Louise Colet et l’« Orient-Isthme-de-Suez » : Les Pays lumineux dans le contexte de l’inauguration du canal de Suez en 1869

Hors-série n°2, juin 2018
Université de Frankfurt-am-Main

Louise Colet et l'« Orient-Isthme-de-Suez » : Les Pays lumineux dans le contexte de l'inauguration du canal de Suez en 1869

 

En tant que femme auteur d'envergure, Louise Colet a multiplié les formes d'écriture tout au long de sa carrière, et, bien sûr, elle fut une femme à qui et de laquelle on a beaucoup parlé1. Cependant, devant la célébrité de son nom et sa réputation de muse d'autres auteurs, ses propres paroles ont été éclipsées et ne sont connues aujourd'hui que par un nombre assez restreint de spécialistes de la poésie et du roman au XIXe siècle, du journalisme du Second Empire ou du récit de voyage.

C'est justement à la jonction du récit de voyage et du reportage que se situe un des derniers livres qu'elle a rédigés : Les Pays lumineux. Voyage en Orient. Cet ouvrage est assez connu - il est disponible dans l'édition moderne de Muriel Augry2 -, et il est de fait propre à paraître dans le florilège des récits de voyages en Égypte. Pourtant, le risque auquel pourrait s'exposer cet article réside dans le titre choisi. Évoquer une expression de Flaubert, « l'Orient-Isthme-de-Suez3 », pour analyser la contribution de Louise Colet à la mouvance égyptophile, c'est faire valoir la voix de la voyageuse par l'intermédiaire de la tradition qui a précisément contribué au bavardage malveillant dont elle a fait l'objet.

Néanmoins, il y a deux raisons qui confortent l'approche que nous proposons. D'abord, le concept que Flaubert a évoqué dans sa correspondance de l'année 1877 sans l'élaborer plus en détail est particulièrement heureux pour représenter la transformation de la pensée orientaliste dans la deuxième partie du XIXe siècle. Qui plus est, en identifiant l'Orient moderne à l'« Orient-Isthme-de-Suez » qu'il souhaitait avoir le temps d'étudier, Flaubert a relié cette transformation à la partie de l'histoire égyptienne qui préoccupait également Louise Colet. Car celle-ci a consigné dans Les Pays lumineux ses expériences d'un voyage fait à l'occasion de l'ouverture du canal de Suez en 1869 en tant que correspondante du quotidien Le Siècle.

Ensuite, le voyage en Orient de Louise Colet évoque explicitement Flaubert. Ce n'est donc pas une déformation rétrospective que d'analyser Les Pays lumineux à travers un écran flaubertien. Ainsi, le premier soir, sur le bateau à vapeur qui la transporte vers la Haute Égypte, au début d'une excursion organisée par l'égyptologue Auguste Mariette, une « hallucination », déclenchée par des cafards sur son lit, possède la voyageuse ; elle est hantée par « l'image morte d'un être aimé dans [s]on aveugle jeunesse, ensevelie dans [s]on cœur depuis plus de vingt ans » qui se ranime et se penche vers elle comme un « spectre malsain4 ». « [L]e souffle énervant » de ce « Pygmalion vulgaire », qui, pour elle, représente à la fois « l'assassin » de sa jeunesse et le responsable de sa « mort morale », la harasse à tel point qu'elle recourt à une forte dose d'opium : « [...] l'oubli ! l'oubli de la souffrance, le mot opium que je venais d'écrire bourdonnait dans mon cerveau. Là est l'oubli [...]5 ». Comme si cela ne suffisait pas pour illustrer la confrontation avec le souvenir de Flaubert en Égypte, la voyageuse ajoute encore un élément : l'évocation de cette courtisane célébrée par Flaubert qu'elle ne nomme pas non plus, mais à laquelle elle fait référence comme « une de ces séduisantes almées qui lui servirent à déchirer et à révolter [s]on cœur dans ses récits de voyage6 ». Elle caresse notamment l'espoir de retrouver Kouchouk-Hanem, dont il est question, « à l'état de momie vivante » dans la Haute Égypte : « De cette idée est éclos le cauchemar de tantôt, sans trouble, sans attendrissement, sans réveil possible de sentiments morts et de cendres7 ».

À bien des endroits, Les Pays lumineux porte tous les traits d'un ouvrage de circonstance, d'un texte qui n'est pas commandé par une exigence d'originalité excessive. En commençant avec Jean-Marie Carré, la critique n'a pas manqué de reprocher à ce récit les inexactitudes commises à propos de l'Égypte ou les emprunts à d'autres auteurs8. Pourtant, on peut reconnaître dans ce récit un élément particulièrement propre à l'écriture autobiographique : celui d'une prise de conscience d'un trauma personnel. Cette disposition du récit s'écarte bien évidemment de la verve satirique des pages sur l'Égypte à l'heure du canal de Suez. Néanmoins, on ne comprendrait pas l'organisation narrative des Pays lumineux si on ne considérait pas que l'expérience individuelle et l'expérience collective s'y enchaînent pour assurer une fonction élémentaire du récit : effacer les images d'une Égypte asservie à la cupidité des Occidentaux, allant de la disponibilité muette de Kouchouk-Hanem au khédive de l'Égypte qui abandonne son peuple, pour le livrer à la discrétion des investisseurs européens.

Démythification

Louise Colet prend la parole dans Les Pays lumineux en tant que femme et mère. On trouve une multitude de scènes dans lesquelles elle déploie un discours fondé sur la générosité humaine qui résulte du féminin, générosité qui manque, selon elle, aux hommes soumis aux « affinités bestiales9 ». La posture que prend la voyageuse devant le khédive Ismaïl est exemplaire : « Écoutez la voix d'une femme qui emprunte, pour vous émouvoir, la voix de l'humanité10 ». Dans le contexte de cette œuvre tardive, ce type de fondement ontologique de la voix féminine ne surprend pas. Faire s'étendre et se dilater « le foyer d'amour maternel, dont la première expansion est pour nos enfants » « sur l'immense famille humaine11 » est un motif récurrent dans l'œuvre de Louise Colet12. Cependant, comme le travail de deuil personnel de la voyageuse, cette base même de la mission sociale assignée aux femmes a été mise à l'épreuve d'une situation concrète et bien spécifique en octobre et novembre 1869 en Égypte.

L'inauguration du canal de Suez a été accompagnée d'une vaste campagne de publicité qui devait créer une image publique avantageuse du canal et annoncer la modernisation du pays. À cet effet, le khédive Ismaïl avait fait venir en Égypte deux mille invités de toute l'Europe, des représentants des monarchies diverses, des scientifiques, investisseurs et industriels, des artistes et des écrivains. Parmi eux se trouvaient aussi des journalistes qui nous ont légué, pour la France seule, une douzaine de reportages sur les événements13. Grâce au système télégraphique, les reportages des invités de la presse paraissaient en France au moment même des cérémonies en Égypte qui durèrent plusieurs semaines.

Ces reportages ne font pourtant que réactualiser des éléments d'un discours justificatif qui datait de l'époque de la propagation du canal de Suez, c'est-à-dire des années postérieures à 1854 où Ferdinand de Lesseps avait obtenu de l'Égypte la concession pour la construction14. Ce discours justificatif reposait sur plusieurs piliers que sont la croyance dans le progrès technique, l'assignation d'une mission civilisatrice à la nation française, l'idée saint-simonienne d'une fraternisation des peuples et l'image biblique d'une volonté providentielle manifeste dans le canal. Les journalistes s'en servaient généralement de façon fragmentaire et discontinue pour décrire l'événement. Si on analyse leurs textes nécessairement écrits à la hâte et sans compétence particulière - le titre du reportage de Lambert de la Croix du Moniteur universel est tout à fait significatif à cet égard : Égypte, cinq minutes d'arrêt !!!15 -, l'essentiel est de reconstruire l'organisation des éléments de ce discours dans les textes individuels. En prenant quelques précautions, on peut observer la même technique de construction du récit, fondée sur la relance d'idées empruntées à autrui, dans Les Pays lumineux de Louise Colet.

Il faut savoir toutefois qu'à la différence des reportages des autres journalistes, Les Pays lumineux est un récit de voyage à caractère rétrospectif, écrit quelques années après les événements. Il est marqué par la réévaluation désenchantée de ceux-ci sous l'angle de la défaite du Second Empire et surtout de la Commune de Paris. Mais dans le récit sont reproduits certains matériaux authentiques datant de l'époque même du voyage : des passages du journal de voyage, des poèmes, des lettres que Louise Colet a écrites à sa fille, et surtout une lettre qu'elle avait envoyée au journal Le Siècle, un « quotidien progressiste d'opposition16 ». Cette lettre - qui a été effectivement publiée par le périodique le 14 novembre 1869 - sera mise au centre des analyses subséquentes car c'est surtout ce périodique que l'on peut mettre en rapport, sans anachronisme méthodologique, avec les reportages contemporains de l'inauguration du canal de Suez.

Parmi les invités du khédive, Louise Colet est très consciente d'être « un témoin gênant qu'il fallait tenter de tenir à distance17 ». Écartée de certaines occasions, elle n'est pas traitée avec la même attention par le gouvernement égyptien ni n'obtient le même type de privilèges que des écrivains et des journalistes plus susceptibles de servir les besoins de la cause. Il n'est ainsi pas surprenant qu'elle se considère « comme une paria dans le monde officiel18 ». De fait, elle faisait front à ceux qu'elle appelle des « laquais parisiens, stylés à la cour impériale » que « [l]'inauguration du canal de Suez a attirés en Égypte19 » et à ceux qu'elle considère comme des « flatteurs de l'Empire20 » comme Théophile Gautier. Femme libérale et progressiste : tout semble donc être fin prêt pour obtenir d'elle une version différente des événements. Mais en est-il ainsi ?

Évidemment, la réponse à cette question touche de près la relation, parfois teintée de complicité, que les femmes voyageuses entretiennent avec le colonialisme. La question que l'on se pose depuis une vingtaine d'années n'est pas s'il existe une telle complicité - celle-ci est indéniable, car les récits de voyage au féminin sont intrinsèquement liés aux rapports de force qui existaient, surtout au XIXe siècle, entre les discours de « genre, de race et de classe21 » dans les situations coloniales. L'enjeu est plutôt de savoir si l'altérité des voix féminines tant au niveau social que littéraire confère à la participation des femmes aux discours coloniaux une valeur spécifique et/ou dissidente. Selon Sara Mills :

[...] les relations de voyage des femmes ont été produites et accueillies dans un contexte qui montre des ressemblances significatives avec la construction discursive et la réception des textes masculins ; en même temps, en raison des systèmes de référence qui exercent une pression sur les femmes auteurs, on peut détecter dans les textes féminins des négociations qui dérivent des différences semblant être dues aux questions d'identité sexuelle22.

En ce qui concerne Louise Colet, il convient de procéder à cet égard à un coup de projecteur, nécessairement sommaire, sur deux champs : ses observations sur le canal de Suez et ses commentaires sur la modernisation de l'Égypte. Ensuite, l'imbrication de ces deux champs aboutira à l'analyse de son refus d'un scénario qu'on peut appeler avec Flaubert « l'Orient-Isthme-de-Suez ». Ce refus fera apparaître la résistance du récit de Louise Colet vis-à-vis de la situation semi-coloniale23 de l'Égypte en 1869. Mais il s'agit également de montrer - dans une lecture comparative avec quelques reportages - l'enjeu d'une telle attitude dans le contexte du canal de Suez.

Comparée aux journalistes officiels, Louise Colet a participé de façon modérée à la propagande du canal. Certes, sa discrétion ne va pas jusqu'à diminuer les avantages de celui-ci - la voyageuse adhère en effet au progrès technique et, pour elle, le canal témoignerait de « la gloire pacifique et féconde des bienfaiteurs de l'humanité » qui l'ont emporté « sur la gloire sinistre et sanglante des conquérants24 ». Mais ce type de remarques, éparpillées dans un texte dont la narration s'arrête justement avant les cérémonies de l'inauguration, semble faire profil bas par rapport à l'événement qui a occasionné le voyage. Ce n'est pas le cas de la presque totalité des autres textes. Là où les reportages comme ceux d'Émile de la Bédollière25 du National ou celui de Florian Pharaon26 de La France ont tendance à recourir à des propos superlatifs, Louise Colet ne fait qu'effleurer certains éléments du discours justificatif du canal dans les marges d'une écriture autobiographique aussi marquée que la sienne. On peut déceler cette différence dans le portrait en miniature que la voyageuse brosse de Ferdinand de Lesseps :

L'inauguration du canal de Suez attirait les imaginations vers l'Égypte, où de toutes les parties du monde allaient accourir les savants, les écrivains, les artistes dignes de comprendre et d'applaudir un génie persévérant et pratique. L'œuvre prodigieuse de la réunion des deux mers, déclarée impossible au début, s'était accomplie, grâce à la tenace volonté d'un seul homme. Cet homme est grand et son nom restera à jamais inscrit dans l'histoire de la civilisation27.

Ce passage contient quelques idées partagées par les autres journalistes : la célébration du potentiel civilisateur du canal, qui passe pour un moyen pacifique de moderniser le pays, le mythe du grand homme (c'est-à-dire de la volonté entrepreneuriale de Lesseps, à laquelle seule aurait été redevable la réalisation du projet) et l'attitude anti-anglaise (car c'était l'Angleterre à qui on imputait en France d'avoir mis en question la possibilité de la construction du canal). À ceci près qu'on ne trouve dans Les Pays lumineux ni le récit élogieux d'une audience chez Lesseps, ni un portrait détaillé de celui que Florian Pharaon considérait comme le « premier conquérant pacifique du siècle28 », ni une description apologétique de son entreprise, Les Pays lumineux ressemble donc aux reportages de l'ouverture du canal. En ce qui concerne le canal lui-même, on retient une complicité de Louise Colet avec les autres journalistes.

Son évaluation du système khédival apparaît toutefois comme un rappel des réalités concrètes, voire une réaction sceptique. Dans le cadre d'un entretien fictif qui remplace l'audience à laquelle elle n'a pas été invitée, Louise Colet voue des pages entières à Ismaïl Pacha. Elle l'estime comme étant « le plus humain gouverneur que l'Égypte ait connu » et l'introducteur, par l'intermédiaire de son épouse, d'« un élément nouveau de civilisation et de moralité29 ». Si on s'étonne de ce portrait d'un vice-roi controversé en France30, il faut suivre la propre logique de Colet. Car, pour la voyageuse, c'est l'Égypte qui manque au rendez-vous donné par l'histoire d'un progrès moral et civilisateur durable par la voie du canal de Suez, et elle fait appel aux responsables égyptiens pour améliorer la situation :

Eh bien ! Altesse ! ce progrès il faut le vouloir complet, réel, profond et non à la surface. L'apparence du bien n'est qu'un masque que l'histoire arrache de la face des rois. À quoi bon pour votre gloire que vous avez importé au Caire la langue, les théâtres, les modes et les usages français, si vous n'y avez pas importé la passion de la justice, du droit et de l'égalité, qui fait que, malgré de déplorables éclipses de grandeur et de liberté, la France se retrouve toujours un grand peuple initiateur du bien31 ?

Dans la lignée du Fellah d'Edmond About32, texte auquel Louise Colet rend hommage, elle déploie donc un discours politique qui a ses repères dans la tradition républicaine. La voyageuse s'applique à justifier ainsi l'entreprise du canal et à mettre en valeur le rôle généreux de la France. Mais comme la France agonise dans « la longue parodie de l'Empire33 », c'est à l'Égypte de se faire un devoir des valeurs libérales. Cette conviction se radicalise notamment dans l'article qu'elle a envoyé au Siècle. Dans ce texte, Mohammed Al Akmar (pseudonyme dont usait Colet), montre « le revers de notre civilisation » à travers une mise à nue de l'autocratie du vice-roi :

Si je voulais lever le rideau, je vous [...] parlerais de nos villages déserts par suite de la transportation des fellahs, qu'on pousse comme un troupeau et qu'on emmène, sur un ordre du gouverneur, à cent lieues du sol natal, pour exécuter les travaux du gouvernement. Je vous parlerais des corvées imposées sans règle [...]34.

Ce qui intrigue dans cet article est d'abord la lucidité de son auteure, car la révolte d'Urabi Pacha à la fin des années 1870 donne un certain cachet prophétique aux paroles du « jeune égyptien » Mohammed Al Akmar. Ensuite, le fait de démasquer le système politique de l'Égypte à travers le point de vue d'un homme n'est pas innocent dans le récit d'une auteure tellement convaincue de la mission sociale des femmes, même si le pseudonyme servait probablement à protéger Louise Colet pendant son séjour en Égypte. Il faut bien replacer dans le contexte de l'inauguration du canal non seulement l'assimilation à une auctorialité masculine, mais aussi l'assimilation à l'autochtone. En effet, l'auteure s'applique ainsi à démystifier, à découvrir ou à montrer le revers d'une réalité faussée à la fois par l'actualité semi-coloniale et par le regard fugitif des autres touristes incapables de capter la véritable signification de l'événement pour le pays visité. Pourtant, voilà que dans ce contexte, cette tentative de démythification a forcément des répercussions dans les descriptions de l'Égypte d'alors.

Dés-Orient-ation et Orient-Isthme-de-Suez

De nombreux chercheurs ont montré que les voyageurs en Orient ont été confrontés, dans la deuxième partie du XIXe siècle, à une réalité de plus en plus encombrante. Selon Isabelle Daunais, ces voyages en Orient de l'époque postromantique ont été bien plus des « voyages de reconnaissance, ou d'"assurance" » que des voyages de découverte. Sur la toile de fond d'itinéraires balisés par les lectures et par le recours incessant à une « bibliothèque antérieure », l'expérience du voyage n'était plus un « plein » mais plutôt « une série de variations35 ». Pour mieux comprendre ce phénomène, Ali Behdad a proposé le concept de « dés-Orient-ation », analysant ainsi ces voyageurs en Orient qui avaient l'impression d'avoir pris du retard dans leur quête de sensations exotiques (« belated travelers ») et regrettaient notamment de ne plus pouvoir jouir du « plein » de la contre-expérience orientale. Selon Behdad, l'orientalisme littéraire devenait ainsi le « schème obsessif » d'une quête qui se heurtait à une réalité décevante36. La primauté ayant été donnée au bien voir et à l'autopsie exacte du réel, les voyages en Orient s'achevaient de plus en plus souvent dans l'impression de la perte de l'altérité de leurs objets.

Il est d'abord tout à fait primordial de comprendre le coup qu'a effectivement porté le canal de Suez au discours constituant de l'altérité des mondes orientaux et occidentaux. Edward Said donne tout son poids à cette observation. Pour lui, le canal a fait perdre tout simplement son prestige aux versions éternellement dichotomiques de l'Orient et de l'Occident :

Après Ferdinand de Lesseps, personne ne pourrait parler de l'Orient comme appartenant à un monde autre, à strictement parler. Il y avait « notre » monde, « un » monde sans solution de continuité parce que le canal de Suez avait donné tort à ces derniers provinciaux qui croyaient encore à la différence entre les mondes37.

Le discours du représentant de l'église catholique lors de l'inauguration, Monseigneur Bauer, qui est reproduit dans quelques reportages, n'est pas moins explicite à cet égard :

[...] voilà les vaisseaux de toutes les nations prêts à franchir pour la première fois ce seuil qui fait de l'Orient et de l'Occident un seul et même monde ; la barrière est abaissée ; un des ennemis les plus formidables de l'homme et de la civilisation, l'espace, perd en un seul instant deux mille lieues de son empire. Les deux extrémités du globe se rapprochent ; en se rapprochant, elles se reconnaissent ; en se reconnaissant, tous les hommes, enfants d'un seul et même Dieu, éprouvent le tressaillement joyeux de leur mutuelle fraternité ! Ô Occident ! Ô Orient ! Rapprochez, regardez, reconnaissez, saluez, étreignez-vous38 !

Ce qui est mis en question dans ces phrases, c'est une vision événementielle de l'histoire contemporaine. Le canal de Suez est censé abaisser les frontières entre les civilisations et annoncer ainsi l'union fraternelle de l'Orient et de l'Occident. Certes, il ne faut pas rester sur l'échec de l'orientalisme conventionnel qui s'y fait jour. Mais on ne comprendrait pas la « dés-Orient-ation » fondamentale des invités du khédive en face de l'Égypte contemporaine si on ne prenait pas en compte la force rhétorique de l'idéologie dominante d'un « seul et même monde » uni par le canal de Suez.

Sur cette base, il est peu étonnant de constater l'impression de disparate que les journalistes avaient de l'Égypte. Leurs représentations de la place Ezbekiyya au Caire sont très parlantes à cet égard. De fait, cette place célébrée jadis par les voyageurs et peintres de l'époque romantique avait été modernisée juste avant l'inauguration par l'architecte du Parc Monceau à Paris, Barillet-Deschamps39, ce qui provoquait des plaintes. Victor Fournel est choqué par le spectacle d'une « contrefaçon du parc Monceau » qu'il estime être « un contresens sous le ciel d'Orient40 ». Même Théophile Gautier, qui pourtant réactive ses images de la peinture de Prosper Marilhat, évoque de manière ironique « les théâtres du Cirque, de l'Opéra-Italien et de la Comédie-Française » qui s'imposent à la vue, même si ceux-ci ne dérangent « pas trop » « notre rêve41 ». Et Charles Blanc, historien de l'art, remarque de façon laconique : « Le Caire en cet endroit s'est récemment "haussmannisé" [...]42 ». De fait, c'est aux historiens d'expliquer l'envergure réelle de cet aménagement de la ville du Caire43. Mais pour les écrivains et les journalistes, l'« hausmannisation » de la place Ezbekiyya n'a été qu'une mosaïque dans la transformation du pays entier. Les embellissements et aménagements divers, la construction de routes carrossables, de palais et de théâtres à l'européenne (notamment la réplique des appartements privés parisiens de l'Impératrice Eugénie au Caire), de chemins de fer reliant les nouveaux centres économiques du pays, la construction d'une sucrerie à Roda, au bord du Nil, d'une ville, Ismaïlia, créée pour les besoins du canal de Suez, l'établissement d'une industrie de tourisme considérable aux agréments de laquelle s'ajoutait le côté fashionable de l'inauguration, c'est-à-dire des dîners-concerts, des menus splendides, etc. - les reportages débordent d'exemples pris sur le vif d'une transformation rapide et incontrôlable du Caire et de toute l'Égypte. Les journalistes devaient s'adapter alors non seulement au manque « dés-Orient-ant » du référent oriental, mais au remplacement de celui-ci par un scénario perturbant d'une modernité périphérique, par tout un arsenal d'une culture de bricolage sans profondeur qui selon toute évidence était en train de s'établir.

Le défi que portait la transformation du pays au discours orientaliste est tout à fait édifiant pour les études sur l'Orient-Isthme-de-Suez que sont les reportages. Car, dans leur perspective, l'Égypte apparaissait double et hybride : modernisée, européanisée, francisée, presque méconnaissable, et continuellement orientale, par définition. Les journalistes étaient fascinés par les réminiscences orientales recueillies en Égypte comme de précieux souvenirs de voyage. Ainsi, Victor Fournel évoque à propos du Caire :

Au Caire, on se sent tout à fait dans un autre monde. Malgré des embellissements désastreux, malgré les tentatives de tous les pachas et spécialement du khédive Ismaïl pour y faire pénétrer la civilisation européenne, la capitale de l'Égypte est restée, bien autrement que Constantinople, la ville orientale par excellence44.

Grâce au canal de Suez, ces images génériques de l'Orient, véhiculées par tous les récits antérieurs, coexistaient avec les représentations de l'Égypte moderne. Le pays même semblait avoir franchi le passage d'un Orient des débuts - sans frontières précises -, à un Orient qui ne se définissait plus seulement par l'identité à soi, mais également par ce que Richard Terdiman a appelé « contaminated geography45 ». On commençait à considérer l'Orient moderne comme une création bâtarde, monstrueuse, marquée par la coexistence de différentes temporalités. Par exemple, Pierre-Amédée Pichot, de la Revue britannique, parlait de l'Égypte comme d'« un foyer incandescent où l'antique Orient se tord dans les douleurs de l'enfantement de l'Orient moderne, comme le phénix sur son bûcher46 ». En d'autres mots : les reportages « officiels » de l'inauguration réinventent l'orientalisme non pas par une pratique du silence ou de la non-représentation, mais plutôt par un bavardage mondain portant sur les curiosités du progrès moderne dans les régions périphériques. Par là même, ils accentuent cette « harmonie des choses disparates47 » que Flaubert avait évoquée à propos de l'Orient dans une lettre justement adressée à Louise Colet en 1853, et qu'il voulait classer sous la dénomination d'« Orient-Isthme-de-Suez » vingt-cinq ans après : « Développer ce contraste des deux mondes finissant par se mêler48 ».

Or, dans sa lettre adressée au Siècle, Louise Colet est parmi ceux qui abordent de manière explicite la transformation soudaine du pays :

Messieurs, l'Égypte se transforme à vue d'œil... depuis un mois. À l'heure où je vous écris Le Caire est un coin de Paris. Je suis obligée de me frotter les yeux pour me convaincre que la mosquée d'Amrou n'est pas le théâtre des Variétés, et que Sheppeard hôtel n'a rien de commun avec le grand hôtel de la Paix ; le boulevard Montmartre est installé à deux pas des tombeaux des califes et à huit kilomètres des pyramides49.

Pourtant, pour elle, la transformation de l'Égypte n'est qu'un changement de décor, une espèce d'exposition coloniale sur les lieux mêmes :

Il faut vous dire, messieurs les rédacteurs, que la civilisation est pour le quart d'heure notre grande affaire. Nous voulons absolument, tout Africains que nous sommes, être civilisés, et nous jouons de la civilisation avec un entrain, un brio qui ne laisse rien à désirer. [...] Vous rappelez-vous l'histoire de Potemkine dressant des villages de carton sur la route où devait passer la tzarine Catherine ? À l'heure qu'il est, toute l'Égypte est potemkinisée50.

Si on prend en considération la vision sociale et politique de la voyageuse, le rejet du « bricolage » culturel est tout à fait conséquent. Elle n'y voit qu'une francisation de façade ou un effet passager de l'impérialisme. C'est pourquoi elle se démarque de ces « journalistes officieux » qu'elle appelle des « néoromantiques doublés d'un réalisme brutal51 ». Leur esthétique du disparate, la coexistence du néo-pittoresque et de l'ultra mondain dans leurs récits, lui paraissent louches. Cette place de l'Ezbekiyya au Caire qui jadis avait été « un des plus beaux lieux du monde » ne pique donc pas sa curiosité ; pour elle, ce « square à la parisienne52 » n'est que la manifestation de « [l]a fièvre ruineuse des prétendus embellissements et assainissements de nos Haussmann » qui a gagné Le Caire « pour le quart d'heure53 ». Louise Colet ne décrit le spectacle de l'Orient-Isthme-de-Suez pourtant bien présent à ses yeux qu'en des termes dépréciatifs : manque d'originalité, vernis de civilisation, spectacle moralement rétrograde.

Contre l'image d'un Orient moderne en route pour l'ère globale, Louise Colet poursuit un projet littéraire bien autrement « dés-Orient-é » : celui de passer outre les détails d'une réalité nouvelle et de réinscrire l'Égypte dans la profondeur de sa propre histoire. La voyageuse revendique l'authenticité de l'élément indigène contre la comédie de la civilisation représentée en Égypte. Si les reportages de l'inauguration du canal de Suez jouent sur la double présence d'une Égypte à la fois orientale et moderne, Les Pays lumineux est déterminé par un registre d'absence et de présence : la présence d'une Égypte authentique et l'absence d'une Égypte corrompue par l'Europe. La visite du Caire est tout à fait exemplaire dans ce contexte. Lors d'un dîner-concert, pendant la représentation du Caprice d'Alfred de Musset « qui rappelait par sa banalité les réceptions officielles de Paris », l'« ennui » saisit la voyageuse. Détrompée qu'elle est dans son attente d'« une fête indigène », elle regrette notamment la « mystification » de « [trouver] dans le palais d'un vice-roi d'Égypte le calque effacé du luxe et des arts de l'Europe54 ». Elle recourt alors à son imagination pour substituer à ce spectacle la transcription d'un rêve éveillé d'une fête arabe et turque authentique comprenant tous les éléments dont dispose une imagination orientaliste débordante. Elle s'imagine dans un palais, dans la pénombre d'un clair de lune, elle rêve d'assister à un concert arabe, à la « danse nationale » des almées traditionnelles, elle voit des harems scintillants d'un luxe élégant et écoute les fleurs de poésie de la chaste chanson arabe avec ses « lueurs d'idéal55 ».

Curieusement, dans un moment d'autocorrection mémorable, elle décide de s'abstenir dès lors de ce type d'évasion car, selon elle :

On ne peut satisfaire à la fois les exigences de l'imagination et celle de l'humanité. Quand l'attrait de l'inconnu te fait regretter le luxe et les mœurs des cours asiatiques, songe que tu renies la justice. La justice est proscrite de ces sociétés barbares où le faste et l'éclat de quelques-uns, voire d'un seul, sont pétris de fange et de sang. Ces sociétés n'ont jamais intronisé que l'immonde matière56.

C'est ainsi que le récit semble marquer l'échec de son propre discours moral adressé à la bonne volonté du gouvernement égyptien. Les sociétés orientales, « barbares » comme elles l'ont toujours été, ne peuvent pas être modernisées.

Or, le lecteur est bien conscient que la voyageuse trouvera un refuge esthétique contre « l'immonde matière » dans la Haute Égypte, loin du Caire, devant le spectacle de la nature palpitante et rayonnante des bords du Nil, où elle peut communiquer avec « l'âme de la terre ». On pourrait donc mettre l'accent sur l'excursion en Haute Égypte qui donne une profondeur ancestrale et mythique aux paysages nilotiques. Mais il faudrait se garder d'y voir plus qu'un contrepoids esthétique contre l'expérience du canal de Suez. Séparer cette partie du récit de celles, satiriques, distanciées et moqueuses, sur l'Égypte métropolitaine et les fêtes de l'inauguration ôterait aux Pays lumineux sa signification première, celle d'une satire à visée politique de la situation contemporaine, dont les pages enthousiastes sur la nature égyptienne des bords du Nil ne sont que dérivées.

Traumatismes et blessures

Situé dans le contexte de l'inauguration du canal de Suez et pris en compte dans sa totalité, Les Pays lumineux de Louise Colet fait percevoir les turbulences au sein des questions touchant à l'impérialisme. C'est en premier lieu un récit érigé contre un discours - jugé simpliste - justifiant l'entreprise du canal de Suez, contre l'impérialisme hégémonique de la France du Second Empire et contre la justification morale et esthétique de l'Orient-Isthme-de-Suez. Il procède par le refus de l'amoralisme du bricolage culturel qui empêche que la voyageuse tombe dans l'impassibilité devant la souffrance du peuple égyptien.

Reste à savoir ce que la voyageuse entend exactement par cet « oubli » qui constitue un leitmotiv du récit tel qu'il est déjà proposé dans l'avant-propos des Pays lumineux :

En route ! Maintenant, lecteurs, suivez-moi comme des compagnons bienveillants, et puissent mes récits vous distraire des soucis que tout homme porte en soi. En les écrivant, je cherche moi-même l'oubli57.

Sans vouloir céder trop vite à une lecture freudienne du texte58, il est toutefois intéressant de compléter l'analyse historique, esthétique et idéologique des Pays lumineux par une perspective de ce type. Car l'oubli naît clairement d'une confrontation avec des faits traumatisants par l'intermédiaire de l'écriture de voyage. Ce voyage en Égypte qui comporte donc, on l'a vu, une fixation psychique sur les récits de voyage de Flaubert, offre en même temps une opportunité de travailler sur un deuil toujours menaçant. Il aboutit à une espèce de refoulement qui a pour fonction de reconstituer le « moi » traumatisé et de forger ce « moi » féminin moralement et sentimentalement intact que la voyageuse réclame pour décrire son voyage. Or, de façon sous-jacente, la quête de l'oubli qui s'accroche au passé traumatique pour formuler un présent plein et un devenir peut-être utopique, se propage dans tout le texte. L'espoir que l'identité intacte de l'Égypte éternelle, éprouvée par le « trauma » du canal de Suez, ressorte pour ramener le pays dans le droit chemin, à sa destination première, celle d'une nation de toutes les origines, cet espoir est porté par le même type de nostalgie d'un monde pré-traumatique que le travail de deuil personnel de la voyageuse. C'est pourquoi l'Orient moderne, cette large « blessure » infligée à l'Égypte par le creusement du canal de Suez, devait se cicatriser aussitôt que le vernis de la civilisation européenne aurait disparu du pays et que l'Égypte se serait donc libérée de l'emprise de la cupidité européenne.

Pour en arriver à cette conviction, il fallait effectivement avoir cherché l'impossible oubli : l'oubli de Flaubert, pour décontaminer le regard des aspects profanes de l'Orient moderne, celui de Kouchouk-Hanem pour faire valoir la générosité féminine, vertueuse et loquace et celui du canal de Suez pour aspirer à un post-impérialisme. Pour apaiser l'imagerie babylonienne de l'Égypte contemporaine, pour s'interdire enfin les « dépravations » de l'imagination qui pourraient la justifier, le prix à payer est toujours le même. La démythification se conquiert par un parti pris pour l'abstraction esthétique qui permet d'inscrire les images de l'Égypte dans une profondeur imaginaire, et par un idéal moral qui donne la mesure pour dominer l'actualité politique de l'Égypte grâce à un regard critique. Elle est également tributaire du refuge que constitue la différence féminine, qui permettait à Louise Colet d'occuper une position éthique universelle et intouchable, celle d'une martyre de l'humanité qui décide d'aller à pas sûrs, loin du jeu de masques rhétoriques si bien connus de la part d'autres voyageuses du XIXe siècle. Ce qu'elle ne prit pas en considération est pourtant à nos yeux d'une importance majeure : le fait que son moralisme satirique et son utopisme résistant aient été développés à l'intérieur même de l'expansion coloniale, et en accord avec certains de ses éléments justificatifs.

Louise Colet ne pense pas l'Orient-Isthme-de-Suez dans les termes de l'altérité ou d'un troisième espace naissant sur les bûchers de l'Orient Ancien. Comme son discours politique est organisé autour de la conviction d'une symétrie des mondes orientaux et occidentaux, l'Égypte, pour la voyageuse, reste un espace dans lequel il est possible d'inscrire des figures et des formes : des figures comme celle de Mohammad Al Akmar, ce jeune égyptien dont elle assume le rôle, des formes comme celle du désir mythique d'un Orient authentique caché derrière le voile des apparences. Même si Les Pays lumineux est démystifiant par rapport aux reportages officiels, ce récit n'est pas subversif au point où il donnerait la voix à l'autre. Et en démystifiant le discours laudatif univoque sur le canal, il ne saisit pas que l'Orient-Isthme-de-Suez allait devenir une réalité consistante en expansion permanente.

 


1 Sur la trajectoire intellectuelle de Louise Colet, et sur ses liaisons avec Victor Cousin et Gustave Flaubert qui ont beaucoup fait parler d'elle, on peut se reporter à ses biographes, notamment à Francine du Plessix Gray, Rage and Fire: A Life of Louise Colet : Pioneer Feminist, Literary Star, Flaubert's Muse, New York, Simon & Schuster, 1994 (une traduction française de cet ouvrage a été publiée en 1995).

2 Louise Colet, Les Pays lumineux. Voyage d'une femme de lettres en Haute Égypte, éd. Muriel Augry, Paris, Cosmopole, 2001.

3 Gustave Flaubert, Œuvres complètes. Correspondance (huitième série <1877-1880>), Paris, Conard, 1930, p. 94 : « Si j'étais plus jeune et si j'avais de l'argent, je retournerais en Orient pour étudier l'Orient moderne, l'Orient-Isthme-de-Suez. Un grand livre là-dessus est un de mes vieux rêves. Je voudrais faire un civilisé qui se barbarise et un barbare qui se civilise, développer ce contraste des deux mondes finissant par se mêler » (lettre à Madame Roger des Genettes, 10 novembre 1877).

4 Louise Colet, Les Pays lumineux. Voyage en Orient, Paris, E. Dentu, 1879, p. 205. Toutes les références à cet ouvrage renverront à cette édition originale.

5 Ibid., p. 206-210.

6 Ibid., p. 207.

7 Ibid., p. 207-208.

8 Voir Jean-Marie Carré, Voyageurs et écrivains français en Égypte, 2 vol., Le Caire, IFAO, 1932, vol. 1, p. 301-309. Cette étude est un répertoire de récriminations envers Les Pays lumineux.

9 Louise Colet, Les Pays lumineux, op  cit., p. 43.

10 Ibid., p. 115.

11 Ibid., p. 31.

12 Elle le répète encore pendant l'audience fictive chez Ismaïl Pacha : « Ne sied-il pas à une femme, à une mère, d'oser vous la faire entendre ? En elle, c'est le cœur qui parle sans orgueil ; où la satire échoue, l'émotion se communique, la pitié s'insinue. » Ibid., p. 115-116.

13 Voir à ce propos Daniel Lançon, L'Égypte littéraire de 1776 à 1882. Destin des antiquités et aménité des rencontres. Préface d'Yves Bonnefoy, Paris, Geuthner, 2007, p. 333-344, et Frank Estelmann, Sphinx aus Papier. Ägypten im französischen Reisebericht von der Aufklärung bis zum Symbolismus, Heidelberg, Winter, 2006, p. 320-337.

14 Voir Frank Estelmann, Sphinx aus Papier, op. cit., p. 291-319.

15 Lambert de la Croix, L'Égypte, cinq minutes d'arrêt !!!, Paris, E. Lachaud, 1870.

16 Voir Muriel Augry, « Louise Colet, une femme de lettres », commentaire de l'édition de Louise Colet, Les Pays lumineux, 2001, op. cit., p. 313.

17 Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 1.

18 Ibid., p. 121.

19 Ibid., p. 60.

20 Ibid., p. 40.

21 « Gender, race and class », dans Western Women and Imperialism. Complicity and Resistance, Nupur Chaudhuri et Margaret Strobel (dir.), Bloomington/Indianapolis, Indiana University Press, 1992, « Introduction », p. 2.

22 Sara Mills, Discourses of Difference. An Analysis of Women's Travel Writing and Colonialism, London/New York, Routledge, p. 6 : « [...] women's travel texts are produced and received within a context which shares similarities with the discursive construction and reception of male texts, whilst at the same time, because of the discursive frameworks which exert pressure on female writers, there may be negotiations in women's texts which result in differences which seem to be due to gender » (ma traduction pour la version française). Pour une étude représentative de cette approche, voir Natascha Ueckmann, « Voyage en couple et déguisement masculin : Jane Dieulafoy (1851-1916) », Voyageuses européennes au XIXe siècle. Identités, genres, codes, dans Frank Estelmann, Sarga Moussa, Friedrich Wolfzettel (dir.), Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2012, p. 87-108. Voir également le catalogue de l'exposition Viaggio in Egitto : racconti di donne dle ottocento = Voyage en Égypte. Récits de femmes du XIXe siècle, Muriel Augry et Enrica Leospo (dir.), Turin, Centre culturel français de Turin/Museo Egizio di Torino, 1998.

23 Mervat Hatem, « Through each other's eyes. The impact on the colonial encounter of the images of Egyptian, Levantine-Egyptian, and European Women, 1862-1920 », dans Western Women and Imperialism, op. cit., p. 35-58. Hatem constate « a semi-colonial phase » (p. 35) à propos de l'Égypte de la période entre 1862 et 1882.

24 Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 109.

25 Émile de la Bédollière, De Paris à Suez. Souvenirs d'un voyage en Égypte, Paris, Georges Barba, 1870.

26 Florian Pharaon, Le Caire et la Haute Égypte, Paris, E. Dentu, 1872.

27 Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 1.

28 Florian Pharaon, Le Caire et la Haute Égypte, op. cit., p. 47.

29 Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 112.

30 Voir par exemple Raoul Lacour, L'Égypte. D'Alexandrie à la seconde cataracte, Paris, Hachette, 1871, p. 81.

31 Voir Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 114.

32 Voir Edmond About, Le Fellah. Souvenirs d'Égypte, Paris, L. Hachette, 1869. About avait séjourné en Égypte entre décembre 1867 et février 1868. Dans son carnet de route que la Revue des Deux Mondes publia entre février et mai 1869 (avant qu'il ne paraisse en volume), About dénonce la transformation brusque de la société égyptienne. Il critique notamment l'exploitation des travailleurs fellahs dans les chantiers du canal de Suez. Voir Daniel Lançon, L'Égypte littéraire de 1776 à 1882, op. cit., p. 527-528.

33 Ibid., p. 8.

34 Louise Colet (sous le pseudonyme de Mohammed Al Akmar), « L'inauguration du canal de Suez », Le Siècle, 14 novembre 1869, non paginé.

35 Voir Isabelle Daunais, L'Art de la mesure ou l'invention de l'espace dans les récits d'Orient (XIXe siècle), Saint-Denis/Montréal, Presses universitaires de Vincennes/Presses de l'université de Montréal, 1996, p. 25-26.

36 Ali Behdad, Belated Travelers. Orientalism in the Age of Colonial Dissolution, Durham/London, Duke University Press, 1994, p. 15 et p.55.

37 Edward Said, L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident (1978), traduit de l'anglais, Paris, Éditions du Seuil, 2005, p. 111. Je signale également la thèse d'histoire de l'art soutenue en septembre 2016 par Hélène Brauener, Les Représentations du canal de Suez (dir. Christine Peltre, Université de Strasbourg).

38 Passage cité d'après Vicomte de Savigny de Moncorps, Journal d'un voyage en Orient. 1869-1870. Égypte - Syrie - Constantinople, Paris, Hachette, 1873, p. 12-13.

39 Voir Claudine Le Tourneur d'Ison, Mariette Pacha ou le rêve égyptien, Paris, Plon, 1999, p. 291.

40 Victor Fournel (i. e. Guérard Bernadille), Aux pays du soleil. Un été en Espagne. À travers l'Italie. Alexandrie et le Caire, Tours, A. Mame & fils, 1883, p. 428.

41 Théophile Gautier, Voyage en Égypte, éd. Paolo Tortonese, Paris, La Boîte à Documents, 1991, p. 64.

42 Charles Blanc, Voyage de la Haute Égypte. Observations sur les arts égyptien et arabe, Paris, Renoaurd, 1876, p. 30.

43 Voir par exemple Zeynep Çelik, Displaying the Orient. Architecture of Islam at Nineteenth-century World's Fairs, Berkeley, University of California Press, 1992, p. 141-151.

44 Victor Fournel, Aux pays du soleil. Un été en Espagne. À travers l'Italie. Alexandrie et le Caire, op. cit., p. 416.

45 Richard Terdiman, Discourse/Counterdiscourse. The Theory and Practice of Symbolic Resistance in Nineteenth-Century France, Ithaca/London, Cornell University Press, 1985, p. 243.

46 Pierre-Amédée Pichot, Les Invités du Khédive dans la Haute Égypte et à l'isthme de Suez, Paris, Au bureau de la Revue Britannique, 1870, p. 14.

47 Gustave Flaubert, Correspondance, vol. 2 : juillet 1851-décembre 1858, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, 1980, p. 283 : « Ce que j'aime [...] dans l'Orient, c'est cette grandeur qui s'ignore, et cette harmonie de choses disparates » (lettre à Louise Colet, Croisset, 27 mars 1853).

48 Gustave Flaubert, Œuvres complètes. Correspondance (huitième série <1877-1880>), op. cit., p. 94 (référence citée en note 2). Voir à ce propos Hassan el Nouty, Le Proche-Orient dans la littérature française de Nerval à Barrès, Paris, Nizet, 1958, p. 27-38.

49 Louise Colet (sous le pseudonyme de Mohammed Al Akmar), « L'inauguration du canal de Suez », dans Le Siècle, 14 novembre 1869, non paginé.

50 Ibid.

51 Louise Colet, Les Pays lumineux, op. cit., p. 40-41.

52 Ibid., p. 80.

53 Ibid., p. 88.

54 Ibid., p. 121-127.

55 Ibid., p. 148-149 et p. 152-153.

56 Ibid., p. 156.

57 Ibid., p. 3.

58 Voir l'analyse des traumas névrotiques proposée par Sigmund Freud, Jenseits des Lustprinzips (1920) [Au-delà du principe de plaisir], dans Studienausgabe, t. 3, Psychologie des Unbewussten, Frankfurt am Main, Fischer, 1989, p. 213-272.

Pour citer cet article



Référence électronique
Frank ESTELMANN, « Louise Colet et l’« Orient-Isthme-de-Suez » : Les Pays lumineux dans le contexte de l’inauguration du canal de Suez en 1869 », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 28/05/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/i-l-ailleurs-ottoman-au-prisme-des-voyageuses-europeennes/louise-colet-et-l-orient-isthme-de-suez-les-pays