L’orientalisme sans voile : récits de voyage en Turquie de Marcelle Tinayre et de Demetra Vaka Brown

Hors-série n°2, juin 2018
Université du Péloponnèse (Grèce)

L'orientalisme sans voile : récits de voyage en Turquie de Marcelle Tinayre et de Demetra Vaka Brown

 

Au début du XXe siècle l'Empire ottoman allait changer de visage : la révolution des Jeunes-Turcs, en 1908, a établi dans le pays de profondes réformes qui visaient à la modernisation de la société, surtout dans les domaines de l'urbanisation, de l'enseignement, de la sécularisation de l'État et de l'émancipation de la femme. Le mouvement des Jeunes-Turcs fut un mouvement révolutionnaire et formateur mais aussi nationaliste qui voulait, tout en conservant les valeurs traditionnelles, occidentaliser et moderniser la société, en se démarquant des « Vieux-Turcs ». Leur organisation était composée d'intellectuels et d'officiers. Après avoir pris le pouvoir, en juillet 1908, les Jeunes-Turcs ont fait de profondes réformes, orientées vers la modernisation de la société, complétant ainsi les Tanzimat.

Les événements en Turquie ont encore ajouté de la complexité à la fameuse « Question d'Orient » qui préoccupait le monde occidental à l'époque. De Dora d'Istria jusqu'à Rebecca West, toute une série de voyageuses occidentales, journalistes, écrivaines ou tout simplement des femmes en mouvement, ont transcrit leurs prises de position sur ce sujet après avoir visité la péninsule balkanique et l'Asie Mineure : Grace Ellison, Hester Donaldson Jenkins, Demetra Vaka Brown, Marcelle Tinayre, Anna Bowman Dodd, pour en citer quelques-unes. Marcelle Tinayre, écrivaine et journaliste (1872-1948) qui voyage dans l'Empire ottoman pendant les événements politiques s'étant déroulés à Constantinople, en 1909, a su donner à son public français des descriptions détaillées et des représentations de la vie dans un pays en voie de changement. Demetra Vaka Brown, romancière et journaliste (1877-1946) voyage dans l'Empire ottoman en 1901 et en 1921 et présente à son public américain la Turquie traditionnelle et la Turquie post-révolutionnaire.

Dans notre étude, nous allons examiner le positionnement de ces deux dernières écrivaines face à la modernisation de la société turque et à la polarité moderne/traditionnel qui ébranlera la Turquie pendant de nombreuses années après l'émergence des Jeunes-Turcs. Nous proposons d'examiner le regard de ces deux personnalités sur la Turquie en voie de changement et surtout sur les institutions et les coutumes qui concernent les femmes ; nous allons nous demander s'il y a dans leurs écrits un regard de solidarité de genre envers les femmes turques, un regard qui bouleverserait les images exotiques des représentations patriarcales de l'Orientale et qui transcenderait les barrières des discours coloniaux.

« J'ai quitté la France, pour aller voir des amis Jeunes-Turcs »

Marcelle Tinayre, écrivaine et journaliste très connue à son époque1, est la seule voyageuse francophone à donner des informations sur les événements historiques qui se déroulent à cette époque dans l'Empire ottoman mais aussi sur la société et la condition de la femme juste après la révolution des Jeunes-Turcs. L'affranchissement de la femme moderne et son besoin d'éducation figurent parmi les sujets de prédilection de Tinayre, celle-ci étant considérée à son époque comme une écrivaine féministe2. Dans son récit de voyage Notes d'une voyageuse en Turquie, publié en 1909, Tinayre se montre témoin des événements qui se sont déroulés à Istanbul juste après la révolution Jeune-Turque. Elle arrive à Istanbul en avril 1909 et loge, comme tous les voyageurs occidentaux, dans le quartier cosmopolite de Péra, à l'hôtel Bristol. Au début de son séjour, Tinayre assista à un mouvement réactionnaire : une mutinerie éclata à Istanbul parmi les soldats et les officiers de l'armée qui accusaient les membres de l'« Union et Progrès3 » de nuire à la société turque par leurs idées progressistes et laïques. Ce mouvement contre-révolutionnaire fut maté en quelques semaines par l'armée macédonienne du comité « Union et Progrès » et Abdül-Hamid fut exilé à Thessalonique. Marcelle Tinayre décrit les réactions des civils devant ces événements et surtout des minoritaires, Grecs et Arméniens, venant des quartiers éloignés de la capitale à l'hôtel Bristol. « On ne peut nier l'originalité des faits vécus et relatés en direct » qui sont présentés dans les Notes d'une voyageuse en Turquie4 ; ce récit constitue un « exemple précoce du reportage-témoin » où l'écrivaine « accorde une place prépondérante à la parole de l'autre, l'un des signes d'originalité de cet ouvrage », souligne Renée Champion5. Le récit abonde en portraits, surtout de femmes de la classe bourgeoise6 que Tinayre rencontre lors son séjour, à travers lesquels elle décrit la situation des femmes dans une Turquie en voie de changement. Le seul portrait d'homme est celui d'Ahmed Riza, intellectuel et éditeur du journal « Meshveret », un des leaders de la Révolution Jeune-Turque qu'elle avait connu à Paris et qu'elle rencontre aussi à Constantinople. La voyageuse essaie de rencontrer autant de femmes turques que possible durant son séjour à Istanbul et dans la province, et d'apprendre leur mode de vie, leur position dans les institutions de l'Empire, de se demander si les changements qui sont en train de s'accomplir dans la vie politique touchent leurs conditions de vie. Cette enquête féministe est un aspect intéressant des impressions de voyage de Marcelle Tinayre. « Les Notes d'une voyageuse en Turquie constituent un témoignage d'une amie qui veut affirmer publiquement sa sympathie pour ses sœurs avides d'émancipation dans le respect d'un Coran qui "n'a pas toujours imposé aux musulmanes le voile", mais dans le cadre d'une société sécularisée », un témoignage sur « la société turque qui apparaît, contrastée, perplexe » écrit Alain Quella-Villéger7. Tinayre écrit dans les premières pages des Notes :

On croit, en Europe, que la révolution de 1908, qui a donné la liberté aux Turcs, a donné aux femmes turques au moins une demi-liberté. On croit que les prisonnières ont presque brisé leurs grilles et leurs entraves ; que le voile n'est plus, pour elles, qu'une coquetterie, et que les eunuques appartiennent au passé, - à la Turquie des opérettes. Il est vrai que les femmes intelligentes et cultivées - et mêmes celles qui sont peu cultivées - ont accueilli la révolution avec un transport de joie et d'espérance. Beaucoup d'entre elles l'avaient servie, cette révolution pacifique, en devenant les messagères anonymes, invisibles et fidèles du Comité Union et Progrès [...]. Les plus lettrées - encore que bien naïves - publièrent des articles dans divers journaux pour affirmer leurs droits à l'instruction et à la liberté8.

Après ses premières observations et discussions avec des Turcs, elle constate que « la plupart des Jeunes-Turcs sont Vieux-Turcs en ce qui concerne leurs affaires de ménage, et [que] tel farouche révolutionnaire, qui se croit très civilisé, s'affole à l'idée qu'un étranger pourrait voir le visage de son épouse9 ».

Dans le chapitre « La vie au harem », l'écrivaine présente ses rencontres avec des Ottomanes, des femmes de la bourgeoisie, des écrivaines, des institutrices, des nurses, des femmes qui ont participé au mouvement révolutionnaire. Elle fait la connaissance de « la dame de Salonique » qui avait aidé le mouvement des Jeunes-Turcs, et aussi de Mélek Hanoum, aux idées libérales, qui souffrait d'un divorce injuste qui lui avait fait perdre sa fortune et son fils au profit de son ex-mari. Tinayre exprime son admiration pour sa vieille amie, la sœur d'Ahmed Reza, Selma Hanoum, qui avait subi des calomnies et des persécutions à cause de ses idées révolutionnaires. Elle incarne le nouveau type de femme émancipée qui émerge de la société ottomane, en étant « un être d'action, de décision, qui a le sens des réalités [...]. Si la nature l'avait fait homme, Selma Hanoum eût tenu un rôle important dans l'histoire de son pays [...]. J'admire cette femme, supérieure à tant d'Européennes10 ». Comme la plupart des féministes de cette période, Selma met l'accent sur le besoin crucial de l'éducation des femmes en prônant « une organisation meilleure de l'instruction féminine, une protection légale plus efficace et le minimum de liberté indispensable au développement, à la dignité des créatures humaines11 ».

Dans la ville d'Andrinople, en Thrace, elle trouve l'occasion de rencontrer des filles du pays ; accompagnée d'une interprète, elle y visite une école de filles musulmanes. La Révolution avait laïcisé les écoles qui étaient maintenant ouvertes pour les femmes de l'Empire. Tinayre entreprend des conversations fort intéressantes avec les institutrices et les élèves de l'école :

- Quel est votre programme d'éducation ?
- Nous enseignons la lecture, l'écriture qui est une chose compliquée, un peu de géographie et d'histoire, un peu de calcul, un peu de grammaire, la lecture du Coran, la broderie, le repassage... et à lire le journal...
- Quel journal ?
- Le journal où il y a les nouvelles... le Sabah... Oh ! elles lisent très bien... [...]
Je suis ébahie... Je me représente une école primaire de Paris, où l'instituteur ferait lire aux élèves un discours de M. Briand !
- Et... ça les amuse, la politique ? ... Elles savent ce que c'est : le Parlement, Ahmed-Riza... ? [...]
- Oui, oui, ça les passionne... Nous expliquons tout... La Constitution, la Révolution... Nous sommes très peu savantes, nous-mêmes ; du temps d'Abdul-Hamid, dans nos écoles normales, on nous défendait d'étudier le français, de lire même des traductions...
- Vous vous réjouissez d'avoir la liberté ! Pourquoi ? Vous voudriez poser le voile, sortir à votre gré, comme les Européennes ?
Elle répond, avec une dignité touchante :
- Non... pas ça... Nous voulons ce que la religion permet, et elle ne nous oblige pas à l'ignorance... Nous voulons devenir des femmes meilleures, bien élever nos enfants pour le pays, pour la pauvre Turquie...
Ainsi, le patriotisme est le premier sentiment social qui se développe chez ces demi-recluses12.

Les nations européennes, en ce début de XXe siècle, sont à la recherche de leur identité propre ; de l'autre côté, la diversité des féminismes est liée aux spécificités nationales et aux traditions historiques de chaque ethnie.

Pour l'institutrice turque, l'émancipation ne s'opère qu'à travers l'éducation, la valeur symbolique et valorisante du voile étant un élément indéniable de sa culture ; pour l'Occidentale, qui vient d'un autre registre culturel [...] le port du voile consiste en une coutume étrangère à son système de références13.

Comme l'écrit Sarga Moussa à propos des voyageuses qui rencontrent des femmes du pays, « les interlocutrices restent prisonnières de leur modèle culturel respectif14 », leur conversation se basant sur des codes culturels d'idéologie patriarcale propres à chaque femme, et empêchant ainsi la vraie communication et l'échange fertile des idées.

À travers les paroles de l'institutrice, l'éducation des filles semble avoir comme but principal d'élever de braves gens qui se mettront au service de la Nation et de la propagation des idées nationalistes ; dans la Turquie révolutionnaire, à travers l'éducation, la maternité « s'institutionnalise » et le pouvoir la manipule pour accomplir des buts patriotiques. Le patriarcat semble gérer toute attitude ou thèse féministe, en les mettant au service d'une mission patriotique. Mais ce désir d'instruction à buts nationalistes ne semble pas contribuer à la construction d'une conscience de genre15. Bien qu'au sein de l'« Union et Progrès » des sections féministes s'étaient formées pour éduquer les femmes sur les questions de l'égalité, les pionnières du mouvement féministe chez les Jeunes-Turcs se sont montrées plus nationalistes que féministes : ainsi, les sujets sur la lutte pour l'Indépendance sont abondants dans les ouvrages de Halidé Edip Adivar (romancière et femme d'action aux idées modernistes, très connue à l'époque) de même que chez Nakiye Hanim (dont les discours féministe et nationaliste sont mêlés dans ses écrits16). Deniz Kandiyoti a bien démontré comment la femme, durant la période transitoire entre l'Empire ottoman et la République turque, fut d'abord objet de discours et par la suite acteur politique et citoyen. La question féminine, écrit-elle, a pris un caractère idéologique pendant la période des Tanzimat quand la pression pour l'occidentalisation du pays s'exerçait ; après la révolution de 1908, les femmes sont passées à une période d'activisme, créant leurs propres associations et leurs propres journaux. L'émancipation des femmes sous le régime de Kemal était une partie d'un projet politique plus général qui visait à la construction de la Nation et à la sécularisation. Elle était aussi le résultat de l'orientation culturelle occidentale, qui, malgré sa rhétorique anti-impérialiste, a présenté le Kémalisme comme une idéologie progressiste et moderniste. La question de l'émancipation des femmes doit être vue et approchée au regard de l'occidentalisation, du nationalisme turc et de l'Islam, souligne Deniz Kandiyoti17 .

La rencontre de Tinayre avec la romancière « Fâtima Alié Hanoum » à Gueuz-Tépé démontre bien l'idéologie des premières féministes turques. Fatma Aliye, fille du Cevdet pacha, était l'auteur du premier roman écrit par une femme dans l'Empire Ottoman, le Muhazarat, en 1892. Elle avait publié aussi le roman Oudi et un recueil d'essais intitulé Nisvan-i Islam (Les Musulmanes) - les deux ouvrages furent traduits en français ; dans son livre Nisvan-i Islam, elle défend les valeurs traditionnelles de la Turquie contrairement à ses romans où les personnages ont des idées libérales et modernistes. Bien que la rencontre de Tinayre avec l'écrivaine turque provoque une « sympathie confraternelle18 », l'impression est mitigée, en raison du conservatisme de cette dernière qui est « sincèrement attachée à la foi de son père et au voile de sa mère19 ». La rencontre de deux femmes « devient l'occasion d'une réflexion qui permet à l'écrivaine française d'élaborer le discours socio-féministe signalant les effets de la misogynie dérivés de l'émancipation des Françaises par le travail20 ». Comme l'exige la tradition inaugurée par Lady Mary Montagu, les voyageuses établissent souvent des parallèles entre la situation de la femme ottomane et celle de l'Occident, trouvant ainsi une occasion de critiquer les lois de leur propre pays qui se montrent peu généreuses envers les femmes21. Ainsi Tinayre, se servant de la situation des Turques, évoque « le malaise croissant des femmes occidentales, affranchies par le travail22 », exploitées par les lois, par le système, enfin par l'homme qui est « devenu, au lieu de protecteur, un concurrent, un rival23 ». Marcelle Tinayre collaborait à La Fronde et essayait bien d'instaurer l'image de la « Femme Nouvelle » telle qu'elle fut répandue dans les pays européens24. Diana Holmes souligne que Tinayre voulait résoudre les problèmes des femmes mais uniquement dans sa fiction, sur le plan de l'imaginaire, elle-même ne proposant pas des solutions activistes afin de changer les institutions et les idéologies25. Mélanie Collado parle d'un féminisme modéré et traditionnel qui caractérise ses impressions et son œuvre romanesque26. Dans son étude récente sur Tinayre, France Grenaudier-Kijn évoque le « subtil féminisme tinayrien27 ».

Ce « féminisme timide » est prégnant tout au long du récit de voyage de Tinayre. Lors de sa visite à l'école d'Andrinople, elle demande à l'institutrice si les filles reçoivent « une espèce d'instruction morale » afin « de développer les qualités particulièrement féminines, celles qui constitueraient leur valeur, leur mérite, leur caractère même de femmes et de mères28 ». Il s'agit du féminisme modéré et traditionnel qui caractérise également son œuvre romanesque où s'exprime une conformité, même partielle, aux normes patriarcales en même temps qu'un désir pour une autonomie professionnelle, sentimentale et sexuelle. Cette réticence à s'éloigner des idéaux traditionnels de la féminité française la pousse à conseiller aux femmes turques de patienter quant à leur émancipation : « Sachez attendre. Votre heure n'a pas sonné [...]. Les hommes de votre race sentiront tôt ou tard que vous êtes un des agents indispensables au succès de leur entreprise. Leur conception du mariage et de la famille évoluera peu à peu. [...] Mais il faudra du temps, beaucoup de temps29 ». Elle reconnaît pourtant les efforts pour l'émancipation entrepris par des Turques modernistes au sein du nouveau régime établi, comme la création de l'« Association de solidarité des femmes ottomanes » qui contribuera au développement d'une conscience de genre et à l'expression d'une voix collective des femmes. « Ce qui caractérise les Notes d'une Voyageuse en Turquie des autres impressions de voyage antérieures », écrit Margot Irvine, « c'est son désir d'éliminer toute différence entre les Françaises et les Orientales, car elle avait la conviction que toutes les femmes de tous les pays peuvent s'entendre entre elles » et trouver des points communs innombrables pour résoudre leurs problèmes30.

Une enfant de l'Orient

Le cas de l'écrivaine et journaliste Demetra Vaka Brown est très intéressant car elle est née dans l'Empire ottoman. La famille de Vaka appartenait à la communauté grecque de Constantinople, qui était une communauté conservatrice, riche et cosmopolite. Émigrée aux États-Unis avec sa famille en 1894, elle s'est mariée avec le journaliste et écrivain Kenneth Brown, en 1904. Elle a travaillé comme journaliste dans plusieurs journaux et magazines, entre autres Atlantis, The Atlantic Monthly, Delineator, Century, Asia. The American Magazine of the Orient. Dans les années 1910, elle fut reconnue comme une experte de la « question d'Orient » et des Balkans. Elle a acquis une grande renommée et certains de ses livres, comme Haremlik, ont fait l'objet de nombreuses rééditions. Intégrée très vite dans la société américaine, elle n'a jamais renié sa propre culture : elle était une Grecque éduquée avec les idées européennes mais aussi avec l'histoire de l'antiquité grecque.

Mais grâce à sa gouvernante turque Kiamelé et à ses amies turques, elle a pénétré dans le monde de contes, de superstitions et du charme de l'Orient ottoman. Bien que de par son éducation elle se sentait plus proche des Américains, elle se proclamait elle-même « Une enfant de l'Orient » - comme le titre de son ouvrage A Child of the Orient -, et son âme se trouvait toujours à Istanbul, là où elle avait laissé ses amies turques et grecques31.

Ses voyages à Istanbul en tant que journaliste représentent pour elle un retour à la terre natale. Vaka Brown évitait de parler de son expérience migratoire et ne citait pas non plus son nom ethnique, mais elle signait le plus souvent sous le nom de « Mrs Kenneth Brown ». Comme son biographe Yiorgos Kalogeras le souligne, Vaka aimait jouer de l'ambiguïté de son identité ethnique et le fait de se revêtir d'identités multiples est incontestablement l'un des attraits majeurs de son œuvre et de sa carrière de journaliste. Dans ses ouvrages, qu'il s'agisse de fictions ou de textes autobiographiques, elle évite de préciser l'identité du narrateur dans le but de pouvoir traverser de nombreuses frontières : politiques, sociales, religieuses, et de surmonter les obstacles que lui posait son genre32. Bien qu'elle se considère comme une journaliste progressiste, elle donne dans ses livres une image exotique de l'Orient, représenté comme un lieu de fuite et d'aventures, peuplé de parfums, de houris et de femmes languissantes. L'oscillation entre Orient et Occident est souvent présente dans ses romans et dans ses récits de voyage qui consistent en de véritables récits de vie ; par une écriture à la fois documentaire et fictionnelle, elle donnait à son public américain ce qu'il attendait de lire : des impressions de voyage et des reportages où les informations historiques et les données politiques sont romancées.

Les ouvrages de Vaka Brown, Haremlik: Some Pages from the Life of Turkish Women (1909), A Child of the Orient (1914) et The Unveiled Ladies of Stamboul (1923), constituent la trilogie d'une autobiographie romancée où les impressions et les sentiments dégagés lors des voyages de l'écrivaine dans sa terre natale jouent un rôle primordial en même temps que les informations sur les événements politiques, les mœurs, les traditions et les caractéristiques ethno-géographiques de l'Empire ottoman et de la Turquie en voie de changement après la révolution des Jeunes-Turcs et le régime kémaliste.

Les livres de Vaka Brown font largement référence à la vie des femmes turques. À travers leurs pages on constate le changement progressif de la condition féminine en Turquie dans un climat politique en train d'évoluer. Ces ouvrages montrent également comment fonctionne chez elle l'ambiguïté de l'identité : l'écrivaine mène une quête personnelle d'identité en tant que femme et en tant qu'Occidentale, on dirait même « coloniale » puisque les États-Unis jouaient un rôle hégémonique dans le monde. Vaka étant la représentante d'un journal américain, envoyée là-bas pour couvrir et expliquer les événements politiques, pourrait être considérée comme le regard attentif de l'impérialisme occidental33. Les multiples aspects de l'identité de la narratrice, inaugurent dans ses récits un « dialogue » entre l'Orient et l'Occident.

Dans le Child of the Orient, son livre le plus autobiographique, l'oscillation entre les deux cultures est bien évidente ; l'écrivaine souligne cet « entre-deux » à plusieurs reprises dans ses écrits. Dans un chapitre intitulé « We and they » (Nous et eux), elle écrit :

En grandissant, les contrastes entre ma race et la leur [des Turcs] devenaient de plus en plus clairs. Et j'avais le sentiment d'appartenir aux deux mondes en même temps, le mien et le leur. [...] Curieusement, en grandissant, j'aimais de plus en plus les Turcs [...]. J'ai appris à voir ce qu'il y avait de noble, de charmant et de poétique dans leur vie34.

Dans son livre Haremlik, elle décrit ses impressions lors de son premier voyage à Constantinople, en 1901, après six années passées aux États-Unis. Dès les premières pages, elle se presse de présenter - surtout à son public américain - son identité occidentale : « Je suis retournée dans ma terre natale avec des idées nouvelles et un esprit plein des positionnements occidentaux » affirme-t-elle35. Tradition oblige pour les voyageuses occidentales, elle demande à visiter un harem pour en faire une description dans ses récits. En tant qu'observatrice américaine, chargée des stéréotypes de l'imaginaire occidental à propos de ces lieux féminins, elle projette dans la description des lieux ses propres fantaisies orientalistes, à l'opposé de Marcelle Tinayre qui avait une image plus réaliste, éloignée de toute ségrégation et de toute concupiscence. Contrairement à Tinayre, Vaka décrit les harems selon une optique orientaliste :

Je suis restée [à Constantinople] dix jours pour visiter mes amies. Nous passions une grande partie de la matinée dans les harems ; par la suite, nous nous allongions sur les canapés, nous lisions et nous jouions aux cartes ou nous écoutions des histoires dramatiques ou piquantes, des « miradjus », par des narratrices professionnelles. Après, nous nous promenions longtemps sur les collines pour admirer le coucher du soleil36.

Dans les harems, Vaka Brown donne l'image d'une fille à l'aise dans un milieu féminin où la présence de l'homme est rarement mentionnée, bien qu'elle appelle ce lieu « patriarcal home ». Les habitantes du harem sont présentées comme des êtres passifs sans envie de progrès ni de changement37. Il est évident que les écrits de Vaka Brown reflètent ses propres obsessions orientalistes. Son discours semble être un discours de la nostalgie, du regret au sujet des valeurs perdues, des revendications et des idées nouvelles « irréparablement polluées » par les idées occidentales progressistes que la révolution des Jeunes-Turcs essayait d'établir. « Les musulmans, avec l'aide de Mahomet, doivent chercher leur propre salut sans avoir rien à emprunter à l'Occident38 ». Elle ressent du malaise face à la société turque de ce début du siècle qui commence à changer et à s'occidentaliser et demande « du respect aux idées anciennes39 ».

Quand Vaka Brown réalise son premier voyage à Istanbul, en 1901, les harems ne sont plus les lieux surveillés où les femmes sont cloîtrées et d'où l'homme est exclu. Il s'agit plutôt d'une communauté de femmes qui cohabitent et qui sont libres d'avoir leur vie sociale. La polygamie ne se pratiquait plus chez la plus grande majorité des Turcs40. Dans ses Memoirs of Halidé Edib (1926), Halidé Edib accuse Vaka Brown de présenter des images idylliques du harem turc et d'idéaliser la polygamie, donnant ainsi une image falsifiée de la vie familiale en Turquie41.

Dans les écrits de Vaka Brown, on rencontre un désir d'identification presque affective entre la voyageuse et ses amies orientales, et un effort d'exotisation de l'Autre et des lieux. On retrouve un regard romantique chez Vaka Brown, un désir de retour dans le passé ottoman ; d'ailleurs, elle accepte les repères ethnocentriques qui valident l'exotisme : acceptation du rôle hégémonique des États-Unis dans la région, perception des changements opérés en Turquie sous un aspect de contestation et même de regret, descriptions romancées de la vie quotidienne des femmes ottomanes. Reina Lewis, dans son livre Rethinking Orientalism, souligne l'oscillation continuelle de Vaka Brown entre le modèle d'une femme traditionnelle qui se plaît dans la sécurité du harem et celle qui sort, qui travaille pour acquérir son indépendance financière42. C'est dans son troisième livre, The Unveiled Ladies of Stamboul, dans lequel elle raconte son deuxième voyage en Turquie en 1921, que Vaka Brown s'exprime d'une façon plus favorable sur les réformes que la Révolution Jeune-Turque a apportées dans la vie des femmes. Malgré le titre, Vaka Brown ne s'y occupe pas beaucoup de femmes turques ni de leur vie, le but de son voyage était bien précis : couvrir les événements historiques sous Kemal et les relations du pays avec la Grèce et les autres pays balkaniques. Elle souligne toutefois la liberté des femmes de sortir seules et sans être couvertes dans des espaces publics, la ségrégation des lieux étant supprimée en Turquie moderne. Pourtant, elle prend une certaine distance par rapport aux événements historiques, en évitant de critiquer ou de soutenir le pouvoir établi, le régime de Kemal, elle-même étant une Grecque qui se souvient des mauvaises relations des Turcs avec les Grecs qui allaient aboutir à une guerre sanglante et à la défaite des Grecs en Asie Mineure43. Ses positionnements anti-kemalistes sont apparents également dans ses articles publiés dans la presse américaine où elle conteste l'idéologie et les buts des Jeunes-Turcs. Elle y exprime également son regret de la défaite des Grecs en Asie Mineure et de leur expulsion de Smyrne et de Stamboul, bien qu'ils fussent des indigènes44. Eleftheria Arapoglou soutient qu'un discours politique contradictoire domine les récits de Vaka Brown, du fait qu'elle prend parti pour la diplomatie américaine tout en étant engagée activement à promouvoir la politique grecque et ses intérêts45.

Dans son article « Within the Porte Called Sublime », publié dans le magazine Asia. The American Magazine of the Orient en 1922, Vaka présente les impressions de son dernier voyage à Istanbul et elle y décrit une Turquie en voie de changement. Après avoir expliqué à ses lecteurs que vingt ans ont passé depuis son dernier voyage à Stamboul en 1901,Vaka décrit minutieusement la ville : « Les rues, les mosquées, les minarets étaient les mêmes, un peu plus vieux mais sans doute pas changés. Seulement quelque chose que je sentais, quelque chose que je ne regardais pas était différent46 ». Un homme et une femme pas mariés qui parlaient librement sur un pont, et les femmes qui circulaient seules dans la ville, lui font avouer : « Donc, je suis venue dans une Turquie qui a changé ». Elle insère même dans son article une photo des femmes turques et du couple sur le pont, ayant comme sous-titre : « Other times, other manners47 ».

 

Marcelle Tinayre et Demetra Vaka Brown sont deux voyageuses qui adoptent une vue différente de la Turquie révolutionnaire et de la femme ottomane. La première essaie de résister à un discours orientaliste et ne se prête pas à des interprétations exotiques en ce qui concerne les femmes turques. Même si elle se montre persuadée du rôle hégémonique des valeurs de la culture occidentale, son discours n'est pas dominé par des stéréotypes de genre ou des aphorismes ethnocentriques comme on en rencontre chez la plupart des voyageuses françaises et francophones de la fin du XIXe et du début du XXsiècles. Demetra Vaka Brown, prisonnière de ses propres souvenirs, adopte une vision romantique de l'Empire et dans ses pages, l'exotique est souvent présent ; elle regrette la perte des valeurs traditionnelles et regarde avec pessimisme les changements qui s'opèrent dans la société ottomane. Pourtant, toutes les deux donnent des informations importantes sur ce que Mary-Louise Pratt appelle des « zones de contact48 », sur les femmes et leur vie quotidienne ainsi que sur les sujets qui les concernent particulièrement : éducation, droits politiques, travail. L'aspect le plus intéressant du récit de Tinayre réside dans l'enquête féministe qu'elle a entreprise dans une Turquie qui changeait, s'éloignant de son image traditionnelle. Vaka Brown, plus engagée dans la question politique de l'Orient, s'intéresse au domaine politique et social pendant son séjour, dans un Empire en voie de changement : coutumes et croyances, institutions et lois concernant les femmes turques sont décrites sous un angle hostile à l'idéologie et au régime des Jeunes-Turcs.

 


1 Voir la biographie d'Alain Quella-Villéger, Belles et rebelles. Le roman vrai des Chasteau-Tinayre. Bordeaux, Aubéron, 2000.

2 Voir Jennifer Waelti-Walters, Feminist Novelists of the Belle Époque. Love as a Lifestyle, Bloomington, Indiana University Press, 1990.

3 Le mouvement des Jeunes-Turcs fut divisé en plusieurs groupes dont le premier s'intitulait « Union et Progrès » (Ittihat ve Terakki) ; les leaders de ce groupe se sont révoltés contre le Sultan Abdülhamid II en exigeant le rétablissement de la Constitution libérale de 1876.

4 Sophie Basch, « Les Notes d'une voyageuse en Turquie (1909) ou Bécassine chez les Jeunes-Turcs », dans Les Sublimes Portes. D'Alexandrie à Venise, parcours dans l'Orient romanesque, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 130.

5 Renée Champion, Représentations des femmes dans les récits de voyageuses d'expression française en Orient au XXe siècle (1848-1911), Thèse de doctorat, Université de Paris VII-Denis Diderot, 2002, p. 178-179.

6 Comme écrit Sophie Basch, « en dehors de quelques réflexions superficielles, le milieu intellectuel est ignoré dans ces Notes, au même titre que le milieu ouvrier turc que Marcelle Tinayre passe sous silence » (Sophie Basch, Les Sublimes Portes. D'Alexandrie à Venise, parcours dans l'Orient romanesque, op. cit., p. 133).

7 Alain Quella-Villéger, « Les Jeunes-Turcs et la question féminine dans le regard des Françaises », préface à la réédition des Notes d'une voyageuse en Turquie, Paris, Turquoise, 2014. Je voudrais remercier Alain Quella-Villéger qui a eu l'amabilité de me faire envoyer la Préface avant la parution du livre.

8 Marcelle Tinayre, Notes d'une voyageuse en Turquie, Paris, Calmann-Lévy, 1909, p. 13-15.

9 Ibid., p. 15.

10 Ibid., p. 316.

11 Ibid., p. 319.

12 Ibid., p. 169-171.

13 Vassiliki Lalagianni, « Istanbul, la Révolution et deux récits de voyage au féminin », Dalhousie French Studies, vol. 86, Spring 2009, p. 147.

14 Sarga Moussa, La Relation orientale. Enquête sur la communication dans les récits de voyage en Orient (1811-1861), Paris, Klincksieck, 1995, p. 197.

15 Sur la contribution du féminisme dans la formation des États-nations en Europe, voir Leora Auslander & Michelle Zancarini-Fournel, « Le genre de la nation et le genre de l'État », Clio, dossier « Le genre de la Nation », no 12, 2000.

16 Sur Halidé Edib et Nakiye Hanim, voir Reina Lewis, Rethinking Orientalism. Women, Travel and the Ottoman Harem, London/NY, I.B Tauris, 2004, p. 36-42 et 61-62.

17 Deniz Kandiyoti, Women, Islam and State, Philadelphia, Temple University Press, 1991. « End of Empire: Islam, Nationalism and Women in Turkey », p. 22-47.

18 Marcelle Tinayre, Notes d'une voyageuse en Turquie, op. cit., p. 355.

19 Ibid., p. 371.

20 Renée Champion, Représentations des femmes dans les récits de voyageuses d'expression française en Orient au XXe siècle (1848-1911), op. cit., p. 177.

21 « Les filles de la nouvelle République, comme leurs mères, se trouvaient en fait exclues du statut de citoyen libre et égal promis par le discours républicain, et condamnées par le Code Civil aussi bien que par la pratique sociale et familiale au statut de mineures à vie » souligne Diana Holmes dans son article « Écrire les hommes. La masculinité dans les romans de Daniel Lesueur », dans Écrire les hommes, France Grenaudier-Klijn, Elisabeth-Christine Muelsch et Jean Anderson (dir.), Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 2012, p. 95.

22 Marcelle Tinayre, Notes d'une voyageuse en Turquie, op. cit., p. 372.

23 Ibid., p. 173.

24 Il s'agit du concept de « New Woman », répandu en Europe et surtout en Angleterre à la fin du XIXe siècle : une femme éduquée, qui travaille et qui est autonome.

25 Diana Holmes, French Women Writers. 1848-1994, London, Athlone, 1996, p.57.

26 Mélanie Collado, Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Marcelle Tinayre : émancipation et résignation, Paris, L'Harmattan, 2003.

27 France Grenaudier-Klijn, « L'homme tinayrien, ce faux héros », dans Écrire les hommes, op. cit., p. 135.

28 Marcelle Tinayre, Notes d'une voyageuse en Turquie, op. cit., p. 169.

29 Ibid., p. 378 et 380.

30 Margot Irvine, « Marcelle Tinayre's Notes d'une Voyageuse en Turquie: Creating Solidarity among Women », dans A "Belle Epoque"? Women in French Society and Culture 1890-1914, Diana Holmes et Carrie Tarr (dir.), NY, Berghahn Books, 2007, p. 296.

31 Vassiliki Lalagianni, « Istanbul, la Révolution et deux récits de voyage au féminin », op. cit., p. 148.

32 Yiorgos Kalogeras, « Nationalism Unveiled: A Greek American View of the Harem », dans Women, Creators of Culture, Ekaterini Georgoudaki and Domna Pastourmatzi (dir.), Thessaloniki, Hellenic Association of American Studies / American Studies in Greece, series 3, 1997, p. 108.

33 Ibid., p. 116.

34 Demetra Vaka Brown, A Child of the Orient, London, Hohn Lane, 1914, p. 33-35. Sur les relations entre Orient et Occident, et plus précisément, entre la Turquie et les États-Unis, voir l'étude de Suhnaz Yilmaz, Turkish-American Relations 1800-1952: Between the Stars, Stripes and the Crescent, New York, Routledge, 2015.

35 Demetra Vaka Brown, Haremlik, Boston/NY, Houghton & Mifflin Co, 1909, p. 12.

36 Ibid., p. 130.

37 Voir les portraits de Djimlah, Zeybah Hanoum et Aishé Hanoum dans Haremlik (p. 60-61, 147-148, 170-173) et de Azzizé Hanoum dans The Unveiled Ladies of Stamboul (p. 136-142).

38 Ibid., p. 150.

39 Ibid., p. 176.

40 Sur ce sujet, voir Vassiliki Lalagianni, « Femmes, voyage et identité(s) : les récits de Demetra Vaka Brown », Agora. Revue d'Études littéraires, dossier « Les Voyageuses », Vassiliki Lalagianni (dir.), no 5, 2003, p. 67-76.

41 « Although this dramatic introduction of polygamy may seem to promise the sugared life of harems pictured in the "Haremlik" of Mrs Kenneth Brown, it was not so in the least [...]. On my own childhood, polygamy and its results produced a very ugly and distressing impression », Halidé Avidar Edib, Memoirs of Halidé Edib. London, John Murray, 1926, p. 144-145. À ce sujet, Reina Lewis emploie le terme anglais « romanticisation » pour décrire la manière dont Halidé Edib reproche à Vaka Brown d'idéaliser la vie au harem (Rethinking Orientalism. Women, Travel and the Ottoman Harem. op. cit., p. 145).

42 Ibid., p. 46.

43 Vaka prend souvent position pour la politique du premier ministre grec Eleftherios Venizelos et critique les thèses du corps diplomatique européen qui est pour le roi Constantin I, la Grèce étant à cette époque déchirée par deux mouvements : les royalistes et ceux qui soutenaient E. Venizelos. Elle supporte aussi, dans certains de ses articles, l'irrédentisme hellénique qui émerge pendant les guerres balkaniques.

44 Voir Demetra Vaka, « Conversations with a Kemalist », Asia. The American Magazine on the Orient, March 1922, p. 201-205 et 232-235.

45 Eleftheria Arapoglou, A Bridge over the Balkans: Demetra Vaka Brown and the tradition of "Women's Orients", Piscataway, NJ, Gorgias Press, 2011, p. 25.

46 Demetra Vaka, « Within the Porte Called Sublime », Asia. The American Magazine on the Orient, February 1922, p. 87.

47 Ibid., p. 88.

48 Mary-Louise Pratt, Imperial Eyes: Travel Writing and Transculturation, London, New York, Routledge, 1992.

Pour citer cet article



Référence électronique
Vassiliki LALAGIANNI, « L’orientalisme sans voile : récits de voyage en Turquie de Marcelle Tinayre et de Demetra Vaka Brown », Viatica [En ligne], D'Afrique et d'Orient. Regards littéraires de voyageuses européennes (XIXe-XXIe siècles), mis en ligne le 28/05/2018, URL : http://viatica.univ-bpclermont.fr/d-afrique-et-d-orient-regards-litteraires-de-voyageuses-europeennes-xixe-xxie-siecles/i-l-ailleurs-ottoman-au-prisme-des-voyageuses-europeennes/l-orientalisme-sans-voile-recits-de-voyage-en-turquie-de

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