'elles apparaissent dans l'œuvre originale. Le discours direct est dans la majorité des cas une transcription phonétique du patois bourguignon, parfois traduit, mais pas toujours. Contrairement à la solution adoptée dans les contes orientaux, dont l'écriture faisait en sorte que les termes arabes soient aisément compréhensibles, les nombreuses notes, et le choix de la retranscription phonétique, mettent en difficulté le lecteur qui n'est pas familier avec le parler bourguignon et l'oblige à interrompre sa lecture pour recourir à la traduction, située en bas de page. Alice Poulleau parvient ainsi, par ces choix linguistiques, à inverser les pôles du proche et du lointain, du familier et de l'étranger, par rapport aux représentations du lectorat français : l'univers bourguignon semble plus lointain que l'Orient qu'elle décrit dans ses autres recueils de contes.

Comme l'Orient, la Bourgogne des contes est coupée du temps historique et de la modernité, et le narrateur exprime parfois une nostalgie qui répond au motif du paradis perdu convoqué dans les récits syriens :

Heureusement qu'en ce temps-là, il n'y avait pas de danger pour les « boit-sans-soif » d'être écrasés par les chauffards, mais simplement celui de prendre l'écluse pour un pré et d'aller s'y asseoir au frais. C'était au temps préhistorique où les routes heureuses ne connaissaient pas les autos, où les prairies étalaient dans toute sa fraîcheur une herbe qui sentait autre chose que le benzol, où les filles avaient cheveux longs et longues jupes, où montrer ses mollets était considéré comme le propre des gourgandines.
Il y a bien longtemps !...51

Les récits comportent ponctuellement des références à l'Orient, notamment, de manière assez inattendue, lorsqu'il est question de Gamay, dont le nom est sacré pour les ivrognes « comme celui de Jérusalem pour les Hébreux au désert52 », ou lorsqu'on trouve cette référence au Coran, au sujet d'un ivrogne qui traite mal ses chevaux : « L'homme est ingrat, dit le Coran, dans la Sourate des Coursiers53 ». Mais, du point de vue qui est le nôtre ici, ce sont les deux derniers récits du recueil, les plus longs, qui sont les plus intéressants, « L'Ineffable Vinaigre » et « Un Paphnuce bourguignon ».

« L'Ineffable Vinaigre » fait le récit du voyage du personnage principal, Vinaigre, qui s'éloigne de son village natal, pour être soldat d'abord à Dijon puis en Algérie. Alice Poulleau réinvestit ici des éléments de sa propre biographie, notamment le trajet qui fut le sien, du petit village à la grande ville54, puis de l'autre côté de la Méditerranée. Le dénouement, où le soldat Vinaigre réclame « à bouère ! » sur son lit de mort, a lui aussi un fondement biographique, indiqué par la dédicace : le frère de l'auteure, lui aussi soldat, « sur [s]on lit de mort, / [s]e dressa, délirant, pour "aller dans la vigne"55 ».

Le récit de l'arrivée de Vinaigre à Dijon, « au bout du monde56 », semble une parodie de l'arrivée du « bon sauvage » ou du Persan à Paris :

Dijon l'épouvanta. Il n'eut pas été plus « épanté57 » en débarquant dans la Lune, après un voyage en ballon. Tout lui semblait dénué de sens commun et spécialement la Porte Guillaume :
« Eune porte ! eune porte ! que n'ai point seulement de mâyon », répétait-il en haussant les épaules.
Les magasins aussi l'interloquaient. Il ne pouvait comprendre qu'on y vendît si cher des choses dont au village on fait si peu de cas, qu'on trouve à foison dans tous les « cortils58 ».
« Vend' du "piarsil59", des "ognons60", des "pouros61", disait-il en crachant de mépris, mâ ! jor de Dieu, mon Batisse, â n'beillerint point iqui l'iâ vou qu'an queut les œufs62 »63.

Le départ pour Marseille et la traversée en bateau sont mis en scène de manière similaire, et le récit constitue le pendant fictionnel et comique de l'expérience de l'auteure, qui s'est rendue en Libye en compagnie de son mari. Elle a fait le récit de cette traversée dans Routes fascistes, dont on a là en quelque sorte une version dégradée : aux touristes italiens fortunés se substituent les petits soldats, au regard averti d'Alice Poulleau se substitue celui de Vinaigre, constamment « interloqué » et « éberlué ». Le personnage incarne l'incapacité du Bourguignon simple d'esprit à s'ouvrir à l'ailleurs et au différent. L'ethnocentrisme bourguignon fonde l'effet comique du texte à l'arrivée en Algérie, par exemple dans ce passage :

Le bateau entra dans le port et Vinaigre éberlué crut faire un rêve étrange et biscornu : les maisons étaient sans toit, les hommes, coiffés de rouge comme les bouteilles cachetées du vin vieux de sa cave, sortaient dans la rue en « pan de chemise » tandis que des « galipotes64 », enveloppées de draps blancs, rasaient les murs en plein jour sans effrayer personne.
Autour du bateau, une multitude de coques de noix, où des moricauds hurlaient des choses incompréhensibles, semblaient vouloir le prendre d'assaut65.

Ou encore dans ce passage qui décrit la Casbah et la mosquée de la Pêcherie :

Dans la soirée, ils l'accompagnèrent au quartier arabe, dans les ruelles mal famées de la Kasbah, où les odalisques peintes et ventripotentes se tiennent sur leur porte et font signe d'entrer. Des gens enveloppés de burnous crasseux dormaient dans les recoins, à terre ; des ménagères jetaient leurs épluchures sur la tête des passants, du haut des fenêtres grillées, sans qu'on pût voir leur figure, des bandes d'enfants mi-nus pataugeaient dans l'égout qui stagnait au milieu de la ruelle, où des chiens affamés se disputaient un os.
« Viez don ! qu'un pitouée !66 » s'exclamait Vinaigre dégoûté. Le marchand de « kémia67 » alignait sur une table, en plein air, ses soucoupes d'olives, d'anchoix, de tomates et de petits escargots poivrés que Vinaigre voulut goûter, pour voir s'ils étaient aussi bons que ceux que la Chanchon apprêtait, à la coquille, quand il les rapportait des vignes.
Il crut avoir ensuite le feu à la bouche et aux entrailles et il chercha la bonne chopine de frais qui l'eût désaltéré. Mais ce fut en vain.
« Quouai don qu'ê beuvan iqui ? dit-il, méprisant. De l'iâ68 d'aivou de l'anis ? C'â pas du monde cequi ? » Les rouges mains de Fatma imprimées sur les murs l'intriguaient particulièrement : « C'â don' qui que les fommes dépiautant yeu laipins ?69 » interrogeait-il, dubitatif.
Tout, de ce peuple, lui semblait obscur et un peu inquiétant. Le lendemain, on le mena voir la mosquée de la Pêcherie, sur la Place du Gouvernement. Il était sensible à l'élégance des formes comme les gens de sa race, car la Bourgogne est un pays de sculpteurs, qui voient les choses en relief.
Il trouva « cette église » jolie, avec son minaret carré, ses dômes arrondis comme les fromages blancs que la Chanchon tirait du moule.
Mais quand il voulut entrer, le gardien le pria de se déchausser. Vinaigre regarda dans les yeux ce quidam qui le prenait pour un jobard.
« Pardi qu'i vâ les ôtai, mes soulés, dit-il, por que te m'les peurneusses !70 » Il n'en voulut démordre ; c'est ainsi qu'il resta à la porte de la maison d'Allah71.

La mise entre guillemets de « cette église » produit un effet de mise à distance : le narrateur se rit ici de ce personnage inculte qui perçoit le monde à travers le filtre de son village. On peut pourtant remarquer que le procédé est identique à celui auquel recourrait l'auteure lorsque, dans les Sept histoires de Syrie, elle définissait la fatiha comme le « pater musulman » ou lorsque, dans ses carnets, elle décrivait le mouled, fête de la naissance du prophète, comme « le Noël chrétien transposé ». Le procédé est identique, mais l'enjeu diffère : ce qui était didactique dans les récits syriens devient comique dans les contes bourguignons.

Ce récit semble à la fois un réinvestissement du parcours de voyageuse de l'auteure, de Nolay à l'Afrique, et une mise à distance humoristique de cette expérience, en particulier de la difficulté d'aborder le lointain sans recourir au filtre du familier. Cette histoire constitue la version comique de ce qui, ailleurs dans l'œuvre, est sérieux ou même tragique : le soldat Vinaigre et son parler bourguignon est le symétrique du soldat normand ignorant dont les propos sont rapportés dans À Damas sous les bombes. Mais celui-ci a tué sans raison, alors que le soldat Vinaigre, précise le texte, « demand[e] à être trompette "pour ne rien faire"72 », et se contente de cultiver le jardin du sergent.

Dans le dernier récit du recueil, « Un Paphnuce bourguignon », le personnage principal vénère Saint-Antoine l'Égyptien et, comme dans le précédent conte, Alice Poulleau met en scène, par l'intermédiaire de la fiction, le contact entre deux univers diamétralement opposés. L'histoire est celle de cette impossible rencontre : l'Antoine bourguignon, nommé Touène, qui veut se retirer pour vouer un culte à l'Antoine d'Orient, ne parvient pas à échapper à son hérédité d'ivrogne. Dès le début du récit, cette incompatibilité entre les deux mondes est soulignée par le narrateur : « Il est malaisé de comprendre pourquoi les gens de ce pays vigneron, où les biberons étaient en majorité, avaient choisi comme patron de leur confrérie un Égyptien buveur d'eau du Nil. Toujours est-il que, sous le voile des rites chrétiens, il y recevait un culte qui eût réjoui Bacchus73 ». L'échec de Touène et son retour à la vie « normale » - sa vie d'ivrogne - est présenté sous l'angle de la fatalité, comme une conséquence de son hérédité :

C'est qu'il était l'héritier direct d'une longue lignée d'hommes attachés à l'argile de leur vigne et de leur champ qui leur tient aux talons autant qu'au cœur, qui les lie d'un nœud serré, fait de tous les efforts des ancêtres pour défricher les « topes » pierreuses, remuer la maigre terre végétale, et la rendre meuble.
Le descendant de ces hommes-là n'a qu'une personnalité restreinte ; en lui, vivent des générations qui commandent ses réactions, le dominent, et, inconsciemment, le conduisent, auxquelles, en croyant agir par lui-même, il obéit sans s'en douter74.

Le récit met en scène, une fois de plus, l'échec de la rencontre entre la Bourgogne et l'Orient : cette fois-ci, c'est la tentative de syncrétisme qui a échoué, faisant apparaître l'altérité fondamentale de la terre natale de l'auteure et de sa terre d'élection.

 

Les contes réinvestissent l'expérience de voyageuse d'Alice Poulleau et la questionnent. Ils posent d'une part la question du regard porté sur l'altérité - regard orientaliste enthousiaste dans les histoires syriennes et tourné en dérision dans le récit bourguignon. Ils interrogent d'autre part la possibilité du syncrétisme culturel, qui se trouve au cœur du projet de La Madone et est mis en scène comme un échec dans le récit bourguignon. Pur jus : Faicts et dicts de biberons de Borgoigne, avec ses deux histoires orientales, semble ainsi déconstruire le projet des deux autres recueils qui, sur le plan chronologique, l'encadrent.

On peut finalement formuler deux hypothèses sur l'articulation existant entre l'orientalisme et le régionalisme d'Alice Poulleau. Le motif du lieu d'origine, déjà mentionné, est crucial pour saisir les enjeux de l'écriture de la voyageuse. La Bourgogne et l'Orient évoqués dans les contes sont coupés du temps de l'histoire, ils sont objets de nostalgie. La notion de « lointain » n'est dès lors peut-être pas tant géographique que temporelle : la Bourgogne et l'Orient sont des espaces à même de voir se déployer un imaginaire des origines. En cela, ils s'opposent à la Syrie de À Damas sous les bombes, dont la guerre a d'une certaine manière détruit l'orientalité, en la précipitant dans le temps de la modernité. Notre seconde hypothèse sera plus historique. L'identité d'Alice Poulleau s'est construite dans la douleur du premier conflit mondial, qui lui a pris un frère, et dans la condamnation du colonialisme. Elle a quinze ans quand la Première Guerre mondiale éclate, qui lui ravit un frère, pendant laquelle elle sert à la Croix-Rouge, et cette douloureuse expérience semble se trouver aux fondements de son identité de voyageuse. Choisir une identité régionale et orientale, être bourguignonne et avoir choisi l'Orient comme terre d'élection, c'est peut-être aussi refuser, ou renier, une identité nationale perçue comme meurtrière.

 

 

1 Quand la belle dormait au bois (Images du vieux Beaune), [Beaune], éditions du Cep Burgonde, 1956, p. 5.

2 Ibid., p. 4.

3 Edward W. Said, L'Orientalisme, l'Orient crée par l'Occident, trad. Catherine Malamoud, Paris, Seuil, 2005, p. 256.

4 Routes fascistes. Au volant sur la Translibyenne / avec 5 cartes et 24 illustrations de l'auteur, Dieppe, La Floride, 1939, p. 223.

5 Voir la bibliographie en fin d'article.

6 À Damas sous les bombes. Journal d'une Française pendant la révolte syrienne. 1924-1926, Cressé, P.R.N.G., 2012, éd. Élodie Gaden et Pascale Roux (première édition : Yvetot : Bretteville Frères, Imprimeurs, s.d.). Toutes les indications de page ultérieures font référence à la réédition de 2012.

7 Sept histoires de Syrie, Paris, Eugène Figuière, 1927.

8 Pur jus : faicts et dicts de biberons de Borgoingne / illustrations de l'auteur, Dieppe, La Floride, 1939.

9 La Madone de la Blanche Épine et autres contes / avec des illustrations de Josette Boland, Paris, Desclée de Brouwer, 1951.

10 L'Enfant des cèdres. Charbel Makhlouf, le moine miraculeux du Liban, Paris, P. Téqui, 1951.

11 À Damas sous les bombes répond en cela à la réflexion proposée par Myriam Boucharenc dans L'Écrivain-reporter au cœur des années 1930 (Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2004) sur l'essor, durant l'entre-deux-guerres, du reportage, situé « à mi-chemin du journal et du livre, de l'enquête et de la littérature, voire de la vérité et de la fiction » (p. 27), et dont les frontières avec d'autres genres sont extrêmement poreuses : récit de voyage, essai, récit d'enquête... (p. 24, 57). L'ouvrage d'Alice Poulleau répond à quatre des cinq critères retenus par M. Boucharenc pour définir le reportage : 1) le texte est référentiel ; 2) l'information est inséparable du récit de ce qui l'a rendue possible ; 3) le texte est fortement conatif ; 4) l'écriture est prise sur le vif. Le cinquième critère, qui semble inopérant ici, est celui de la commande faite à l'auteur d'un reportage. On ignore encore les conditions dans lesquelles Alice Poulleau se rendit en Syrie et si un journal lui fit commande d'un reportage.

12 À Damas sous les bombes, op. cit., p. 9-10. Nous soulignons.

13 Ibid., p. 153.

14 Ibid., p. 82.

15 Ibid.

16 Voir à ce sujet Myriam Boucharenc, L'Écrivain-reporter au cœur des années 1930, op. cit., p. 17 et 38.

17 Ibid., p. 14.

18 Ibid., p. 31.

19 Ibid., p. 152.

20 Ibid., p. 64-65.

21 L'expression « très vieil Islam » est peu usitée. On la retrouve sous la plume de Jérôme et Jean Tharaud, dans Marrakech ou les Seigneurs de l'Atlas. À propos de la mosquée de Môulay Sliman, ils écrivent : « Des ruelles remplies de silence, des impasses profondes, des voûtes mystérieuses, des fontaines qui s'abritent sous de très vieux berceaux de vigne ; peu de boutiques ; quelques rares éventaires où de vieilles négresses vont acheter de la bougie, du sucre, de la menthe et du thé ; de belles demeures insoupçonnées qu'habite une bourgeoisie dévote, bref un endroit très vieil Islam, très solitaire, très poussiéreux, et où jamais Européen n'a l'idée de s'égarer. C'était là le séjour que le Glaoui avait élu pour être le lieu de son repos. », Paris, Plon, 1920, p. 281 (nous soulignons).

 22Alice Poulleau, À Damas sous les bombes, op. cit., p. 18.

23 Ibid., p. 48.

24 Pour toucher le lecteur, et transcender les clivages politiques, Alice Poulleau évoque également à plusieurs reprises la situation de conflit déjà vécue par la France lors de la Guerre de 14-18, par exemple : « on entend la détonation que je reconnais de mémoire, celle des nuits de Paris de 1918 », ibid., p. 66.

25 Alice Poulleau, Sept histoires de Syrie, op. cit., p. 7.

26 « Le jaloux de Damas » : Damas, mars 1925 ; « La vaine épreuve » : Homs, mai 1926 ; « La pastèque de Hama » : Hama, mai 1926 ; « La réclame originale » : Alep, juin 1926 ; « La danseuse de Daphné » : Antioche-Daphné, juin 1926 ; « L'homme riche de Bosra » : Bosra eski Cham, juillet 1926 ; « La glaneuse de Fik », Bahret El Tabarieh, juillet 1926.

27 Ibid., « La glaneuse de Fîk », p. 146-148.

28 Ibid., p. 72, p. 73-74 puis p. 77.

29 Ibid., p. 105.

30 Ibid., « L'homme riche de Bosra », p. 110.

31 Ibid., p. 94.

32 Ibid., « L'homme riche de Bosra », p. 109-110.

33 Ibid., « La glaneuse de Fîk », p. 155.

34 L'effet en est parfois cocasse, comme pour ces savoureux dictons du Hauran ou du Fîk : « Quand un homme devient riche, il achète un cheval, il épouse une autre femme et il tue un homme » (« L'homme riche de Bosra », p. 117), « Quand une femme est morte, elle va où vont les ânes » (« La glaneuse de Fîk », p. 153).

35 Le texte se contente même parfois de retranscrire le discours en arabe des personnages, par exemple : « Ya, majnoun ! » (« La vaine épreuve », p. 54), « Hadda, ya rejal ! » (« La pastèque de Hama », p. 61), « Kif hâl bint ammak ? » (« L'homme riche de Bosra », p. 126).

36 Ibid., « La glaneuse de Fîk », p. 149-150.

37Charbel Makhlouf, né en 1828 à Bkaa Kafra, dans la montagne libanaise, a vécu plus de vingt ans en anachorète.

38 Alice Poulleau, La Madone de la Blanche Épine et autres contes, op. cit., quatrième page de couverture.

39 « Le lis du songe », « Les lins bleus », « Comment l'huile descend dans l'olive » et « La Madone de la blanche épine ».

40 La légende bretonne, « Les courlis sauveteurs », et la légende irlandaise, « Le rouge-gorge de la passion ».

41« Quand les rois mages retrouvèrent l'étoile » et « Comment rosit la pâquerette ».

42 Ibid., « Comment rosit la pâquerette », p. 15.

43 On remarquera par contre que, dans la légende suivante (« Comment rosit la pâquerette »), ces mêmes mots ne sont plus mis entre guillemets ni traduits : le lecteur est supposé les avoir assimilés.

44 La Madone de la Blanche Épine et autres contes, op. cit., p. 22.

45 Blouse. [Note de l'auteure]

46 Soleil. [Note de l'auteure]

47 Blouse neuve. [Note de l'auteure]

48 Haut de forme. [Note de l'auteure]

49 Bonnet. [Note de l'auteure]

50 Ibid., « L'Ennemi de l'eau », p. 18.

51 Ibid., « L'ennemi de l'eau », p. 26.

52 Ibid., p. 11-12.

53 Ibid., p. 82.

54 Son voyage de Nolay à Beaune, qu'elle raconte dans Quand la belle dormait au bois.

55 Pur jus : Faicts et dicts de biberons de Borgoigne, op. cit., p. 110.

56 Ibid., p. 81.

57Angoissé. [Note de l'auteure]

58 Jardins. [Note de l'auteure]

59 Persil. [Note de l'auteure]

60 Oignons. [Note de l'auteure]

61 Poireaux. [Note de l'auteure]

62 I n'donneraient point ici l'eau où ont cuit les œufs. [Note de l'auteure]

63 Ibid., « L'Ineffable Vinaigre », p. 83.

64 Terme local pour un revenant vêtu d'un suaire. [Note de l'auteure]

65 Ibid., p. 101.

66 Impossible à traduire : déballage, exhibition de désordre. [Note de l'auteure]

67 Petits hors-d'œuvre. [Note de l'auteure]

68 De l'iâ! (de l'eau) [Note de l'auteure]

69 C'est donc là que les femmes écorchent leurs lapins. (Il y a dans nos maisons de village un endroit spécial pour cela avec un crochet). [Note de l'auteure]

70 Mes souliers, pour que tu me les prennes. [Note de l'auteure]

71 Ibid., p. 104-105.

72 Ibid., p. 106.

73 Ibid., « Un Paphnuce bourguignon », p. 119.

74 Ibid., p. 147. 

Bibliographie

Récits de voyage :

  • À Damas sous les bombes. Journal d'une Française pendant la révolte syrienne. 1924-1926, Yvetot, Bretteville Frères, Imprimeurs (s.d.).
  • À Damas sous les bombes. Journal d'une Française pendant la révolte syrienne. 1924-1926, nouvelle édition postfacée par Élodie Gaden et Pascale Roux, Cressé, P.R.N.G., 2012.
  • Routes fascistes. Au volant sur la Translibyenne / avec 5 cartes et 24 illustrations de l'auteur, Dieppe, La Floride, 1939.

Contes :

  • Sept histoires de Syrie, Paris, Eugène Figuière, 1927 [« Le jaloux de Damas » (Damas, mars 1925), « La vaine épreuve » (Homs, mai 1926), « La pastèque de Hama » (Hama, mai 1926), « La réclame originale » (Alep, juin 1926), « La danseuse de Daphné » (Antioche-Daphné, juin 1926), « L'homme riche de Bosra » (Bosra eski Cham, juillet 1926), « La glaneuse de Fîk » (Bahret El Tabarieh, juillet 1926)].
  • Pur jus : faicts et dicts de biberons de Borgoingne / illustrations de l'auteur, Dieppe, La Floride, 1939 [« Le loup et le vieux chaperon gris », « L'ennemi de l'eau », « Alleluia ou le coq de Pâques », « La revanche de Cadet Finot », « L'oraison funèbre de Pierre Le Magnien », « L'ineffable vinaigre », « Un paphnuce bourguignon »].
  • La Madone de la Blanche Épine et autres contes / avec des illustrations de Josette Boland, Paris, Desclée de Brouwer, 1951 [« Le lis du songe », « Quand rosit la pâquerette », « Quand les rois mages retrouvèrent l'étoile », « Les lins bleus », « Les courlis sauveteurs », « Comment l'huile descend dans l'olive », « La Madone de la Blanche épine », « Le rouge-gorge de la Passion »].

Ouvrages biographiques :

  • L'Enfant des cèdres. Charbel Makhlouf, le moine miraculeux du Liban, Paris, P. Téqui, 1951.
  • Les Îles fatales. Corse, Elbe, Aix, Sainte-Hélène / avec illustrations de l'auteur, Dieppe, La Floride, 1956.

Autres :

  • Recueil de souvenirs : Quand la belle dormait au bois (Images du vieux Beaune), [Beaune] éditions du Cep Burgonde, 1956.
  • Recueil de poèmes : Esquisses, Saint-Léger-Vauban, les Presses monastiques, 1960.

Pour citer cet article



Référence électronique
Élodie GADEN, Pascale ROUX, « De la Bourgogne à la Syrie –, et retour. Orientalisme et régionalisme dans l’œuvre d’Alice Poulleau », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 28/05/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/ii-voyageuses-et-imperialismes/de-la-bourgogne-la-syrie-et-retour-orientalisme-et-regionalisme-dans-l-oeuvre-d