Camille Drevet : Les Annamites chez eux (1928) ou l’écriture de l’urgence

Hors-série n°2, juin 2018
Radboud Universiteit (Pays-Bas)

Camille Drevet : Les Annamites chez eux (1928) ou l'écriture de l'urgence

 

C'est dans l'Indochine française de 1927 que nous transporte Les Annamites chez eux, un texte publié par Camille Drevet en septembre 1928, moins de quatre mois après la fin de son tour du monde1. Cet accablant témoignage sur la colonie frappe par sa force idéologique, mais sa forme, à la jonction du rapport de mission, du journal de voyage, du pamphlet politique et du grand reportage, le rend difficilement classable et le distingue des textes à ambition littéraire. Cette voyageuse française semble vouloir éviter toute fioriture ; elle écrit, dans l'urgence, un texte qui doit faire réagir les lecteurs. Paradoxalement, c'est peut-être justement le rejet des formes littéraires qui caractérise son rapport à l'Autre, aux subalternes de la relation coloniale, à ceux que la France nommait les « Annamites ». C'est cette hypothèse que je propose de vérifier. Pour cela, je commencerai par présenter Camille Drevet, puis j'examinerai les points de vue théoriques sur la spécificité du voyage au féminin et passerai ensuite à l'analyse des Annamites chez eux pour dégager les stratégies par lesquelles la voyageuse affirme son identité et crée des liens avec les Annamites. Je veux montrer que la stratégie employée à la fin du livre, ce que j'appelle « l'écriture de l'urgence », est révélatrice du travail de Drevet, de son identité et de sa relation aux autres.

Camille Drevet (1880-1969) féministe

Aujourd'hui oubliée du grand public, peu étudiée par la critique, Camille Drevet, cette infatigable voyageuse, conférencière de talent et spécialiste de Gandhi était réputée à l'entre-deux-guerres pour son engagement anticolonialiste, féministe et pacifiste2. C'est en 1927, alors qu'elle a 47 ans, que la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (LIFPL) l'envoie en mission en Asie3. Mais son engagement est né plus tôt, lors de la Première Guerre mondiale, en particulier à cause de la disparition de son mari en octobre 1914. Elle l'explique dans un article de 1926 lorsqu'elle raconte sa récente visite dans les tranchées, là où celui « dont la vie était toute la [s]ienne [...] est resté étendu [...] pendant plus de huit ans sans qu['elle] sache rien de lui4 ». Pourtant, si elle se rend dans ces régions en 1926, ce n'est pas à cause de ce drame personnel, c'est par engagement pour l'avenir, pour reconstruire la vie après la guerre. Elle plante des « arbres de la Paix » avec une consœur allemande de la LIFPL, Gertrude Baer, mère d'un soldat tombé dans la même région. La mort de l'époux est devenue pour Drevet « symbole de la douleur de toutes les femmes5 ». Cette action de solidarité entre une veuve française et une mère allemande, illustre le type de propagande de la LIFPL, ainsi que la position profondément internationaliste de ses membres. « Toute nationalité est fondée sur une spoliation », dit Drevet qui tient le nationalisme pour responsable de la boucherie de 14-18 et pour déclencheur possible de futurs conflits6.

Par le biais de la LIFPL, Drevet entre dans le cercle des féministes qui, adhérant aux thèses essentialistes de l'époque, estiment que la femme, parce qu'elle donne la vie, ne peut que condamner la guerre. Combattre les conflits est une responsabilité féminine. Si les femmes, en éduquant leurs enfants, évacuent les haines et les jouets guerriers, les nouvelles générations seront libérées de l'horreur des guerres et, si les hommes écoutent « la voix des femmes », le monde pourra être sauvé. Cette logique explique le titre de la revue féministe, pacifiste et indépendante dont Drevet est rédacteur en chef en 1926 : La Voix des femmes. La même année, Drevet participera au congrès international de la LIFPL à Dublin. C'est, semble-t-il, au contact de ses consœurs irlandaises qu'elle forge son triple engagement féministe, pacifiste et anticolonialiste. Elle analyse dans le problème irlandais le jeu d'arguments nationalistes, économiques et coloniaux qui installent les inégalités et les injustices sources des guerres7. Son inébranlable position de pacifiste repose sur un simple constat moral : les injustices sont à l'origine des guerres ; pour combattre les guerres, il faut combattre les injustices, toutes les injustices : celles faites aux femmes, aux pauvres, aux colonisés, aux employés mal traités, etc. Mais c'est aussi la forme du combat des « indomptables » Irlandaises que Drevet prend pour modèle8. Elles font la grève de la faim pour protester contre les injustices et les violences commises par les Anglais et par les Irlandais ; elles prennent la parole publiquement pour défendre les droits des prisonniers politiques et courent le risque de se retrouver elles-mêmes en prison. Le pacifisme est un combat actif qui se joue sur la scène publique.

Pourtant Dublin ne marque pas sa première rencontre des injustices coloniales. À la fin de la guerre, Drevet travaille dans un centre d'accueil pour mutilés de guerre où patientent « les épaves de l'armée d'Orient », Sénégalais, Malgaches, Annamites, et autres tirailleurs abandonnés par la France qui « oublie » de les rapatrier9. Drevet constate la profonde misère de ces hommes traités injustement sur base de la couleur de peau. C'était, se souviendra-t-elle plus tard, la première fois qu'elle s'était sentie « si fortement enracinée dans le bloc humain mêlant races et nations10 ». Ce contact avec des tirailleurs rappelle l'histoire de Lucie Cousturier et le titre Les Annamites chez eux est probablement inspiré de Mes Inconnus chez eux, le récit africain de Cousturier que Drevet avait lu avec admiration11.

La LIFPL, attentive à la révolution chinoise, décide d'envoyer des déléguées en Asie : le choix tombe sur Drevet et sur sa consœur anglaise et quaker, Edith Pye. Le but poursuivi était d'identifier des groupes de femmes partageant les visées féministes et pacifistes de la LIFPL, de les inciter à intégrer la ligue qui s'en trouverait renforcée et pourrait plus efficacement faire pression sur les gouvernements et prévenir les guerres. Mais, avant de partir, Drevet participe encore aux cours d'été organisés par la LIFPL sur « La Relation de la race blanche avec les autres races » et y rencontre un des conférenciers, l'Annamite Duong van Giao qui invite Drevet et Pye à s'arrêter en Indochine où il leur servira de guide12.

La spécificité des voyageuses dans l'univers colonial ?

Que ce texte soit l'œuvre d'une femme, qui plus est, d'une féministe, n'est sans doute pas indifférent, mais le contexte du voyage semble également essentiel pour évaluer la possible relation entre identité féminine et création de liens avec les colonisés. Selon Susan Bassnett, s'il est généralement admis que les voyageuses doivent se réinventer dans le voyage, celles qui se déplacent dans les colonies en pleine transformation politique éprouvent d'autant plus de difficultés à manœuvrer entre la sphère publique et privée de l'Empire13. 1927 est en Indochine l'année où les partis annamites, jusque-là divisés, tentent de créer une union antifrançaise14. Dans ce contexte conflictuel, la relation à l'autre porte probablement les marques du politique. Même si la majorité des théoriciens reconnaissent les variations de la littérature viatique au féminin, ils dégagent aussi des tendances, des accents et choix plus fréquents chez les voyageuses que chez les voyageurs. Or ces tendances sont évaluées de manière parfois contradictoire. Certains spécialistes, comme Susan Bassnett, constatent une écriture féminine plus intimiste ; d'autres au contraire, comme Mary-Louise Pratt, signalent la position souvent décalée des voyageuses qui critiquent l'action masculine ou la culture de leur pays d'origine15. Intériorité et critique politico-culturelle ne semblent guère compatibles.

Sara Mills apporte des solutions à cette apparente contradiction. Refusant l'interprétation essentialiste qui consiste à évaluer les textes des voyageuses coloniales comme étant, par définition, différents de ceux des voyageurs, elle attire notre attention sur le fait que les contraintes varient en fonction des sexes16. Poser la question du voyage au féminin consisterait alors à dégager les contraintes matérielles et discursives ayant pesé sur le voyage, sur l'écriture et sur la réception du texte des femmes. Or, la position des voyageuses occidentales dans l'univers colonial est ambivalente. Subalternes du discours patriarcal, elles sont des privilégiées du discours colonial. Cette ambivalence implique des configurations instables par rapport aux discours dominants. Tantôt les voyageuses y adhérent, tantôt elles les contestent.

La soumission au discours patriarcal se lirait, par exemple, dans les récits intimistes qui accordent ainsi au pouvoir le droit de surveiller et de contrôler la subalterne. Cependant, le voyage permet également aux femmes, traditionnellement confinées à la sphère domestique, de pénétrer dans l'espace public considéré masculin. Par la pratique du voyage, les femmes peuvent affirmer une liberté à laquelle les subalternes du discours colonial n'ont pas accès. En Indochine, la population qui est soumise à des lois très restrictives, revendique justement le droit de voyager librement. Selon Mills, certaines voyageuses adhèrent aux discours coloniaux dominants, affirmant leur supériorité ethnique pour revendiquer leur liberté au détriment des colonisés. De tels cas se rencontrent effectivement dans le contexte qui nous intéresse. On pourrait citer le cas de Titaÿna, une globetrotteuse française qui fait escale en Indochine en 1927, et adhère au discours colonial ; elle prend la posture du conquérant masculin en féminisant le territoire colonisé pour affirmer sa liberté17.

Mais le traditionnel rôle domestique féminin intègre aussi l'empathie : c'est la femme sœur compréhensive, mère nourricière, aide-soignante. Cette empathie incite potentiellement les femmes à considérer la situation des colonisés, à critiquer la manière dont ils sont traités. Le discours patriarcal en vient alors à saper celui du colonialisme. Une autre Française voyageant en Indochine en 1931, Andrée Viollis, illustre ce phénomène. Lors de la visite d'une prison, elle confronte au langage bourru du fonctionnaire qui l'accompagne, des prisonniers politiques « étonnamment jeunes, [aux] visages enfantins, [...] [qui] répondent d'une voix très douce [...], pathétiquement enfantine [...]18 ». Posant un regard maternel sur ces jeunes révolutionnaires, dont certains sont condamnés à mort, la voyageuse ne peut s'empêcher de nous communiquer son émotion : « Mon cœur bat : j'ai honte, j'ai mal19 ». L'empathie féminine, sans contredire le discours patriarcal, conteste ici le discours colonial. Signalons d'ailleurs que cette empathie des voyageuses est justement un sujet d'inquiétude de la littérature coloniale de l'Indochine. Dans nombre de fictions coloniales, des héroïnes-voyageuses, inconscientes des dangers, se laissent attirer à écouter, comprendre, aimer l'Asie. C'est une trahison au discours colonial que ces héroïnes-voyageuses doivent généralement payer de leur vie20. Nous pouvons confirmer l'analyse de Mills : les voyageuses de l'Indochine ne sont pas nécessairement, par solidarité intrinsèque de co-subalternes, contestataires du discours colonial.

Les stratégies des Annamites chez eux

Voyons maintenant comment Camille Drevet négocie sa relation à l'autre et quelles stratégies elle met en œuvre pour répondre aux contraintes qui lui sont imposées. La première contrainte du voyage tient à la méfiance dont les voyageuses font l'objet. Viollis, Drevet et Titaÿna en parlent dans leurs récits : elles ont toutes eu à subir la surveillance de la police coloniale. Mais les voyageurs masculins sont nombreux à s'en plaindre également. Dans bien des cas, le voyageur se présente comme un marginal de la colonie et en profite pour critiquer, voire ridiculiser les coloniaux. Cette marginalité est une caractéristique générale du récit de voyage à la colonie et correspond bien à ce que Helen Carr analyse dans la littérature de l'époque moderniste où les voyageurs se positionnent non seulement en marge, mais « au-dessus » des représentants de la civilisation coloniale21. Cependant Drevet est un cas particulier puisque la Sûreté indochinoise la considérait comme une dangereuse révolutionnaire française. Si les déléguées de la LIFPL sont « des femmes suspectes », c'est surtout parce qu'elles sont « accompagnées d'un Annamite qui écrit dans les journaux et fait des conférences22 ». Comme le montrait Sarga Moussa dans un autre contexte, il est important de considérer avec quels compagnons les voyageuses se déplacent23. Pour la police, le voyage en groupe de Giao, Pye et Drevet fait la preuve des « liens entre révolutionnaires français et les nationalistes annamites » qui contribuent à créer une unité antifrançaise24. Ce qui alerte les coloniaux, qu'ils soient policiers ou romanciers, ce sont les liens personnels et politiques entre Occidentaux et Asiatiques car ils réfutent l'idéologie coloniale basée sur la séparation.

Passons aux contraintes textuelles. Une discussion préoccupait les critiques littéraires qui estimaient que les voyageurs, ne connaissant pas la colonie de l'intérieur, étaient incapables de la décrire et de la juger25. L'exotisme, considéré dépassé, n'était pas le seul piège à éviter ; l'ethnographie ne pouvait pas non plus être du ressort du dilettante. Ces critiques attendaient avec impatience la naissance d'une vraie littérature coloniale (à la Kipling) pour prouver les succès de la mission civilisatrice française. L'objectif visé était de promouvoir la colonisation ; d'où la création, en 1921, du Grand Prix de Littérature coloniale. Il restait deux options aux voyageurs : soit faire une littérature d'escale, soit participer au mouvement général pour créer une opinion coloniale basée sur la connaissance des coloniaux.

C'est à partir de cette étroite marge de manœuvre que Drevet va opérer ; elle adhère au discours dominant sur les limites de la littérature de voyage. En effet, aucune description de paysages exotiques ou de pratiques culturelles ne vient égayer le texte. Dans l'introduction, elle résume rapidement les stéréotypes habituels, pour prouver qu'elle y était sensible, et passer sans plus attendre aux choses sérieuses :

[...] j'ai pu voir, avec la beauté de la nature d'Indochine, la valeur de la civilisation d'Annam, le charme de la vie familiale. J'ai vu des écoles indigènes, des pagodes familières, des maisons fraîches et recueillies. J'ai vu dans les rizières les femmes, coiffées du chapeau conique, repiquant le riz et dans les étangs, les enfants couchés sur les buffles accroupis.
Mais j'ai aperçu aussi, dans les plantations, les travailleurs courbés sur le sol malsain, et je ne puis oublier les coolies-pousse, courant en plein soleil dans les rues de Saïgon26.

Drevet se bornera à créer l'opinion coloniale, cependant dans le sens inverse à celui escompté par la critique puisqu'elle s'intéressera à la misère du peuple.

Mais la crise de la littérature de voyage à l'entre-deux-guerres, c'est aussi la prise de conscience acerbe que tout a été découvert, visité et narré par les générations précédentes. Les voyageurs se sentent pris au piège, programmés à percevoir ce qu'ils ont lu et à faire du Loti revisité. Drevet ne semble pas partager cette crainte : elle est en Indochine pour « vérifier [les informations qu'elle a lues, les] [...] enrichir [...] d'une documentation vivante [...] [et obtenir] sur les graves questions coloniales, quelques éclaircissements27 ». C'est qu'elle ne copie pas des sources éculées ; elle apporte des intertextes inédits au récit de voyage en Indochine, des textes rédigés par des révolutionnaires annamites et repérables dans Les Annamites chez eux.

Critiquant le système colonial qui pousse à la consommation d'alcool et d'opium elle écrit : « "Si les Annamites possédaient autant d'écoles que de débits d'alcool et d'opium, le peuple annamite serait le plus instruit du monde"28 ». Les guillemets indiquent qu'il s'agit d'une citation, mais Drevet ne donne pas de référence. Cette phrase est un des arguments du constitutionnaliste Bùi Quang Chiêu, le père spirituel de Giao, pour contredire le discours sur les « bienfaits » de la colonisation29. Drevet reprend également à son compte une stratégie de celui qui deviendra Hô Chi Minh30. Comme l'avait fait Hô, elle recopie simplement une lettre d'Albert Sarraut, dans laquelle le grand colonial poussait à la multiplication des Régies d'opium et d'alcool. Notons que Les Annamites chez eux crée des liens textuels entre Hô et Chiêu qui avaient des positions politiques très différentes, « unifiant » ainsi la contestation antifrançaise. Drevet contredit ici les discours sur le voyage : tout n'a pas été dit puisque certaines voix sont jusqu'ici restées inaudibles. Elle met à profit une stratégie qui permet de faire du neuf en intégrant les voix des Annamites ; les grands reporters tels que Louis Roubaud et Andrée Viollis feront pareil après elle.

D'une certaine manière, la Ligue lui apporte également des contraintes, cette fois idéologiques. Comment justifier, en effet, que Camille Drevet ne s'intéresse plus aux groupes de femmes qui pourraient devenir membre de la LIFPL ? Car il faut le souligner, jamais Drevet ne parle des femmes annamites. Qui plus est, en tant qu'internationaliste, il est délicat de légitimer un texte écrit : par une Française, sur le colonialisme français, publié en France et destiné à faire réagir les Français. Elle a beau se présenter au début comme « membre de la Section française » (et pas comme Française), plus le texte avance, plus il s'adressera spécifiquement aux « Français de bonne foi » et invoquera « notre devoir à nous Français31 ». Ces citations pourraient faire croire qu'elle adhère alors au discours nationaliste. Or elle n'en fait qu'un emploi provisoire, pour revenir dans la conclusion à l'internationalisme humaniste qui lui tient à cœur : « La question coloniale intéresse tous les Français, tous les Anglais, tous les citoyens de toutes les nations colonisatrices32 ». Ces changements montrent qu'elle puise à différents discours pour mieux convaincre, d'abord la ligue, puis ses compatriotes français et enfin le monde entier. Ils révèlent également que son féminisme est subordonné à son pacifisme ou, pour reprendre un concept de Gayatri Spivak, qu'il s'agit d'un essentialisme stratégique, qui permet provisoirement à un groupe opprimé de créer une appartenance collective et de formuler des revendications pour s'émanciper33. Drevet abandonne l'essentialisme féministe de sa ligue, formule temporairement des arguments nationalistes, pour se mobiliser dans l'anticolonialisme. Elle justifie ce changement dès le début. Conformément au genre du récit de voyage, le premier chapitre se passe sur le bateau, et c'est là qu'elle prend conscience de la violente division qu'implique le système colonial : « À mesure que le Cap St-Jacques s'éloignait de Marseille les coloniaux du bateau devenaient plus coloniaux et notre ami annamite plus Annamite34 ». Cette constatation la pousse à rédiger au chapitre deux, un nouveau plan de travail où elle recopie un des objectifs de la LIFPL formulé à Dublin : traiter « toutes les questions politiques [...] [et non pas] l'intérêt exclusif de tel ou tel groupe humain35 ». Elle peut alors délaisser le lobbyisme féminin prévu par la LIFPL et s'engager pour tous les colonisés.

Néanmoins, la principale contrainte idéologique est celle qui pèse en France sur la publication de toute critique de la colonisation. La doxa de l'époque souscrit au colonialisme et cela demande du « courage [...] de manifester cette désapprobation36 ». Comme « l'empire qui est de moins en moins contesté, va faire consensus », l'anticolonialisme français est surtout réformiste37. Rares sont les anticolonialistes radicaux qui demandent l'indépendance. Vu ce consensus métropolitain, la première arme à la disposition des critiques est l'ironie, ultime ressource de ceux qui n'ont pas le droit de parler puisqu'elle permet de signifier le contraire de ce que l'on dit, de jouer avec les antinomies en évitant de prendre clairement position.

C'est effectivement avec sarcasme que Drevet parle de la surveillance policière :

Dès notre arrivée, [...], nous eûmes nos anges gardiens. [...] nous eûmes le plaisir de voir [...] trois policiers prévenus de notre arrivée. Il en fut ainsi jusqu'à notre départ. [...] je n'oubliai pas de remercier [le chef de la police] [...] de nous avoir fait « protéger » avec tant de soin38.

On remarquera ici, outre l'ironie critique, une des rares occurrences où la voyageuse se met en scène. La majeure partie du texte est réservée aux exactions coloniales parfois présentées avec cynisme :

Pousser à la consommation de l'opium et se servir de la drogue comme instrument de corruption, tout cela forme un ensemble « colonial » des plus harmonieux. [...] En vérité, s'il [l'Annamite] ne sait pas apprécier dans cette opération les beautés de la colonisation, c'est qu'il s'obstine à ne pas comprendre39.

En répétant les termes élogieux sur le colonialisme, Drevet colle au discours pour mieux le désavouer. D'ailleurs l'ironie de Drevet se manifeste aussi dans le titre puisque, justement, tous ses arguments concourent à nous le faire constater, les Annamites n'ont pas de « chez eux ». L'ironie vient étonnamment souligner le sérieux d'un sujet marqué d'emblée par les interdits auxquels sont soumis les colonisés, entre autres le compagnon de voyage annamite40. « Que vient faire ici D.V.G ? [demande la presse lors de leur débarquement] En effet, quelle audace pousse un Annamite à venir dans son pays, après 12 ans d'absence41 » ?

Néanmoins, si l'ironie est une arme, elle est également la marque d'une impuissance à désavouer directement les discours dominants. Andrée Viollis, cette autre anticolonialiste courageuse, se montre dans la douleur d'un silence impuissant à s'opposer aux horreurs coloniales : « je me détourne avec douleur, dit-elle, avec honte puisque je ne peux rien faire...42 ». Drevet va plus loin. Son double discours cède la place à un franc rejet colonial alors que le texte subit un double développement. Tout d'abord, comme je l'ai signalé plus haut, le public auquel elle s'adresse s'élargit, il s'agit de faire réagir le monde entier et plus seulement les Français. Ensuite, elle abandonne le traditionnel fil chronologique du récit viatique et passe à une construction thématique décousue où le fond et la forme dévoilent la misère de la population.

Il y a tant d'injustice, de violence, de crimes contre l'humanité, qu'elle ne sait plus où donner de la tête. Elle nomme en vrac une masse impressionnante d'injustices qui viennent submerger le lecteur, parce qu'elles la submergent. On ne peut pas dire que ces chapitres soient bien écrits ni même logiquement structurés, au contraire la structure argumentative semble exploser : c'est ce que j'appelle « l'écriture de l'urgence ». La narratrice s'impatiente : la situation est si grave qu'il n'y a plus ni choix rhétorique, ni distance ironique qui vaille. Drevet fait ici à nouveau entendre la voix des Annamites car son impatience textuelle mime celle, politique, des colonisés qui revendiquent de plus en plus l'indépendance. La population a « support[é] avec patience l'oppression. La patience des Annamites peut être incroyable. Mais elle n'est pas éternelle. Aujourd'hui les Annamites veulent vivre librement43 ». Drevet, comme la population, prend position pour l'indépendance. Il n'est pas question de réformer :

[...] le régime [...] doit être changé. Le problème [...] dépasse les frontières de l'Annam. La France, comme l'Angleterre, la Hollande, est venue en Asie asservir. Les Européens ont cru et croient encore que la couleur de la peau conférait des privilèges. Mais le peuple Annamite défend ses mœurs, ses aspirations, son avenir, son existence44.

L'ironie a disparu ; la voyageuse donne maintenant son avis, directement, catégoriquement. Elle réinvestit ses arguments de pacifiste solidaire avec les opprimés et « joi[nt] [sa] voix à celle des Annamites [...] [parce qu'elle est] des leurs45 ».

De son écriture de l'urgence émerge le rejet et l'angoisse de la guerre. Il faut « savoir que la colonisation c'est la guerre ; guerre pour conquérir, "pacifier" la colonie ; guerre pour la conserver » ; il faut donc mettre « la colonisation [...] hors la loi » et accorder la liberté aux peuples colonisés « sinon [...] l'indépendance sera conquise de haute lutte au prix de sacrifices et de meurtres » alors que le monde entier devrait souhaiter, comme elle, « que cette indépendance soit un affranchissement heureux et non pas un nouveau carnage46 ». Drevet accumule les formules péremptoires et affirme des vérités qui doivent inciter les lecteurs à la suivre dans son engagement, à se mobiliser pour que les colonisés aient un « chez eux ».

Les Annamites chez eux est sans conteste l'essai français le plus radicalement anticolonial de son époque. Sa radicalité explique probablement qu'il fut publié dans l'obscure « Imprimerie de la Société Nouvelle d'Éditions Franco-Slaves » et qu'il n'eût guère d'effet sur l'opinion publique47. Vu le consensus procolonial de la métropole, les anticolonialistes tels que Camille Drevet et les Annamites antifrançais, ne pouvaient toucher qu'un lectorat restreint, principalement composé d'anticoloniaux et d'agents de la Sûreté. Confrontée à diverses contraintes matérielles, textuelles et idéologiques, Camille Drevet négocie avec les discours dominants. Adhérant parfois au discours du pouvoir (sur les limites de la littérature de voyage, notamment), elle conteste le discours colonial sur toute la ligne, conformément à ses convictions de pacifiste. En effet, même si elle voyage comme féministe de la LIFPL, ce n'est plus comme féministe qu'elle construit des liens avec les autres. Elle prend ses distances avec l'activisme préconisé par la LIFPL qui ne peut répondre à l'urgence du problème colonial.

Les Annamites chez eux peut décevoir les féministes et les amoureux de la belle langue puisqu'il est écrit dans l'urgence, sans chercher à plaire. Cependant, et c'est là toute sa force de conviction, c'est un texte qui pratique une écriture de l'urgence. Cette stratégie, où la forme mime le fond, est symptomatique de l'anticolonialisme de la voyageuse, des relations de solidarité qu'elle crée avec les colonisés et de son combat de pacifiste.

 

 

1 Camille Drevet, Les Annamites chez eux (1928), éd. Emmanuelle Radar, Paris, L'Harmattan, « Autrement mêmes », à paraître.

2 On rencontre son nom sporadiquement dans des articles scientifiques traitant du socialisme, du féminisme et du pacifisme de l'entre-deux-guerres ainsi que dans des ouvrages sur la pensée de Gandhi.

3 Michel, Dreyfus, « Drevet, Camille », Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, Paris, Éditions ouvrières, 1981-1993, p. 14-16

4 Camille, Drevet, « Les arbres de la Paix », La Voix des femmes, 11 février 1926, s. p.

5 Ibid.

6 Camille, Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 14.

7 Camille, Drevet, Par les Routes humaines, Paris, chez l'auteur, 1964, p. 29.

8 Ibid., p. 31-32.

9 Ibid., p. 23-26.

10 Ibid., p. 203.

11 Camille, Drevet, « Les beaux livres », La Voix des femmes, 12 novembre 1925, s.p. Voir Lucie Cousturier, Des Inconnus chez moi (1920), éd. Roger Little, Paris, L'Harmattan, « Autrement mêmes », 2001 et Lucie Cousturier, Mes Inconnus chez eux (1925), Paris, Les Belles Lectures, 1956.

12 Duong Van Giao (1892-1945) est un des directeurs du Parti constitutionnaliste annamite, un parti qui revendique plus de droits sans être indépendantiste. Son chef de file, Bùi Quang Chiêu, prône un Dominion. Le constitutionnalisme bénéficie du soutien de la population jusqu'en 1925-1926, mais commence à perdre sa crédibilité au profit des nationalistes qui à leur tour cèderont le terrain aux communistes. Voir Emmanuelle Radar, « Introduction », dans Viet Nam : la tragédie indochinoise, Louis Roubaud, Paris, L'Harmattan, « Autrement mêmes », 2010, p. vii-xxxii.

13 Susan Bassnett, « Travel Writing and Gender », dans The Cambridge Companion to Travel Writing, Peter Hulme et Tim Young (dir.), Cambridge, Cambridge University Press, 2002, p. 225-241.

14 Anonyme, Note sur l'activité des partis d'opposition antifrançaise en Indochine, Centre des Archives d'Outre-Mer, Direction de la police et de la Sûreté Générale, G.G.I. 65433, premier trimestre 1928.

15 Susan Bassnett, art. cit., p. 239; Mary-Louise Pratt, Imperial Eyes. Travel Writing and Transculturation, London/New York, Routledge, 1992, p. 213-216.

16 Sara Mills, Discourses of Difference. An Analysis of Women's Travel Writing and Colonialism, London/New York, Routledge, 1991 et « Gender and Colonial Space », dans Feminist Postcolonial Theory, Reina Lewis et Sara Mills (dir.), New York, Routledge, 2003, p. 692-719.

17 Titaÿna, Mon Tour du monde, Paris, Louis Querelle, 1928.

18 Andrée Viollis, Indochine. S.O.S., Paris, Gallimard, 1935, p. 8.

19 Ibid., p. 9.

20 Je me permets de renvoyer à Emmanuelle Radar, « Putain de colonie ! » Modernisme et anticolonialisme dans la littérature du voyage en Indochine (1919-1939), Thèse de doctorat, University of Amsterdam. http://dare.uva.nl/document/106473, 2008. Notamment « Les Garçonnes en Indochine », p. 663- 682.

21 Helen Carr, « Modernism and Travel (1880-1940) », dans The Cambridge Companion to Travel Writing, op. cit., p. 70-86.

22 Camille Drevet, Les Annamites chez eux. op. cit., p. 5.

23 Sarga Moussa, « L'Égypte en groupe, en couple ou en solitaire. Trois modalités du voyage au féminin au XIXe siècle (Suzanne Voilquin, Valérie de Gasparin et Lucie Duff-Gordon) », dans Voyageuses européennes au XIXe siècle. Identités, genres, codes, Frank Estelman, Sarga Moussa et Friedrich Wolfzettel (dir.), Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, « Imago Mundi »2012, p. 241-255.

24 Anonyme, Note sur l'activité des partis d'opposition antifrançaise en Indochine, op. cit., p. 34.

25 Lucien Maury, « Les Œuvres et les idées : la Crise du récit de voyage », Revue Politique et Littéraire. Revue Bleue, vol. 62 (no 3), 1924, p. 347-350 ; Roland Lebel, Histoire de la littérature coloniale en France, Paris, Larose, 1931 ; Eugène Pujarniscle, Philoxène ou la littérature coloniale, Paris, Firmin-Didot, 1931 ; Louis, Malleret, L'Exotisme indochinois dans la littérature française depuis 1860, Paris, Larose, 1934.

26 Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 3.

27 Ibid. p. 5.

28 Ibid. p. 18.

29 Bùi Quang Chiêu, France d'Asie. L'Indochine moderne. Être ou ne pas être. Vers le dominion, Toulouse, Imprimerie du Sud-Ouest, 1925, p. 9.

30 Hô Chi Minh, Œuvres choisies. Le Procès de la colonisation française (1922-1926), t. 1, Hanoï, Éditions en Langues Étrangères, 1960, p. 211-212.

31 Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 7, 26 et 44.

32 Ibid., p. 46.

33 Gayatri Chakravorty Spivak, « Criticism, feminism and the institution », Interview de Elisabeth Gross, Thesis Eleven 10/11, 1984-1985 (nov.-mars.), p. 175-187. Voir aussi Bill Asshcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, Post-Colonial Studies. Key Concepts, London/New York, Routlegde, 1998, p. 79.

34 Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 4.

35 Ibid. p. 7.

36 Léon Werth, Cochinchine (1926), Paris, Viviane Hamy, 1997, p. 152.

37 Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire (dir.), « Avant-propos », Culture coloniale. La France conquise par son Empire. 1871-1931, Paris, Éd. Autrement, 2003, p. 36. Sur les catégories de l'anticolonialisme voir Marcel Merle, « L'anticolonialisme », dans Le Livre noir du colonialisme, Marc Ferro (dir.), Paris, Robert Laffont, 2003, p. 611-645.

38 Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit, p. 9-10.

39 Ibid., p. 18-19.

40 Sur le sérieux des récits de voyage des colonisés, voir Romuald Fonkoua, « Le "voyage à l'envers". Essai sur le discours des voyageurs nègres en France », dans Les Discours de voyage. Afrique-Antilles, Paris, Karthala, 1998, p. 133.

41  Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 11.

42 Andrée Viollis, op. cit., p. 110.

43 Camille Drevet, Les Annamites chez eux, op. cit., p. 38.

44 Ibid.

45 Ibid., p. 47.

46 Ibid., p. 46 et 48.

47 Les Annamites chez eux aurait été suivi d'actions. Voir Claude Liauzu, Aux Origines des tiers-mondismes. Colonisés et anticolonialistes en France 1919-1939, Paris, L'Harmattan, 1982, p. 82. Mais rares sont les publications ultérieures sur l'Indochine qui y font référence.

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Pour citer cet article



Référence électronique
Emmanuelle RADAR, « Camille Drevet : Les Annamites chez eux (1928) ou l’écriture de l’urgence », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 28/05/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/ii-voyageuses-et-imperialismes/camille-drevet-les-annamites-chez-eux-1928-ou-l-ecriture-de-l-urgence

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